La liberté ou la mort de la pensée
Je commencerai aujourd'hui par une citation, bien que le nom ou pseudo de l'auteur ne me soit pas connu. « Des collègues de Redeker glosant sur l’article, expliquaient qu’il était normal que des propos aient pu “blesser” les Musulmans. Ces professeurs (évidemment pleins d’idées généreuses, donc de gauche) qui sont capables de mettre sur le même plan des propos “blessants” et une mise à mort ne valent pas beaucoup mieux que ceux qui ont menacé Redeker de mort ; ils ajoutent à leur bêtise la lâcheté et la démission. » (Sur Presque rien sur presque tout.)
Dans la même veine, Courouve, dans un commentaire (29 septembre) sur altermedia, site qui cache son identité selon Calling ID, cite la cour européenne des droits de l'homme qui n'a rien à voir avec la Ligue du même nom: « La liberté d’expression vaut non seulement pour les “informations” ou “idées” accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture sans lesquels, il n’est pas de “société démocratique” ». Cour Européenne des Droits de l’Homme, 21 janvier 1999, n°29183/95, Fressoz et Roire c. France.»
L'élève de Redeker, la petite Chloé, 10 ans, a déclaré que son professeur avait dit des choses fausses sur la «récitation», qu'elle sait sans doute par coeur. D'où cette saine réaction (sur Presque rien sur presque tout): «Non, la liberté n’est pas négociable, non l’erreur n’est pas passible de mort, oui la liberté est aussi la liberté de se tromper, et non il n’y a pas à être « prudent » avec la liberté. Défendre la liberté avec prudence, c’est déjà la négocier, c’est déjà la soumettre à la censure, c’est déjà en faire une concession. (Sans nom d'auteur, qui n'a pourtant pas à rougir de ses propos.)
Le « ou » de mon titre exprime l'alternative, comme dans «tout ou rien» et non une équivalence. Si cette dernière m'avait dicté le titre, celui-ci serait sensiblement différent: La soumission ou la mort de la pensée.
Ceci ne veut pas dire que la pensée morte n'est pas bavarde ni rhétoriqueuse, mais s'il semble qu'il faille dire «rhétoricienne». Caroline Fourest en fait les frais, pour avoir douté des intentions du médiatisé Tariq Ramadan (quel ramdam!). Mona Chollet accuse Caroline Fourest d'entretenir «complaisamment les fantasmes d'invasion islamique, mais elle use de méthodes inadmissibles à l'encontre de tous ceux qui critiquent un tant soit peu ses thèses (...) dans la confusion actuelle, faite de procès d'intention, de conclusions hâtives, de récupérations abusives, de fanatisme (et pas toujours dans le camp qu'on croit), les nuances que j'ai tenu à exposer sont tout sauf un luxe. Sans elles, cette démarche de microchirurgie idéologique, qui tente de remettre un peu d'ordre dans les idées, à commencer par les miennes, n'aurait aucun sens.» On dirait que le procès d'intention n'a pas de camp idéologique, en effet.
Ne nous trompons pas: il devient même impossible de prononcer ou d'écrire le mot «musulman». La même Mona Chollet, qui, paraît-il, trouve la réalité tyrannique, dénonce l'emploi de l'unité lexicale. «" musulmans " (désignation floue permettant le plus souvent d'exprimer son racisme sous le tranquille couvert d'une critique de la religion)». Passible de racisme, hein?
Il faut donc que je traduise, là aussi, ajoutant un sixième terme pseudo-neutre à ma liste: «croyant». Naturellement s'ils se sentent visés, ils s'y reconnaîtront sans peine, puisqu'ils ont quelque part un commandeur qui fait saisir les quotidiens étrangers (blasphématoires) ou rappelle son ambassadeur au Vatican (impie).
Je m'arrête ici pour aujourd'hui, mais tant qu'il y aura des gens, comme l'historien Jean Baubérot, semble-t-il, qui croient qu'un article, une tribune, un blog mérite des menaces de mort, il y aura lieu de s'inquiéter pour la liberté et pour la pensée.
À suivre, donc, résolument. Schnauzer.

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