7.10.06

Ma foi! Diable!

Il est curieux que le Petit Robert considère les panthéistes comme ayant adopté l'athéisme, dans la mesure où cela constitue une doctrine plutôt qu'une attitude. Eh, oui! c'est au moyen de ces deux définisseurs que le PR analyse le sens non spécialisé d'athéisme.

Les choses devraient être plus claires, mais il faut comprendre que le statut d'athée est originellement une dénonciation. L'athée, c'est le sans-dieu. État impensable dans certaines sociétés, historiquement et actuellement (on y substitue l'impiété). Cf. le distinguo de Gide: «Je suis incroyant, je ne serai jamais un impie.»

«L'intolérance crée des étiquettes infamantes, qui transforment la victime obnubilée (sic) en accusateur véhément.» Tiré de l'introduction à l'article Athéisme d'Edmond Ortigues dans l'Encyclopaedia Universalis.

Un des exemples du PR témoigne du dilemme: «il n'est pas athée, mais agnostique.» L'agnostique est «celui qui pense que Dieu est inconnaissable (Edmond Ortigues).

Comme l'athéisme consisterait à ne nier que l'existence d'un dieu personnel (le PR lui conserve sa majuscule). Par quoi il faut entendre un dieu «conçu comme un être personnel» et non pas appartenant à une personne. Mmm.

L'athée (que je suis) est de la 2e proposition du PR. La première «personne qui ne croit pas en Dieu» ne correspond pas à ce que je pense (ou à mon attitude). Je suis de ceux qui «nie(nt) l'existence de toute divinité». Toutefois, rassurez-vous, je reconnais l'existence du sacré.

Sinon il me serait difficile d'écouter les cantates de Bach sans friser la schizophrénie. EU signale d'ailleurs qu'il y a dans cette négation une difficulté intellectuelle qui jette l'équivoque sur l'énoncé «je crois en Dieu».

Pour saint Anselme l'athée est un insensé, alors que saint Paul le voyait «sans protecteur divin». Si l'athée ne semble pas avoir existé dans la société occidentale moderne avant le XVIe siècle. Platon en parle pour dédouaner Socrate. Selon lui, je serais l'athée absolu (parapan atheos).

Je dois ces détails à Edmond Ortigues, qui évoque aussi le fait que la négation du verbe croire «pose des problèmes logiques d'une traîtreuse difficulté». J'ai exploité cette faille dans ma réfutation du négationnisme, sur aun autre blog. Pour Ortigues, «je crois en Dieu» est «l'expression d'une confiance globale», mais insuffisante; elle repose sur la proposition «je crois que Dieu existe».

Mais il ne s'agit là pas vraiment d'une proposition existentielle, selon Ortigues, car «on ne peut pas désigner un quelque chose qui aurait pour prédicat être-Dieu.» Il suffit d'essayer, pour constater, à tout le moins, l'étrangeté de l'énoncé, ne fût-ce qu'avec le pronom.

*«Il est Dieu.»

On pourra comparer cette affirmation avec la négation suivante:

«Rien/personne n'est Dieu»

qui est l'équivalent de «Aucune chose/aucune personne n'est Dieu». Cf. *«Quelqu'un est Dieu».

Le panthéiste aurait peut-être une chance d'être plus intelligible en renversant «Dieu est l'unité du monde», mais le malaise subsiste; on peut d'ailleurs se poser la question de l'existence d'un tel prédicat ou de celui-ci: «la somme de tout ce qui existe». (je me sers de la définition du panthéisme du PR.)

Ortigues donne comme exemples problématiques «croire» et «vénérer», mais le verbe «penser» transitif suivi de «que» est aussi un piège logique. Le lexicographe ne s'y trompe pas, car il le définit comme «croire, avoir l'idée, la conviction que» (PR et PL).

Naturellement, si je parviens à réduire les aléas de ma pensée en refusant le plus possible de croyances, je ne serai jamais en mesure de vérifier ou de passer au crible tous les faits et je serai toujours redevable à d'autres et donc sujet à être abusé. Nil admirari.

À suivre (N'oublions pas Redeker). Schnauzer.

NB La question de l'âme sera abordée ultérieurement. J'offense déjà «ceux qui remettent leur âme à la divinité» par ma photo et mes aboiements; il paraît qu'impur, je trouble la prière. Tant mieux.

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