10.10.06

«La technique de l'abrogeant et l'abrogé» (sic)

Franz-Olivier Giesbert, dans Nous sommes tous des Redeker, commençait bien: «C'est clair : désormais, il ne faudra plus écrire qu'en présence de l'imam du coin ou du délégué local de la Fédération des droits de l'homme. Si on n'a pas reçu leur visa de censure, on risque les pires ennuis.»

Mais il dérape en route:

«Quand Robert Redeker (...) a écrit dans Le Figaro que « Mahomet est un maître de haine », il a proféré une énormité. Il a juste oublié de lire la sourate de la Génisse, celle de l'Abeille et bien d'autres encore.»

[Et pourquoi devrait-il lire la récitation, puisque vous vous chargez de lui faire la leçon? Et s'il avait écrit que l'avertisseur était un assassin? Ce qui est avéré, même s'il a été déifié. -- J'ai poussé la curiosité jusqu'à parcourir (je ne peux pas les réciter) les sourates de la Génisse et de l'Abeille, et je reste perplexe quant à la pertinence de ce qui semblait un contre-argument.]

Giesbert glisse davantage: «A ce compte-là, on pourrait en dire autant du Dieu de la Bible, qui n'est pas toujours des plus aimables» poursuit-il dans un douteux esprit de critique religieuse comparée. Le voilà en train de comparer un prophète à un dieu: décidément cette affaire est le lieu de tous les abus (à défaut d'un mot plus vigoureux).

« (...) Mais M. Redeker n'est pas un spécialiste de l'islam...»

[Vous l'êtes, vous, sans doute?]

«...et on pouvait croire que dans la démocratie française lui serait donnée la liberté d'exprimer ses opinions, fussent-elles fausses.»

[une opinion n'est pas fausse - l'opinion est toujours sans preuve; un argument peut l'être, une démonstration aussi, mais Redeker ne s'est pas livré à une analyse.]

Giesbert se rattrape, in extremis:

«Eh bien, non ! On peut dire du mal de toutes les religions dans ce pays, et d'abord du christianisme, mais pas de l'islam (...) Robert Redeker a été littéralement lâché par les plus hautes autorités de l'Etat, qui ont adopté leur stratégie habituelle, celle de Ponce Pilate. Honte à elles, car c'est, excusez-moi du peu, la liberté d'expression qui est en question (...)»

Pour terminer en ironisant: «La prochaine fois, Robert Redeker le saura. En France, on n'a le droit de dire du mal que du successeur de Jean-Paul II, du cardinal Ratzinger et de Benoît XVI. Accessoirement de George Bush, de Tony Blair, de Tariq Ramadan, de Laurent Fabius ou de Nicolas Sarkozy. Compris ?» Dans Le Point.

Explication du titre, emprunté à A. Meddeb, dans son Forum (Le Monde): «Il y a dans la tradition de l'exégèse coranique la technique de l'abrogeant et l'abrogé (sic), c'est-à-dire que face à des versets contradictoires, l'un devrait abroger l'autre. Et en principe, le critère de l'abrogation est le critère chronologique. Le verset révélé après abroge celui révélé avant.» A. Meddeb.

L'islamisme terroriste a été révélé après, donc il «abrogerait» l'islamisme précédent («libéral»). En fait, en français, n'en déplaise à notre érudit de la récitation, on n'abroge pas n'importe quoi, et c'est un acte qui n'est pas laissé à un «verset». Et Giesbert, comme beaucoup d'intellectuels et de journalistes, a adopté deux positions qui s'annulent.

Schnauzer. À suivre

NB J'ai avancé plus haut qu'une opinion ne pouvait être fausse, étant en quelque sorte en suspens, dans un état intermédiaire, pré-rationnel), mais le Petit Robert me donne tort (à faux). Il faut dire qu'il rend compte d'un usage que ne partage pas le GDEL. Je maintiens toutefois qu'une «vraie opinion» ou une «opinion vraie»ne se dirait pas avec aisance. Ce n'est pas l'opinion qui est vraie ou fausse, mais ce que l'on croit. S'agit-il d'une contamination avec assertion, idée? S.