Trois petits tours... et puis
1. Un abonné du Monde. M. Beijing Duck fait part de son opinion: «Ce qui est le plus regrettable au final c'est que Redecker ait atteint son objectif,
[qui serait de «Provoquer une fois de plus un faux débat sur l'Islam en jouant sur la paranoia ambiante et générer une polémique visant à présenter tous les muslmans (sic) comme des extrêmistes (sic)». Ambitieux programme, mais je doute qu'il soit parvenu à le réaliser.]
[faux débat: pourquoi? parce qu'un véritable débat (une discussion) est impossible sur la liberté de penser et la liberté d'expression dans «la soumission».]
[paranoïa ambiante: ne s'applique normalement qu'à un individu à la fois, alors, si elle est ambiante, ne serait-ce pas une psychose? Mais alors le sens est différent, selon le Petit Robert 2007: obsession, idée fixe. Sans M. Duck veut-il parle de peur. Mais s'il y a une morosité ambiante, pourquoi pas une trouille idem?]
[polémique visant: le caractère redondant du commentaire est clair puisque la polémique est une forme de débat écrit, critique, vive ou agressive (cf. le PR), mais elle ne «vise» pas: elle porte sur un sujet qui justement divise.]
«et ses commanditaires aussi»
[Benoît XVI?, certainement pas Delanoë qui inaugurait le ramadan; les Temps modernes?]
«Qu'on ne s'y trompe pas il s'agit d'une affaire de manipulation d'opinion»
[pourquoi pas un complot ou une conspiration? Si Redeker pensait influencer Monsieur Duck, il repassera: l'opinion de celui-ci est une grille d'explication du monde.]
«et un soupçon d'esprit critique devrait nous aider»
[et même un peu plus si l'on veut comprendre les enjeux que représente la propagation de l'intolérance.]
«à ne pas tomber dans le piège de»
[pas de piège chez Redeker, il est sans ambiguïté]
«cette propagande scandaleuse.»
[Le Petit Robert 2007 me laisse en plan. Ayant lu le texte de Redeker, je ne vois pas quelle idée il soutient, ni quel parti ni quel gouvernement. S'il y a propagande, elle serait catholique, quant à être scandaleuse, c'est affaire de goût, je trouve plus scandaleux l'assassinat d'une soeur ou d'un prêtre.] NB Le texte de B. Duck (sans le saucissonnage) se trouve sur l'autre blog Balivernes, rubrique Attention! Citations.
2. Rigueur intellectuelle: ayant été chercheur universitaire, j'ai moi-même été soumis aux règles concernant les citations, le classement implicite des sources et les divers protocoles de présentation. J'ai même connu un «editor» américain qui voulait appliquer une datation d'origine. Par ailleurs il y avait aussi un chercheur canadien qui avait une piètre opinion des recherches publiées en France. On règne où l'on peut. Ce n'est pas parce qu'on cite Adorno de seconde main qu'on manque de rigueur; on peut manquer de temps, ou de moyens (tout le monde n'habite pas à côté de la Bibliothèque nationale comme tout le monde ne parle pas allemand).
Je ne connais pas les travaux de recherche de Monsieur le professeur Redeker, mais je voudrais signaler le fait que son «papier» a paru dans un grand quotidien, pas dans les Annales d'islamologie. De plus, le recours à Universalis est parfaitement honorable, les auteurs étant pour la plupart des universitaires reconnus ou des spécialistes du domaine.
Après avoir parcouru l'article d'EU en question (à l'article Muhammad), on peut reprocher à Redeker la tournure «Rodinson énonce quelques vérités (...) taboues en France», car ce n'est pas l'objet de la contribution de Rodinson. Mais dans une polémique on fait flèche de tout bois. Les raccourcis causalo-historiques de Danièle Bleitrach, par contre, manquent nettement de rigueur et même d'intellectualité.
La rigueur de Rodinson peut elle-même être mise en doute: après avoir expliqué que «nous n'avons aucune garantie de la fidélité de cette transmission ni même de sa réalité», à propos des sources orales des biographies rédigées deux siècles après la mort de «l'avertisseur», il nous assure cependant que la récitation (qur'an) est une source authentique pour l'établissement de la biographie du fils d'Abd Allah). Je n'insiste pas. On voit le délicat caractère tautologique de l'exercice. R. Blachère (article Coran) signale bien que l'exégèse traditionnelle est fragile et éclaire «le Coran par une tradition dont en réalité l'origine était le Coran lui-même».
3. Cinq cents «millions de sensibilités». Rappel du passage (Édito du Monde): «Qui croit être lu par les seuls habitués du Figaro heurte au même instant des millions de sensibilités dans le monde. Le retour de bâton suit le même chemin, avec la même célérité : courriels assassins ou vengeurs, menaces et mobilisation générale contre les "impies".»
Redeker ne se plaignait-il pas d'être «surveillé»? Le Monde le confirme, comme on vient de le voir, à croire qu'il existe effectivement une police de la pensée (se servant de Google, tiens) en quête de propos pouvant être soupçonnés de manquer de respect ou d'attaquer cette religion et ses attributs.
Rodinson (toujours dans EU, édition de 1989) est prudent et rappelle en fin d'article que si, dit-il, on n'applique plus comme autrefois la peine de mort à l'encontre de ses insulteurs, «il reste impossible de manquer de respect envers sa mémoire (ou de paraître en manquer) dans les pays musulmans».
Dix-sept ans plus tard (peut-être trente-huit, si Rodinson était un collaborateur d'Universalis de la première heure), on doit préciser que la peine de mort est remise à l'honneur et cela dans tous les pays. On n'arrête pas le progrès.
Pour clore cette tartine, je me propose d'adopter une terminologie neutre. Si je dois aborder la question à l'avenir, je parlerai désormais 1) de la divinité, 2) de la récitation, 3) de l'avertisseur ou de l'interprète de la divinité, 4) de la soumission, 5) de la communauté de ceux qui remettent leur âme à la divinité, suivant en cela les traductions habituelles.
Note: le PR s'écarte considérablement en parlant de «livre par excellence» comme étymologie de la «récitation». Enfant, on m'avait raconté que c'était le sens du mot bible. Le PR parle de «livres saints» en grec. Ce qui est curieux, c'est que le mot latin biblia n'apparaît qu'au XIIe s.
À suivre
[Peu enclin au mysticisme, je n'attribuerai pas l'accident de ce soir qui nous a privé mes chiens et moi d'un souper chaud à l'intervention d'une quelconque divinité. L'élément chauffant du four a formé un arc électrique et s'est mis à fondre, ce qui risquait de mettre le feu à la baraque (en bois, comme c'est coutime ici). Avec l'énervement des chiens, j'ai compris qu'il se passait quelque chose: un grésillement m'a fait regarder dans le four. Deux coups d'extincteur à poudre, et l'incident était clos.]
[qui serait de «Provoquer une fois de plus un faux débat sur l'Islam en jouant sur la paranoia ambiante et générer une polémique visant à présenter tous les muslmans (sic) comme des extrêmistes (sic)». Ambitieux programme, mais je doute qu'il soit parvenu à le réaliser.]
[faux débat: pourquoi? parce qu'un véritable débat (une discussion) est impossible sur la liberté de penser et la liberté d'expression dans «la soumission».]
[paranoïa ambiante: ne s'applique normalement qu'à un individu à la fois, alors, si elle est ambiante, ne serait-ce pas une psychose? Mais alors le sens est différent, selon le Petit Robert 2007: obsession, idée fixe. Sans M. Duck veut-il parle de peur. Mais s'il y a une morosité ambiante, pourquoi pas une trouille idem?]
[polémique visant: le caractère redondant du commentaire est clair puisque la polémique est une forme de débat écrit, critique, vive ou agressive (cf. le PR), mais elle ne «vise» pas: elle porte sur un sujet qui justement divise.]
«et ses commanditaires aussi»
[Benoît XVI?, certainement pas Delanoë qui inaugurait le ramadan; les Temps modernes?]
«Qu'on ne s'y trompe pas il s'agit d'une affaire de manipulation d'opinion»
[pourquoi pas un complot ou une conspiration? Si Redeker pensait influencer Monsieur Duck, il repassera: l'opinion de celui-ci est une grille d'explication du monde.]
«et un soupçon d'esprit critique devrait nous aider»
[et même un peu plus si l'on veut comprendre les enjeux que représente la propagation de l'intolérance.]
«à ne pas tomber dans le piège de»
[pas de piège chez Redeker, il est sans ambiguïté]
«cette propagande scandaleuse.»
[Le Petit Robert 2007 me laisse en plan. Ayant lu le texte de Redeker, je ne vois pas quelle idée il soutient, ni quel parti ni quel gouvernement. S'il y a propagande, elle serait catholique, quant à être scandaleuse, c'est affaire de goût, je trouve plus scandaleux l'assassinat d'une soeur ou d'un prêtre.] NB Le texte de B. Duck (sans le saucissonnage) se trouve sur l'autre blog Balivernes, rubrique Attention! Citations.
2. Rigueur intellectuelle: ayant été chercheur universitaire, j'ai moi-même été soumis aux règles concernant les citations, le classement implicite des sources et les divers protocoles de présentation. J'ai même connu un «editor» américain qui voulait appliquer une datation d'origine. Par ailleurs il y avait aussi un chercheur canadien qui avait une piètre opinion des recherches publiées en France. On règne où l'on peut. Ce n'est pas parce qu'on cite Adorno de seconde main qu'on manque de rigueur; on peut manquer de temps, ou de moyens (tout le monde n'habite pas à côté de la Bibliothèque nationale comme tout le monde ne parle pas allemand).
Je ne connais pas les travaux de recherche de Monsieur le professeur Redeker, mais je voudrais signaler le fait que son «papier» a paru dans un grand quotidien, pas dans les Annales d'islamologie. De plus, le recours à Universalis est parfaitement honorable, les auteurs étant pour la plupart des universitaires reconnus ou des spécialistes du domaine.
Après avoir parcouru l'article d'EU en question (à l'article Muhammad), on peut reprocher à Redeker la tournure «Rodinson énonce quelques vérités (...) taboues en France», car ce n'est pas l'objet de la contribution de Rodinson. Mais dans une polémique on fait flèche de tout bois. Les raccourcis causalo-historiques de Danièle Bleitrach, par contre, manquent nettement de rigueur et même d'intellectualité.
La rigueur de Rodinson peut elle-même être mise en doute: après avoir expliqué que «nous n'avons aucune garantie de la fidélité de cette transmission ni même de sa réalité», à propos des sources orales des biographies rédigées deux siècles après la mort de «l'avertisseur», il nous assure cependant que la récitation (qur'an) est une source authentique pour l'établissement de la biographie du fils d'Abd Allah). Je n'insiste pas. On voit le délicat caractère tautologique de l'exercice. R. Blachère (article Coran) signale bien que l'exégèse traditionnelle est fragile et éclaire «le Coran par une tradition dont en réalité l'origine était le Coran lui-même».
3. Cinq cents «millions de sensibilités». Rappel du passage (Édito du Monde): «Qui croit être lu par les seuls habitués du Figaro heurte au même instant des millions de sensibilités dans le monde. Le retour de bâton suit le même chemin, avec la même célérité : courriels assassins ou vengeurs, menaces et mobilisation générale contre les "impies".»
Redeker ne se plaignait-il pas d'être «surveillé»? Le Monde le confirme, comme on vient de le voir, à croire qu'il existe effectivement une police de la pensée (se servant de Google, tiens) en quête de propos pouvant être soupçonnés de manquer de respect ou d'attaquer cette religion et ses attributs.
Rodinson (toujours dans EU, édition de 1989) est prudent et rappelle en fin d'article que si, dit-il, on n'applique plus comme autrefois la peine de mort à l'encontre de ses insulteurs, «il reste impossible de manquer de respect envers sa mémoire (ou de paraître en manquer) dans les pays musulmans».
Dix-sept ans plus tard (peut-être trente-huit, si Rodinson était un collaborateur d'Universalis de la première heure), on doit préciser que la peine de mort est remise à l'honneur et cela dans tous les pays. On n'arrête pas le progrès.
Pour clore cette tartine, je me propose d'adopter une terminologie neutre. Si je dois aborder la question à l'avenir, je parlerai désormais 1) de la divinité, 2) de la récitation, 3) de l'avertisseur ou de l'interprète de la divinité, 4) de la soumission, 5) de la communauté de ceux qui remettent leur âme à la divinité, suivant en cela les traductions habituelles.
Note: le PR s'écarte considérablement en parlant de «livre par excellence» comme étymologie de la «récitation». Enfant, on m'avait raconté que c'était le sens du mot bible. Le PR parle de «livres saints» en grec. Ce qui est curieux, c'est que le mot latin biblia n'apparaît qu'au XIIe s.
À suivre
[Peu enclin au mysticisme, je n'attribuerai pas l'accident de ce soir qui nous a privé mes chiens et moi d'un souper chaud à l'intervention d'une quelconque divinité. L'élément chauffant du four a formé un arc électrique et s'est mis à fondre, ce qui risquait de mettre le feu à la baraque (en bois, comme c'est coutime ici). Avec l'énervement des chiens, j'ai compris qu'il se passait quelque chose: un grésillement m'a fait regarder dans le four. Deux coups d'extincteur à poudre, et l'incident était clos.]
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