Sur ou contre l'Islam?
[Note: La page web du Monde affiche un édito intitulé «Pour Robert Redeker». Néanmoins sa tribune est considérée comme un brûlot, «excessif, approximatif et pour tout dire provocateur».]
Avant de rédiger cette note, j'ai fait une petite recherche Google et bien m'en prit. Il semble que Monsieur Robert Redeker ne soit pas très fréquentable. Même Alain Gresh a volé à la défense de l'auteur de l'article encyclopédique que citait Redeker, comme si le citeur était contagieux à rebours. À ce moment-là, Benoît XVI a compromis la réputation de Manuel II Paléologue.
Tout cela manque de sérénité. Je désespérais de trouver le texte (sauf à le demander à son auteur) jusqu'à ce que je le trouve sur 20minutes.fr. J'avais d'abord lu la critique qu'en faisait Danielle Bleitrach. Assez acerbe et curieusement virulente. Elle fait appel à Cholem-Alekheim (auteur de La Peste soit de l'Amérique).
Titre accrocheur, mais prêtant à confusion aujourd'hui (le sous-titre est "et de quelques autres lieux"). Je ne connaissais pas l'auteur. Ni Google d'ailleurs, puisque son nom avait été estropié, dans la presse de la polémique. Il s'agit d'un écrivain russe (mort en 1916) qui écrivait en yiddish. Son nom correctement orthographié Cholem (ou Sholem) Aleikhem (ou Aleichem) est un pseudonyme; il s'appelait en réalité de Chalom Rabinovitch. Universalis (l'encyclopédie) lui prête des tribulations et un humour. Il semble qu'il se range entre La Fontaine et Cervantès, Bertolt Brecht et Charlie Chaplin (je laisse à l'auteur de l'article le choix de ses repères).
Toujours est-il que je n'ai pas saisi la pertinence de l'allusion. Je ne reproduirai ni l'article de Danielle Bleitrach ni celui de Robert Redeker, que je viens de lire. Il n'est n'est pas plus anti-islamique que l'Encyclopédie Universalis qu'il cite, pas plus que le chapitre consacré à l'islam dans le Grand Mémento Larousse des années trente.
Si l'on me reproche de ne pas avoir lu le Coran, comme je suis athée je puis arguer que je ne lis pas les pseudo-productions angéliques, puisque les anges n'existent pas. Je n'ai pas non plus lu la Bible intégralement. Le Cantique des cantiques (curiosité d'adolescent) et la partie consacrée à Judith (qui trancha la tête d'Holopherne), mais l'oeuvre de Vivaldi qui m'y a poussé. D'ailleurs, comme j'ai quand même été frotté de catholicisme avant l'âge de quinze ans, je puis avancer que la Bible n'est pas vraiment centrale au catholicisme, qui s'appuie davantage sur les Évangiles et surtout sur le catéchisme (cependant la Bible est très exploitée par la musique sacrée occidentale). Le Protestantisme, en autre, en remplaçant l'argument d'autorité par l'individualisme, fait une large place à l'interprétation du message divin dans les textes bibliques.
En fait, je vais probablement choquer en affirmant que ce sont les lecteurs de Redeker (je parle uniquement de ce texte-là) qui sont les plus violents et les plus outranciers, en particulier en faisant de l'Occident ou du Catholicisme (ils ne se confondent pourtant pas) la cause unique de tous les maux. Un commentaire sur le site legrandsoir.info (ou sur celui de Ballaciao) attribue ainsi à Jésus (je ne partage pas l'idée qu'en a Redeker, mais tout de même) cette kyrielle de maux: «la haine, le mépris, l’esclavage, la spoliation des pauvres, l’Inquisition, la St Barthélémy, les croisades, la traite des Africains, l’élimination des Amérindiens, l’Holocauste...»
Ce monsieur demande qu'on lui explique sa logorrhée. Je vois très bien Jésus dirigeant une croisade. Madame Bleitrach adopte une vision du monde assez analogue. Alors à qui attribuera-t-on le génocide des Arméniens? Je ne retiens de sa diatribe (elle se sent visée, puisque Redeker tape autant sur le communisme que sur l'islam, dans une analogie sans doute captieuse) que le passage sur la Shoa où elle noie la responsabilité nazie dans un vertigineux raccourci historique. Platon doit aussi y être pour quelque chose.
Je cite: «Le premier est l’analyse de ce qu’a été la shoa, l’holocauste, quel que soit le nom qu’on lui donne. Ce crime contre l’humanité a eu lieu dans l’Europe chrétienne où il a été l’aboutissement de plus de mille ans de crétinisme meurtrier des églises qu’elles soient orthodoxe ou catholique alliés aux puissants toujours à la recherche de boucs émissaires. 2000 ans de conditionnement des esprits à la haine de l’autre, qui a culminé en apothéose colonialiste, la multiplication de crimes contre l’humanité, de l’horreur du colonialisme à l’extermination nazie.» Danielle Bleitrach.
Tiens, elle a oublié les Luthériens et les Calvinistes. «église» ou Église», car ce n'est pas la même chose. Un lecteur soucieux pourrait aussi lui signaler l'ambiguïté de «extermination nazie».
Réflexion faite, pour dédouaner le commentateur plus haut, je citerai aussi ce passage saisissant: «cette Europe qui a produit en quelques siècle (sic), les croisades, le génocide des amérindiens, le martyrs du continent noir et l’esclavage, le colonialisme, deux guerre mondiales, l’extermination nazie et qui aujourd’hui de toutes ses forces soutient son allié US qui est le plus grand danger qui pèse sur l’humanité.» Danielle Bleitrach
En tant qu'Européen, j'ai honte... de lire de tels amalgames débilitants et myopes. L'Antiquité est sans doute au-dessus de tout soupçon: et je ne parle pas du mode de production asiatique. L'énoncé est particulièrement grossier pour un esprit averti. Même si le jésuitisme de Redeker ne me plaît pas, la soupe qui tient lieu de pensée à Madame Bleitrach me paraît par trop épicée.
Et voici la cerise (sur le gâteau): le commentaire d'une abonnée de la chaîne d'OBL - «Il ne se passe pas un seul jour sans que l’on entende une déclaration islamophobe. Pauvre occident, il n’a tiré aucune leçon de son passé, il lui faut toujours un ennemi pour le fédérer.» Signé «leila salem» qui selon toute vraisemblance ne comprend pas plus l'Europe que ses coreligionnaires n'ont compris le théologien Ratzinger. Et l'Occident perd sa majuscule. Où est-ce que cette dame a bien pu trouver l'idée que l'Europe se fédérait? Est-ce ainsi qu'elle voit l'Union européenne? Au moins, l'Occident a un passé, ce qui veut dire qu'il en est sorti.
NB Apothéose colonialiste? Dire que je croyais que le plus grand danger était le réchauffement planétaire, ou le sida (tiens Bleitrach l'a oublié parmi les maux de la planète... comme la grippe aviaire).

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