1.10.06

Pour ou contre «une vague moyenâgeuse d'intolérance»?

Le Monde a publié sur sa page web un éditorial (je lui emprunte les guillemets de mon titre) prenant la défense de Robert Redeker, philosophe que certains voudraient transformer en saucisses, probablement parce qu'il enseignait jusqu'à tout récemment dans la région de Toulouse. Mais c'est une défense du bout des doigts, avec des gants chirurgicaux: la tribune du 19 septembre dans le Figaro y est considérée comme un brûlot, «excessif, approximatif et pour tout dire provocateur».

L'éditorialiste part du principe que «le philosophe qu'est Robert Redeker fait certainement la distinction entre l'islam, la religion, et l'islamisme, une idéologie. Mais ce n'est pas le registre qu'il a choisi. Libre à lui. Libre, comme liberté de penser et liberté d'expression». Comme si cette distinction allait de soi et qu'elle était la condition de cette timide défense.
Ce qui est intéressant dans l'édito, c'est l'analyse de la parole dans le cyberespace. Je la reproduis ici:
«Qui croit être lu par les seuls habitués du Figaro heurte au même instant des millions de sensibilités dans le monde. Le retour de bâton suit le même chemin, avec la même célérité : courriels assassins ou vengeurs, menaces et mobilisation générale contre les "impies".»
«Ce changement d'échelle ne justifie aucune autocensure, mais prouve une fois de plus que chacun est écouté sinon entendu partout, jusqu'aux confins du village planétaire. Comme le montre l'affaire Redeker, on ne parle pas à sa paroisse comme à la multitude.»
Il faut ici apporter un bémol. On n'est «écouté» par des millions que si l'on parle de l'islam ou de son prophète. Et si l'on est entendu, c'est dans le sens «oreille» et non dans celui de l'exercice de l'entendement. Cf. Benoît Ratzinger.
C'est à dire que personne ne s'est donné la peine d'essayer de comprendre. En outre, la métonymie de la paroisse est d'un goût douteux.

Il nous manque à nous Occidentaux et plus spécialement Européens un petit manuel du blasphème musulman. Mais si la globalisation est au prix d'une conformité à une religion, je me désolidarise immédiatement du reste de l'humanité.
L'édito du Monde cite Dominique de Villepin: «Nous sommes dans une démocratie, chacun doit pouvoir s'exprimer librement, dans le respect, bien sûr, des autres. C'est la seule limite qui doit être acceptée à cette liberté.» Mais qui définira ce fameux respect? Je crois sincèrement que Monsieur de Villepin ouvre là une brèche où s'engouffreront les djihadistes de tous poils. Le respect démocratique ne doit pas nous être imposé par les éructeurs de fatwas. Tout le monde semble oublier que, dans la polémique, même les arguments ad hominem (bien que mal fondés) servent la cause que l'on défend ou que l'on illustre.
Ceci dit, Redeker ne devrait probablement écrire «Mahomet est un maître de haine» que s'il en apporte la preuve. Pour ce qui est du «chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame», que le Monde cite en présentant l'extrait comme une injure (emploi du verbe «traiter»), il s'agit d'un condensé de la vie de ce monsieur, qui a vécu à cheval sur le 6e et 7e siècle de l'ère contemporaine (enfoncée l'ère chrétienne).
Redeker aurait tout aussi bien pu dire que ce porte-parole divin était analphabète. Ce qui est même la condition de sa prophétude. Ceux qui veulent une biographie moderne mais succincte et «modérée» (pour ne pas dire sympathisante) peuvent consulter le Grand dictionnaire encyclopédique Larousse.
À suivre