Croire ou savoir 17
Dans l'extension de la classe d'énoncés, même si tout énoncé est potentiellement «préfixable» au moyen d'un opérateur gnostique (épistémique ou doxastique), on se gardera d'inclure les pseudo-opérateurs, du genre illustré par 1), transformé en 2), qui tient plus dans sa forme originale du signal phatique (ou de l'artifice rhétorique) que de l'élément de communication ou de connaissance partagée :
1) C'est Wilhelm Wundt qui, comme on sait, a forgé l'expression de science normative. F. Courtès.
2) --> ?on sait que W. Wundt a forgé l'expression de science normative
Il en va de même pour la plupart des emplois de «chacun sait que...», dont 3) et 4) donne des exemples forgés par moi:
3) Chacun sait que Meyerson a fondé le causalisme
4) Chacun sait que l'explication détruit son objet
L'exemple de 4) s'appelle le «paradoxe épistémologique», mais repose sur une conception très stricte de la compréhension, qui serait réduction de l'autre au même. Meyerson a disparu du radar, d'après mes sources indirectes. Quarante ans après la parution du Larousse du XXe s., il est effectivement amalgamé à Auguste Comte et réduit au positivisme (alors qu'il s'y opposait), par Omnis*1, le rival malheureux du Robert 2.
L'épistémologie, comme discipline, semble répondre à l'idée de vagues successives, sur une plage, ou bien, en plus poussiéreux, «de textes recouverts par de meilleurs textes», pour emprunter l'expression de Francis Courtès*2, comme si celui qui suit disposait d'une qualité que ne possédait pas celui qui précède. Oh, je vois, la nouveauté? Bel argument publicitaire.
Personnellement, je crois plutôt qu'il s'agit d'arrogance. Que la science fasse progresser les connaissances, on peut admettre, même si certaines de ces connaissances perdent leur pertinence, mais qu'une philosophie (ou qu'un philosophe) prétende mieux penser que son prédecesseur tient de l'escroquerie. Courtès, qui cite profusément*3, parle «d'âge mental» des textes, et renvoie à deux pages de l'Archéologie du savoir*4.
Plutôt que de spéculer sur ce que peut bien vouloir dire «l'âge mental d'un texte», examinons quelques transformations. Quatre des exemples sont tirés du Traité des opérateurs sémiotiques, qui est repris dans une version succincte sur le site de tso, dans le Traité de sémantique, dans le Traité du sens et dans Opérations sur le sens.
5) le nominalisme (théorie philosophique selon laquelle un mot n'est qu'un nom). [H. Lefebvre 1966]
5') -T-> Le nominalisme enseigne que le mot n'est qu'un nom*5
6) Comme on sait, la biologie moléculaire a un «dogme central» (selon la propre expression des scientifiques intéressés). [P. Thuillier 1983]
6') -T-> on sait que la biologie moléculaire a un «dogme central»
6") -T-> les biologistes moléculaires disent que leur science a un dogme central
7) ...la psyché (ou psychê), expression qui englobe, selon Jung, « tous les phénomènes psychiques conscients et inconscients. » [D. Julia 1964]
7') -T-> Jung considère que la psychê englobe tous les phénomènes psychiques conscients et inconscients
8) La philosophie scientifique est pour Wundt la science universelle*6
8') -T-> Wundt prétend que la philosophie est la science universelle
9)...en disant que la science doit être autant que possible, débarrassée de toutes les influences provenant du facteur individuel humain. (Max Planck)*7
9') -T-> Planck pense que la science doit être autant que possible scientifiquement inerte*8
Je reviendrai brièvement sur l'espèce de guerre épistémique dont Omnis se fait la chronique, car étant de nature curieuse, je suis allé fureter du côté du causalisme qui brille par son absence, tandis que la causalité en prend pour le compte à sa place.
Plus sérieusement, les listes des opérateurs épistémiques et doxastiques s'enrichissent: se figurer (dans l'une complétive à l'indicatif et dans l'autre au subjonctif) et, de 8') ici même, prétendre (Δ).
À suivre.
*1 Courtès, Francis. 1974. La science et la logique. Paris: Hachette. Recueil de textes, de Platon à Bachelard. Je cite ici son introduction. Fait partie de mon «portable knowledge», avec quelques «Dossiers logos».
*2 Encyclopédie alphabétique Larousse-Omnis. 1977. 1 vol. Paris: Larousse. Pendant encyclopédique d'un des meilleurs dictionnaires de langue qui soient: le Lexis, dont j'ai l'édition revue et corrigée de 1979.
*3 Minimum 4 notes par page, max. 7.
*4 Michel Foucault, pp. 208-209. Courtès introduit une variable de plus, à l'intérieur de laquelle cette curieuse (et arrogante) notion d'âge mental semble devoir s'appliquer: le thème. Je suppose qu'il n'emploie pas ce dernier mot dans son sens à l'opposite de rhème (=propos, commentaire), c'est-à-dire «ce qui est posé». Je ne suis pas en mesure de vérifier la réduction de deux pages à un fragment de phrase pratiqué par Courtès, Foucault s'étant égaré lors d'un de mes nombreux déménagements.
*5 -T-> (lire: «donne par transformation») remplace la flèche --> qui pourrait être confondue avec celle de l'implication dans le cadre du blog.
*6 Larousse du XXe s. 6 vol. 1931.
*7 Dans le recueil de Courtès (voir *1).
*8 Construit sur le «mathématiquement inerte» de Jean T. Desanti, c'est-à-dire vide de ce qui fait l'humain (contenu de conscience, intuition, psychologisme ou mentalisme).
1) C'est Wilhelm Wundt qui, comme on sait, a forgé l'expression de science normative. F. Courtès.
2) --> ?on sait que W. Wundt a forgé l'expression de science normative
Il en va de même pour la plupart des emplois de «chacun sait que...», dont 3) et 4) donne des exemples forgés par moi:
3) Chacun sait que Meyerson a fondé le causalisme
4) Chacun sait que l'explication détruit son objet
L'exemple de 4) s'appelle le «paradoxe épistémologique», mais repose sur une conception très stricte de la compréhension, qui serait réduction de l'autre au même. Meyerson a disparu du radar, d'après mes sources indirectes. Quarante ans après la parution du Larousse du XXe s., il est effectivement amalgamé à Auguste Comte et réduit au positivisme (alors qu'il s'y opposait), par Omnis*1, le rival malheureux du Robert 2.
L'épistémologie, comme discipline, semble répondre à l'idée de vagues successives, sur une plage, ou bien, en plus poussiéreux, «de textes recouverts par de meilleurs textes», pour emprunter l'expression de Francis Courtès*2, comme si celui qui suit disposait d'une qualité que ne possédait pas celui qui précède. Oh, je vois, la nouveauté? Bel argument publicitaire.
Personnellement, je crois plutôt qu'il s'agit d'arrogance. Que la science fasse progresser les connaissances, on peut admettre, même si certaines de ces connaissances perdent leur pertinence, mais qu'une philosophie (ou qu'un philosophe) prétende mieux penser que son prédecesseur tient de l'escroquerie. Courtès, qui cite profusément*3, parle «d'âge mental» des textes, et renvoie à deux pages de l'Archéologie du savoir*4.
Plutôt que de spéculer sur ce que peut bien vouloir dire «l'âge mental d'un texte», examinons quelques transformations. Quatre des exemples sont tirés du Traité des opérateurs sémiotiques, qui est repris dans une version succincte sur le site de tso, dans le Traité de sémantique, dans le Traité du sens et dans Opérations sur le sens.
5) le nominalisme (théorie philosophique selon laquelle un mot n'est qu'un nom). [H. Lefebvre 1966]
5') -T-> Le nominalisme enseigne que le mot n'est qu'un nom*5
6) Comme on sait, la biologie moléculaire a un «dogme central» (selon la propre expression des scientifiques intéressés). [P. Thuillier 1983]
6') -T-> on sait que la biologie moléculaire a un «dogme central»
6") -T-> les biologistes moléculaires disent que leur science a un dogme central
7) ...la psyché (ou psychê), expression qui englobe, selon Jung, « tous les phénomènes psychiques conscients et inconscients. » [D. Julia 1964]
7') -T-> Jung considère que la psychê englobe tous les phénomènes psychiques conscients et inconscients
8) La philosophie scientifique est pour Wundt la science universelle*6
8') -T-> Wundt prétend que la philosophie est la science universelle
9)...en disant que la science doit être autant que possible, débarrassée de toutes les influences provenant du facteur individuel humain. (Max Planck)*7
9') -T-> Planck pense que la science doit être autant que possible scientifiquement inerte*8
Je reviendrai brièvement sur l'espèce de guerre épistémique dont Omnis se fait la chronique, car étant de nature curieuse, je suis allé fureter du côté du causalisme qui brille par son absence, tandis que la causalité en prend pour le compte à sa place.
Plus sérieusement, les listes des opérateurs épistémiques et doxastiques s'enrichissent: se figurer (dans l'une complétive à l'indicatif et dans l'autre au subjonctif) et, de 8') ici même, prétendre (Δ).
À suivre.
*1 Courtès, Francis. 1974. La science et la logique. Paris: Hachette. Recueil de textes, de Platon à Bachelard. Je cite ici son introduction. Fait partie de mon «portable knowledge», avec quelques «Dossiers logos».
*2 Encyclopédie alphabétique Larousse-Omnis. 1977. 1 vol. Paris: Larousse. Pendant encyclopédique d'un des meilleurs dictionnaires de langue qui soient: le Lexis, dont j'ai l'édition revue et corrigée de 1979.
*3 Minimum 4 notes par page, max. 7.
*4 Michel Foucault, pp. 208-209. Courtès introduit une variable de plus, à l'intérieur de laquelle cette curieuse (et arrogante) notion d'âge mental semble devoir s'appliquer: le thème. Je suppose qu'il n'emploie pas ce dernier mot dans son sens à l'opposite de rhème (=propos, commentaire), c'est-à-dire «ce qui est posé». Je ne suis pas en mesure de vérifier la réduction de deux pages à un fragment de phrase pratiqué par Courtès, Foucault s'étant égaré lors d'un de mes nombreux déménagements.
*5 -T-> (lire: «donne par transformation») remplace la flèche --> qui pourrait être confondue avec celle de l'implication dans le cadre du blog.
*6 Larousse du XXe s. 6 vol. 1931.
*7 Dans le recueil de Courtès (voir *1).
*8 Construit sur le «mathématiquement inerte» de Jean T. Desanti, c'est-à-dire vide de ce qui fait l'humain (contenu de conscience, intuition, psychologisme ou mentalisme).
Libellés : autre, causalisme, même, Meyerson, réduction

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