Le sens de l'insulte (1)
il-a-osé-28e
Je n'ai trouvé l'expression «terme de mépris» ni à terme ni à mépris. J'ai alors essayé à imbécile et à con. Sans effet. Con est marqué «injure» au sens (2). Dommage. Je veux dire que le législateur fournissait au lexicographe une étiquette utile. Toutefois, l'expression «terme d'injure» apparaît irrégulièrement (à enflure, mais pas à enfoiré; à enfant, fils de putain).
Naturellement, comme l'a montré Milner (avant d'être psychanalyste), tout terme de la langue peut être promu au «rang» d'insulte (cf. son prof de mari). Mais comment va-t-on distinguer «putain de moteur» et «enfoiré de concierge», si on ne peut pas le faire structurellement?
Le développement en propositions correspondantes donne un premier clivage:
1) Ce moteur est une putain. [= ?]
2) Ce concierge est un enfoiré. [=imbécile, maladroit*]
On notera le malaise avec:
3) putain de concierge => ?ce concierge est une putain
Toutefois, 3) peut emprunter son sens à «il fait la putain» [cherche à plaire à tout le monde], mais il ne s'agit plus d'une insulte comme telle.
Le PR signale que putain de sert à marquer «le mépris, l'exaspération». J'ai déjà évoqué les difficultés de lecture que présentait la virgule dans une définition ou une acception. Les deux? L'un et l'autre, l'un ou l'autre?
En 1) on a clairement l'exaspération, sans à avoir à chercher très loin une situation où l'énoncé s'appliquerait. En 2), le mépris est indubitable.
Tenons-nous en à la forme propositionnelle, qu'on pourra faire précéder d'un opérateur d'énonciation. Pour m'amender, je prendrai le terme de dyslexique que j'ai détourné de son sens, sciemment, pour lui en attribuer un nouveau: «qui ne sait pas lire ou ne lit pas attentivement».
On conviendra qu'il ne s'agit plus de l'incapacité. D'ailleurs, comme je ne suis ni psychothérapeute ni éducateur, je ne suis pas en mesure de déclarer si X ou Y est véritablement dyslexique.
On voit déjà se dessiner la problématique d'un sens de l'insulte.
A est dyslexique
[B dit que] A est dyslexique
La validité de l'énoncé est astreinte au rapport qui lie A et B, ainsi qu'à l'existence vérifiée d'un trouble de la lecture chez A.
B aura beau gloser son assertion par «A n'a pas lu attentivement les documents», cela ne lui permettra pas de confirmer sa proposition.
On dira donc que dans une situation où «dyslexique» est employé comme terme de mépris, le mot n'a pas de sens vérifiable, sans égard à l'opérateur d'énonciation.
À suivre, à petits pas, dans une autre tranche du même sujet.
*PR 2007
Note sur l'intelligence d'un point de vue sémantique: (2) (sens strict) «L'ensemble des fonctions mentales ayant pour objet la connaissance conceptuelle et rationnelle (opposé à sensation et à intuition)» - (4) (cour.) «Qualité de l'esprit qui comprend et s'adapte facilement; caractère d'une personne intelligente.» Petit Robert 2007. La notion de résolution de problèmes est signalée à l'acception (3), considérée comme didactique. «Aptitude (d'un être vivant) à s'adapter à des situations nouvelles, à découvrir des solutions aux difficultés qu'il rencontre.»
Mais en (3), il s'agit aussi bien de l'intelligence animale que de celle des machines (dite artificielle). En outre, le sens (2) s'oppose à l'émotion également. Personnellement, j'ajouterais une autre notion qui s'oppose à la rationalité: la croyance. Et je ne serais pas le premier. Je fouillais dans le Lalande quand je suis tombé sur la citation d'Aristote sur le statut logique et philosophique de la prière: «Une prière, par exemple, n'est pas un jugement, parce qu'elle n'est ni vraie ni fausse.»
Comme je ne peux toujours pas accéder à mon PR sur cd-rom (malgré la mise à jour téléchargée et installée), je ne peux pas vérifier si la répartition des acceptions était la même.
Je n'ai trouvé l'expression «terme de mépris» ni à terme ni à mépris. J'ai alors essayé à imbécile et à con. Sans effet. Con est marqué «injure» au sens (2). Dommage. Je veux dire que le législateur fournissait au lexicographe une étiquette utile. Toutefois, l'expression «terme d'injure» apparaît irrégulièrement (à enflure, mais pas à enfoiré; à enfant, fils de putain).
Naturellement, comme l'a montré Milner (avant d'être psychanalyste), tout terme de la langue peut être promu au «rang» d'insulte (cf. son prof de mari). Mais comment va-t-on distinguer «putain de moteur» et «enfoiré de concierge», si on ne peut pas le faire structurellement?
Le développement en propositions correspondantes donne un premier clivage:
1) Ce moteur est une putain. [= ?]
2) Ce concierge est un enfoiré. [=imbécile, maladroit*]
On notera le malaise avec:
3) putain de concierge => ?ce concierge est une putain
Toutefois, 3) peut emprunter son sens à «il fait la putain» [cherche à plaire à tout le monde], mais il ne s'agit plus d'une insulte comme telle.
Le PR signale que putain de sert à marquer «le mépris, l'exaspération». J'ai déjà évoqué les difficultés de lecture que présentait la virgule dans une définition ou une acception. Les deux? L'un et l'autre, l'un ou l'autre?
En 1) on a clairement l'exaspération, sans à avoir à chercher très loin une situation où l'énoncé s'appliquerait. En 2), le mépris est indubitable.
Tenons-nous en à la forme propositionnelle, qu'on pourra faire précéder d'un opérateur d'énonciation. Pour m'amender, je prendrai le terme de dyslexique que j'ai détourné de son sens, sciemment, pour lui en attribuer un nouveau: «qui ne sait pas lire ou ne lit pas attentivement».
On conviendra qu'il ne s'agit plus de l'incapacité. D'ailleurs, comme je ne suis ni psychothérapeute ni éducateur, je ne suis pas en mesure de déclarer si X ou Y est véritablement dyslexique.
On voit déjà se dessiner la problématique d'un sens de l'insulte.
A est dyslexique
[B dit que] A est dyslexique
La validité de l'énoncé est astreinte au rapport qui lie A et B, ainsi qu'à l'existence vérifiée d'un trouble de la lecture chez A.
B aura beau gloser son assertion par «A n'a pas lu attentivement les documents», cela ne lui permettra pas de confirmer sa proposition.
On dira donc que dans une situation où «dyslexique» est employé comme terme de mépris, le mot n'a pas de sens vérifiable, sans égard à l'opérateur d'énonciation.
À suivre, à petits pas, dans une autre tranche du même sujet.
*PR 2007
Note sur l'intelligence d'un point de vue sémantique: (2) (sens strict) «L'ensemble des fonctions mentales ayant pour objet la connaissance conceptuelle et rationnelle (opposé à sensation et à intuition)» - (4) (cour.) «Qualité de l'esprit qui comprend et s'adapte facilement; caractère d'une personne intelligente.» Petit Robert 2007. La notion de résolution de problèmes est signalée à l'acception (3), considérée comme didactique. «Aptitude (d'un être vivant) à s'adapter à des situations nouvelles, à découvrir des solutions aux difficultés qu'il rencontre.»
Mais en (3), il s'agit aussi bien de l'intelligence animale que de celle des machines (dite artificielle). En outre, le sens (2) s'oppose à l'émotion également. Personnellement, j'ajouterais une autre notion qui s'oppose à la rationalité: la croyance. Et je ne serais pas le premier. Je fouillais dans le Lalande quand je suis tombé sur la citation d'Aristote sur le statut logique et philosophique de la prière: «Une prière, par exemple, n'est pas un jugement, parce qu'elle n'est ni vraie ni fausse.»
Comme je ne peux toujours pas accéder à mon PR sur cd-rom (malgré la mise à jour téléchargée et installée), je ne peux pas vérifier si la répartition des acceptions était la même.

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