Sacrifier au dieu Phobos
Comme il m'arrive de réfléchir (le moins souvent possible, comme on risque de se voir sous son vrai jour), en repensant à la formation du mot «islamophobie» (je ne parle pas de son contenu, pour employer un mot passe-partout: les mots ne sont pas des contenants), je me suis mis à penser qu'il était moins construit sur les formants (éléments susceptibles d'entrer dans la formation d'unités lexicales) «islam(o)-» et «-phobie» que sur le modèle sémantique de «xénophobie».
Mais au rebours de son modèle supposé, il ne comporte pas de pendant positif sur le patron de «xénophilie». On note aussi qu'il n'y a pas vraiment de préfixe «islamo-».
Poursuivons et empruntons à «xénophobie» l'essentiel de sa définition, soit «hostilité systématique manifestée à l'égard de (...)» (GDEL). Le PR ajoute, friand d'amalgames: «à tout ce qui vient de l'étranger». Idem dans ses exemples. «Les racistes et les xénophobes.» On ne le suivra pas.
D'un point de vue moral, cette façon de penser par blocs monolithiques m'épuise (je ne suis pas Obélix), car elle ne permet pas de réorganisation, de réflexion. Mes sentiments, quels qu'ils soient, sont généralement plus sélectifs.
Il est bon, avant de poursuivre, de retourner à la «phobie» en tant que mot autonome. Elle a deux sens selon le GDEL:
1. Crainte déraisonnable à l'égard d'objets, de situations ou de personnes bien définis, dont le sujet reconnaît le caractère injustifié, mais dont il ne peut se débarrasser.
2. Langue courante. Aversion très vive pour qqch ou peur instinctive de qqch (sens présent dans le Petit Larousse de 1982.); horreur (langue soutenue): avoir la phobie de la foule.
Avec la xénophobie, par contre, la peur, si elle est à l'origine du sentiment, n'entre plus dans sa définition. Dans le PR 2007 on trouve sous racisme la même formulation que celle que le GDEL donne de la xénophobie. Mais le rédacteur, après avoir détaillé les fondements du véritable racisme (l'-isme est là une théorie hiérarchique des races), prend bien soin de signaler que «racisme» dans le sens «d'hostilité systématique contre un groupe social» se dit abusivement.
L'amalgame que fait le PR lui-même est donc dénoncé. On se souviendra du caractère systématique de la chose (phobie ou «racisme»). Quid de l'hostlité proprement dite? Le GDEL y voit trois acceptions, avec l'exemple d' «acte d'hostilité»:
(1) sentiment d'inimitié à l'égard de qqn
(2) attitude d'opposition à l'égard de qqch
(3) antipathie, malveillance
Plus intéressant, peut-être, l'adjectif suivi de la préposition à.
hostile à qqch, qqn: se dit de qqn qui désapprouve qqch ou qqn, qui le combat par la parole, par l'écrit, ou des actes qui marquent cette opposition, ce désaccord; défavorable, opposé.
Le PR donne comme exemple «hostile à un pays», suivi d'une parenthèse invitant à comparer à l'entrée «-phobe», où le formant est défini comme crainte et dont les exemples sont anglophobe et xénophobie.
Les choses ne sont donc pas tellement plus claires, sauf que l'honnêteté (probité) intellectuelle nous suggère de ne pas employer «racisme» à toutes les sauces, et d'étendre cette précaution aux néologismes construits sur -phobie.
Accessoirement on note que le PR a résolument opté pour «contre» dans les définitions consultées, alors que «envers» ou «à l'égard de» est moins suggestif. Le millésime 2007 ne serait peut-être pas le meilleur cru.
À suivre (la note sur -isme précède celle-ci)
NB GDEL et PR renvoient respectivement au Grand dictionnaire encyclopédique Larousse 1984 et au Petit Robert 2007
Rappel: je me propose d'adopter une terminologie neutre si je me trouve dans l'obligation d'aborder à nouveau la question. Je parlerai désormais 1) de la divinité, 2) de la récitation, 3) de l'avertisseur ou de l'interprète de la divinité, 4) de la soumission, 5) de la communauté de ceux qui remettent leur âme à la divinité, suivant en cela les traductions habituelles.
Libellés : liberté d'expression, liberté de pensée, Robert Redeker

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