8.2.06

Hail to the Danes!

Admettons que Carsten Juste, le rédacteur en chef du Jyllands-Posten, ait été maladroit début octobre quand il s'était déclaré "surpris" par les réactions très vives. "Que l'on puisse considérer des dessins somme toute inoffensifs comme aussi insultants me dépasse. Les musulmans vivant au Danemark doivent apprendre à connaître la liberté d'expression. Ils doivent notamment comprendre qu'il ne faut pas toujours prendre les choses trop au sérieux." (Cité par Rasmus Rgelund, repris par le Courrier international).

Au contraire, cher ami, il n'est décidément rien de plus sérieux que de s'en prendre au fanatisme. Et quelle idée de croire que le mot liberté ait cours chez les imams dont la préoccupation hors Islamie est d'assurer le règne universel de leurs croyances.

Kristine Bergström, dans sa Revue de presse parue dans le même Courrier international, cite le même journal quatre mois plus tard: "Si nous avions su que la publication des caricatures de Mahomet entraînerait la mort de plusieurs personnes et la mise en danger de la vie des Danois, nous ne les aurions bien entendu pas publiées", affirme le Jyllands-Posten, "le prix à payer pour cette initiative journalistique a été trop élevé".

Autrement dit, nous aurions reculé devant le chantage à la violence auquel se livre partout le communautarisme pervertissant les principes de la démocratie. La presse occidentale est déjà gangrenée. Darius Rochebin de la TSR demande à Cabu si c'était une bonne idée de jeter de l'huile sur le feu. On croit rêver.

Toujours selon la même, le Jyllands-Posten regrette que les mouvements islamistes danois concernés "l'ont emporté sur la liberté d'expression dans la mesure où, à l'avenir, les journaux danois seront extrêmement réticents à exprimer une opinion dont des fondamentalistes pourraient se servir afin de créer de la haine". Car, pour le quotidien, la véritable question à soulever est celle de la liberté d'expression, "la liberté la plus essentielle dans les démocraties occidentales".

En effet, c'est d'elle que découle la liberté de conscience, la liberté religieuse et la liberté de culte. Ces deux dernières ne constituent cependant pas une licence pour imposer par la violence des incroyances d'un autre âge. Voir La liberté d'expression est un blasphème

Kristine Bergström cite ensuite le journal danois Politiken pour lequel "le dialogue s'arrête là où la violence commence". D'après ce quotidien danois, selon elle, les manifestations, les incendies et les violences à l'encontre des Scandinaves dans certains pays "sont l'expression d'une agression contre la société ouverte et libre".

Pour Politiken, par conséquent, rapporte K. Bergström, il n'est plus pertinent de faire la distinction entre le droit de publier des dessins caricaturaux et le respect de la croyance d'autrui. "Le conflit porte désormais sur le choix entre un dialogue civilisé et une confrontation violente." Pour cette raison, écrit-elle, le journal conclut: "nous n'allons jamais accepter de compromis sur la société libre, quoi qu'il arrive".

Bergström termine sa revue de presse par le quotidien de centre droit Berlingske Tidende, qui, signale-t-elle, avait choisi de ne pas publier les caricatures, et qui souscrit à cette analyse en déclarant que "l'escalade de la crise n'a rien à voir avec la publication des dessins dans un journal danois" et "rien n'aurait pu être fait pour éviter les événements qui s'en sont suivis". L'explication des réactions violentes résiderait plutôt dans la situation interne des sociétés musulmanes, à savoir "le désespoir d'une population consciente d'être exclue du développement économique et culturel mondial". Selon elle, ce quotidien résume bien la position de la presse danoise en affirmant que "assumer nos points de vue ainsi que nos valeurs est certainement la réponse la plus forte et la plus digne à donner aux adversaires de la liberté". Voir le Courrier international.

6.2.06

Who's afraid of Denmark?

Mon souvenir de Copenhague remonte à quelque 35 ans, c'est-à-dire bien avant que j'aie entendu parler des mosquées de Stockholm. J'avais justement bien rigolé à cette époque, car on ne voit pas très bien en quoi ce serait la spécificité de cet autre capitale scandinave, à l'égal de Big Ben pour Londres, les canaux pour Amsterdam ou la petite sirène pour la capitale du Danemark.

En parcourant le courrier des lecteurs de Libération, je suis tombé sur plusieurs dénonciations du climat d'intolérance que trouveraient au Danemark les étrangers, et en particulier, on s'y attendait, les Musulmans. Un lecteur cite même Florence Aubenas (en fait il s'agit de name-dropping) constatant la montée de la xénophobie pour en conclure:

«la liberté d'expression a été détournée pour délibérément servir d'alibi à une énième attaque contre les musulmans, et ceci en prolongation de tout ce qui avait déjà été publié avant. Je ne suis pas musulman, mais étranger au Danemark. La vie est devenue difficile depuis longtemps.» H. et B.

J'ai personnellement une très longue expérience du statut d'étranger et des manifestations de xénophobie. Je ne m'en émeus plus. Je dirais même que cela appartient à une réalité qu'il est difficile de réformer. Le lecteur bicéphale (H et/ou B?) a probablement le tort involontaire d'appartenir à une minorité visible, mais je connais bien la chose, même si je suis un «Petit Blanc». Je n'ai pas l'air nord-américain et, de plus, en vieillissant, je ressemble de plus en plus à Karl Marx (on m'a d'ailleurs dénoncé comme juif dans une conférence lexicologique tenue aux États-Unis). Là non plus je n'étais pas surpris, comme cet autre lecteur de Libé, mais qui ne raisonne pas du tout comme moi:

«venant du Danemark, cela ne m'étonne vraiment pas, car c'est là qu'il y a, je crois, le plus de xénophobes au mètre carré...» Nedjadi, dans le courrier des lecteurs de Libération.

Note: même si le Danemark est petit et compte moins de six millions d'habitant (4 900 000, en 1969), ce n'est certainement pas au mètre carré que l'on comptabiliserait les xénophobes, mais plutôt, je crois, au km2.

Personne ne donne vraiment ses sources. Et moi qui croyais qu'en dehors du fait d'avoir été annexé par l'Allemagne, comme l'Autriche, le Danemark se contentait de produire du porc et du beurre... Wikipédia signale que le gouvernement est depuis 2001 constitué du part libéral et du part populaire d'extrême-droite. Il a notamment appliqué «une réduction de l’immigration par des conditions d’entrée draconiennes».

Il y a entre la violence qui continue de se déchaîner et l'importance «stratégique» du Danemark (zut, voilà que j'offense les Danois) quelque chose de disproportionné que la seule publication de dessins n'explique pas. À suivre, certainement. Voir aussi ce blog.

Islam special (à prononcer sspaychell) - Identité/sensibilité blessée : où commence la paranoïa ?

Pourquoi certains Occidentaux croient-ils que le cas de l'Islam est spécial ? Ne s'agit-il pas d'autocensure dérivé d'un autochantage ? Il est clair que c'est être spécial que de s'attaquer aux ambassades de pays européens, et cela sous la férule d'imams dont la responsabilité devrait être clairement établie, la « rue arabe » ne lisant pas les journaux danois. La fabrication de rumeurs est de toute façon un mode opératoire très répandu de certains pays où la liberté d'expression n'existe pas.

Quant à savoir si x ou y est blasphématoire, on ne peut s'attendre raisonnablement à ce qu'un Occidental connaisse les interdits coraniques. En particulier les non-croyants. Pour un athée comme moi, de formation scientifique, toute conviction n'est qu'une opinion et à ce titre n'a même pas le statut d'une idée ; ce n'est qu'en tant qu'hypothèse proposée au débat ou à la vérification qu'il y a idée. Il n'y a en outre aucune dignité rattachée au statut de croyant. Ce n'est ni une fonction ni une charge ni un honneur.

Quant à l'amalgame que feraient certains occidentaux entre le terrorisme et l'Islam (notamment à RFI), il faut croire que personne n'a de mémoire. Qui a jeté la première bombe ? Ou mieux : qui s'est transformé le premier en bombe humaine ?

Et les faux-frères occidentaux qui sous prétexte de comprendre l'Islam se font les complices du nouvel obscurantisme mondialiste ? Pour mémoire, l'Église n'était pas mal dans le genre, jusqu'à l'aube du XXe siècle. S'agit-il de la menace de plus d'un milliard de fidèles ? J'avoue que c'est inquiétant. Dois-je aussi me demander ce qu'on pense de mes faits et gestes à Pékin ou dans les Seychelles ?

Une chose est certaine. Je n'irai pas jeter des pierres à celui qui croit, même si je pense que la foi est un blocage émotionnel des processus cognitifs. C'est là la principale différence entre ma sensibilité/identité, au moins triple ou quadruple (belgo-française, québécoise, littéraire, scientifique) et certainement pas réductible à un seul livre datant du VIe siècle et celles des foules indignées à retardement vociférant mécaniquement des un mélange d'imprécations et de promesses de sacrifice sanglant... Sommes-nous au XXIe siècle ?

4.2.06

La liberté d'expression et le Vatican

Suite de l'affaire des caricatures.

Il semble que tout le monde soit invité à se prononcer sur les moyens de limiter la liberté d'expression. Le dernier en date (oups, peut-on parler librement de dattes?) est le Vatican, grand spécialiste des questions de libertés en tout genre et cela depuis l'Inquisition. Selon le porte-parole de cette institution qui peut se targuer d'avoir aidé Galilée à mieux voir, en lui indiquant par quel bout de la lorgnette il fallait regarder, la liberté d'expression n'autoriserait pas à offenser les convictions religieuses de quiconque.

Le malentendu se porte bien. Le verbe offenser, sauf sous forme de pensum au tableau noir, ne se conjugue pas à toutes les personnes, tous les temps et tous les modes avec aisance. Malgré l'étymologie, il ne se substitue pas à attaquer, qui sert à élucider le latin offendere. On ne confondra pas non plus offensant et offensif, à moins de mal maîtriser le français.

On ne s'étonnera pas que le Petit Larousse (mon édition remonte à 1982) associe Dieu à l'offense, mais le sens n'est plus le même. Offenser Dieu, ce n'est que pécher. Personne n'est blessé dans sa dignité.

3.2.06

Le droit à la dérision

L'affaire des caricatures est présentée parfois comme le choc de deux cultures, mais il ne s'agit absolument pas de cela. Nous avons affaire à des énergumènes qui s'imaginent qu'ils peuvent imposer leur conception étriquée de la vie à l'ensemble de la planète.

C'est le cas de toutes les religions, me direz-vous. Il est donc urgent de réclamer un droit à la caricature. La dissidence est d'ailleurs le meilleur moyen de s'asseoir, puisqu'elle évite que l'on se dispute le siège.