6.10.06

L'-isme de tous les maux

«Il s’agit désormais de savoir si une idée peut s’exprimer.» Maxime Vivas


Je suis toujours échoué sur cet -isme, mais j'aborderai ensuite un autre formant suffixal, -phobie, dans ce souci que j'ai de pratiquer à ma façon la «sémantique générale», sorte d'hygiène des mots.

C'est en promenant un regard désabusé sur les rayons de ma bibliothèque que je me suis aperçu que j'avais le Supplément (1992) du Grand dictionnaire encyclopédique Larousse (1984).

Si le Petit Robert 2007 trace un trait pour séparer les deux sens d'islamisme sans autre forme de procès, les rédacteurs du Supplément au GDEL consacrent un article au phénomène sociologique ainsi désigné et, mieux, datent l'apparition du sens dérivé et signalent à qui on le doit.

Si le mouvement s'est amorcé en 1928, ce sont, d'après le GDEL, les islamologues occidentaux qui «ont forgé le terme» (sic) en 1970 pour «désigner ce courant de pensée (...) moderne, radical et politisé». On notera toutefois que la politique a toujours été une composante de la «soumission» et de la «récitation»: même si les ulémas ne s'arrogeaient qu'une autorité de censure (d'après le suppl. GDEL 92).

Le sic (qui veut dire ainsi et n'a rien à voir avec l'anglais) s'explique par l'erreur que commet le rédacteur. Le terme existait, c'est donc le sens qui a été «forgé», dans la mesure où l'on peut forger des métaphores, des exemples (ça c'est le linguiste et le lexicographe). Notez qu'on se forge aussi un alibi et des illusions, paradigme où les chimères et les prétextes s'engouffrent.

L'article du GDEL oppose aux -istes de cet -isme le fondamentalisme. Ce qui n'éclaire pas ma lanterne, puisque spontanément, j'assimilais intégrisme et fondamentalisme. Avec raison, semble-t-il. Souvenons-nous de la phrase-exemple (forgée?) du PR: «L'islamophobie est alimentée par un amalgame avec l'islamisme intégriste.»

Ça fait un moment que je brûle de dire que cette phrase compacte gagnerait à citer l'autre part de l'amalgame (il faut deux éléments au moins, non?). Le PR cite une fine remarque de Voltaire à ce sujet.

On peut se demander pourquoi j'insiste tant sur le mot et ses sens. La raison est peut-être de nature psychanalytique. Je me souviens m'être fait dire par des collègues chercheurs que j'étais difficile à comprendre (par laconisme, sans doute, les communications devant s'inscrire dans les 20 minutes prescrites).

Le mot qui avait été employé pour qualifier ma «prose» était «dense» (pas au sens anglais, à propos d'une personne, qui équivaut à «obtus»), mais «ramassé, concis, condensé», comme le signale le PR.

Pour clore et non conclure, dans mes notes pour cette livraison, j'ai griffonné:

On ne comprend qu'à travers ses croyances. Cela s'ajoute naturellement à d'autres facteurs, qu'on peut présenter de la même manière:

On ne comprend qu'à travers son information. Et pire:

On ne comprend qu'à travers ses intérêts... On ne comprend (enfin) qu'à la mesure de ses moyens.

À suivre sur -phobie