Des thermomètres et autres babioles
En cette nuit de nouvel an endeuillée par le raz de marée de l'Océan Indien, il peut sembler irrespectueux de songer à autre chose qu'à cette catastrophe et à son cortège de malheurs, mais à défaut de prier ou de désespérer, il importe de maintenir un semblant de préoccupations plus ou moins ordinaires. J'ai donc finalement amené mon copain à sinon m'approuver, au moins à admettre qu'il y avait anguille sous roche. Morte de froid, l'anguille. Ce qui le révolte c'est que les gens de la météo expriment le refroidissement éolien sous forme de degré. Environnement Canada a bien essayé de préciser que le facteur éolien prenait une forme analogue à celle des degrés, mais qu'elle ne devait pas être entendue comme telle, ni s'écrire -20°C, mais bien -20. La confusion demeure, même si l'on rappelle qu'il s'agit seulement d'une valeur équivalente. C'est donner un sens trouble à « équivalence » (relayé par le National Weather Service américain). Comme j'évoquais le fait qu'il s'agissait finalement d'un calcul de temps, il a proposé qu'on adopte ce mode d'expression. Mais Environnement Canada explique son choix par un sondage mené auprès de la population canadienne. La chose ne serait pas aussi ramassée: à -X°C par un vent de Y km/h il faudra z min pour le la peau exposée gèle. On notera que de nombreux sites correspondant à la recherche (par Google), en français comme en anglais, parlent de sensation ou de perception, comme si effectivement nous pouvions servir de thermomètre. J'ajoute toutefois qu'Environnement Canada propose aussi un tableau du refroissement dû au vent où figurent les minutes précédant l'engelure.À mon thermoscope s'ajoutent de nombreux autres instruments: les thermomètres enregistreurs, et le mercure n'est pas le seul liquide... Au fait, même s'il pouvait rendre compte de l'effet du vent, il rendrait l'âme à -38,8°C, température assez fréquente par les grands froids de janvier ou de février (au Canada). Car notre mercure congèle... conséquence du refroidissement éolien? En fait, plus gros est votre dictionnaire, plus nombreux sont vos thermomètres, et si vous allez à l'encyclopédie, c'est la joie. À pression de vapeur, à bilame, à sonde thermocouple, à résistance de platine, différentiel, et enfin, thermomètres à gaz... hydrogène, hélium, azote. Si j'en crois le Grand Dictionnaire Encyclopédique Larousse, ce n'est pas le genre d'instrument qui se peut se révéler pratique dans la cuisine. Il faut procéder en deux fois à la mesure et ensuite appliquer la formule T = 273,16 K x P/P3 où P3 est la T3 point triple de l'eau (égale à 273,16 Kelvin) et P la température à mesurer. L'appareil consiste en un réservoir métallique et un manomètre à mercure. Il est à la base de la thermométrie, et a donné des températures aisément reproductibles. Je ne crois pas qu'on s'en soit servi à l'extérieur par grand froid et grand vent. On notera que ces instruments de mesure parfois peu précis sont tous étanches. Il n'y en aucun cas communication avec l'extérieur. Et comme je l'ai signalé, ils semblent également imperméables à l'échange thermique propre à la convection. Tandis que l'homme s'évapore, comme s'il était liquide. Avant donc de conclure que j'ai froid plutôt que de dire qu'il fait froid, il faudra encore réexaminer ces affirmations selon laquelle le refroidissement est imaginaire et invérifiable. Mon copain avançait qu'un thermomètre qui donnerait la lecture du refroidissement serait peu fiable. Je lui laisse la responsabilité de cette idée. Il est curieux, donc, que personne ne songe à déplacer la déficience. Personne n'ose suggérer que le thermomètre serait imparfait. On me dit: s'il marque -5°C c'est que l'air est à cette température, malgré le vent. Comme si le vent était une anomalie négligeable. Si le thermomètre que vous tenez par la glace baissée de votre voiture n'enregistre pas de changement, soyez sûrs que le ventilateur du radiateur refroidit (avec du vent) le moteur de la voiture. Bon vent!

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