10.11.06

À propos de Popper (bis)

Petite mise à jour des remarques

La fameuse révolution scientifique que devait apporter la notion de falsifiabilité remplaçant la vérifiabilité n'est en réalité qu'une révolution de mot. La falsifiabilité chercherait à disprove (invalider) l'hypothèse plutôt qu'à en apporter la preuve (prove) ou la confirmer**. Mais quand il emprunte l'idée à Einstein, il commente en écrivant: «il considérait sa théorie comme insoutenable si elle ne résistait pas à l'épreuve de certains tests», ce qui constitue la démarche normale du scientifique. Françoise Armengaud (la biographe de Popper dans l'Encyclopædia Universalis) ne parle pas de falsifiabilité, mais de testabilité. Je n'ai pas l'ouvrage-clé de Popper sous la main et je ne peux donc savoir s'il aborde la reproductibilité et la généralité (on sait qu'il déclare inaccessible, sinon l'universalité, la vérité, mais je le savais déjà sans l'avoir lu, n'étant pas essentialiste et sachant qu'un fait dépend de son système de coordonnées (cf. Brice Parain), mais après avoir scié la branche sur laquelle les autres étaient assis, dans une grande prudence, il ne se propose pas de tester/falsifier ses propres positions ou hypothèse. Le philosophe ne peut être contré, selon lui, que sur le plan de l'argumentation, ce qui tient de l'abri antiatomique, puisque celle-ci, comme l'épistémologie et la rhétorique qu'elle exploite autrement que métaphoriquement, relève de la doxa. De l'opinion.

Popper est donc un philosophe qui aurait voulu devenir un scientifique. À partir d'une confidence d'Einstein il construit un système de pensée unique, rivalisant avec ceux qu'il dénonce (Platon, Hegel, Marx, et sans doute Freud) pour dénier à la science son statut envié et en faire un struggle for falsifiability, sorte de darwinisme à la petite semaine. La difficulté pour un parlant-français tient au sens spécial (préexistant, datant au moins de Jefferson) de falsify, qui se traduirait par «prouver la fausseté de», comme le signale le GDEL. Eh oui, Popper a rejoint Ricoeur dans ma boîte de bêtes noires. Mais il est clair que les scientifiques n'avaient pas besoin d'une solution aussi coûteuse (on teste tout sans relâche) et, somme toute, peu intelligente, si l'intelligence est économie de moyens. Cf. la «loi» de Coulomb.

*1 Quand un autre chercheur cherche à reproduire une expérience confirmant votre hypothèse, s'il est de «l'école» ou du laboratoire adverse ou de l'université concurrente ou s'il vise tout bonnement votre financement, il ne manquera pas de chercher les défauts de votre démonstration ou de votre expérience, plutôt que de simplement chercher à la reproduire. L'invalidation est donc une démarche interne à la reproductibilité, et sa proportion est en corrélation avec la mauvaise foi du sujet.

Libellés : , , , , ,