16.2.05

L'opinion, l'affirmation, le pensable

Le Petit Robert fait la différence entre affirmation et opinion du fait que celle-ci admettrait une possibilité d'erreur, ce qui est naturellement exclu de l'affirmation, bien qu'on puisse affirmer une négative.

On y découvre une autre distinction intéressante: il y aurait une vérité pensable et une vérité observable. Pour mes besoins, ici, je faisais la différence entre une vérité-réalité extérieure au discours (extralinguistique) et celle, inhérente à l'énoncé, posée par la relation entre ce dont on parle et ce qu'on en dit. On peut aussi, dans un souci de simplicité, parler d'existence plutôt que de faire intervenir des concepts comme ceux de vérité ou de réalité. On aurait donc une existence discursive:

L'antisémitisme moderne prétend expliquer le monde (M. Postone)

Une existence référentielle:

Toutes les formes de l'antisémitisme ont en commun l'idée d'un pouvoir judaïque (Idem)

Celle-ci (je parle du syntagme nominal) peut être "observable", pour reprendre le terme du Robert, comme ci-dessus, ou bien seulement "pensable", ainsi:

le pouvoir de déchaîner la peste (Idem)
le pouvoir d'engendrer le capitalisme et le socialisme (Idem)

On comprend donc que si pour le logicien il y aurait un roi de France si j'en disais quelque chose, il n'en va pas de même pour le sémanticien. Le sujet dont l'existence est posée (ou présupposée) dans l'énoncé n'a pas systématiquement ou automatiquement de vérité garantie, vérifiable dans le réel, c'est-à-dire observable, même doté d'un opérateur d'assertion plutôt que d'un opérateur d'opinion. Ainsi l'énoncé suivant:

l'antisémite affirme que le complot juif mondial n'est pas un mythe

ne permet pas d'inférer qu'il y a, ailleurs que dans le discours en question, une réalité vérifiable. Même au niveau de la "pensabilité", un complot mondial pose problème. Surtout si l'on tient compte de ses avatars:

1) complot judéo-sioniste-américano-maçonnique
2) la variante moderne, le Mossad, les services secrets israéliens qui contrôleraient la CIA américaine

Le référentiel discursif (le pensé du discours) se constitue à partir de diverses sources (dont le producteur du discours et la situation d'énonciation) et non pas seulement dans une "reconnaissance" des unités linguistiques correspondant à leurs sens respectifs, avant d'être rapporté comme construction à un état de choses concret ou abstrait. (à suivre)