It Takes One To Know One ou l'insulte revisitée
il-a-osé-27e
La sagesse populaire anglo-saxonne a le mérite de la concision sur la phrase de la baudruche Courteline que m'oppose A. W. (célèbre romancier, connu pour la profondeur de ses vues). Mais ne nous y trompons pas: cet apparemment habile tour de passe-passe qui consiste à présenter à l'autre un miroir ne marche pas à tout coup.
Quand je me vois dans la glace, je ne vois pas un imbécile (et ce n'est pas faute d'avoir minutieusement examiné la question dans une biographie inachevée): je vois un vieil intellectuel amer, que seuls ses schnauzers rendent encore heureux.
Si souvent les imbéciles s'injurient (entre eux), il est des cas où les imbéciles injurient ceux qui ne le sont pas (cas le plus fréquent) et inversement où ceux qui ne le sont pas expliquent aux imbéciles leur vraie nature. À tort et sans succès. Mais on a l'illusion fugitive d'être soulagé.
Il est extrêmement rare, pour ne pas dire impossible, qu'un imbécile puisse prendre conscience de son état dans toute sa force, puisqu'il lui manque pour cela justement ce qui lui permettrait de se comprendre: l'intelligence.
Il se borne donc à faire des pirouettes et passe allégrement de Hannah Arendt à Courteline. Ouverture d'esprit: oui, certainement, celle des grands sommets vertigineux.
Quand je disais, il y a peu, que depuis mon enfance, je craignais la bêtise, c'est naturellement parce que j'avais eu à en souffrir. La monitrice du jardin d'enfant, puis les premiers instituteurs ont été incapables de reconnaître une myopie et me refusaient le premier rang, me considérant comme un cas perdu (un enfant myope, ou souffrant de surdité partielle, ne sait pas que les autres voient ou entendent différemment, et mieux, a fortiori. Un jour, il faut croire, un instituteur s'est arrêté à réfléchir, mais pas avant que mon psychisme ait intégré la terreur de l'autre dans son refus de comprendre.
Vers l'âge de quinze ans, ce sont mes idées qui m'ont valu d'être pratiquement lapidé. Heureusement, les cars scolaires nous ont abrités mon camarade et moi, le temps que le surveillant sorte de sa torpeur.
Il faut dire que la hiérarchie scolaire était partiellement responsable (il y a des imbéciles à tous les niveaux de la société), le directeur venait de procéder à l'autodafé du numéro du journal estudiantin que je venais de diriger et où je parlais d'astrophysique et de baisers, entre autres. Le chef d'établissement m'a convoqué dans son bureau. Quand je suis arrivé, il prenait connaissance de l'article «existentialiste» dans son Petit Larousse. Pas sibête, il ne m'a pas renvoyé.
La bêtise reste redoutable, étant majoritaire. Elle réussit à faire taire, comme on l'a vu dans le cas présent. Je n'ai pas encore décidé de ne pas aller narguer la coterie d'A. W., dont le célèbre mesureur de pénis, Alfredo, sur ce qu'il croit être ses terres.
Il faut toutefois que je reprenne des forces. Si notre propre bêtise, même discontinue*, a tendance à nous aveugler, celle des autres est terriblement épuisante, surtout quand elle devient concertée, collective et hargneuse.
Je suis demandé si je devais parler d'insulte ou bien d'injure. Le Petit Robert 2007 (qui me surprend parfois par ses traitements des matières que je connais ou crois connaître) signale que si l'insulte «vise à outrager ou constitue un outrage», l'injure, elle, est une «parole offensante» et peut constituer un délit, dans le Droit français: «délit consistant à proférer à l'encontre de qqn un terme de mépris». Le syntagme-exemple associe injure et diffamation.
La prochaine livraison traitera de la sémantique de l'insulte, indirectement en souvenir de l'étude que lui avait consacrée le linguiste Jean-Claude Milner, dans la stucture ce/un/mon X de Y.
À suivre, coûte que coûte.
*J'ai déjà évoqué la non-homogénéité et la discontinuité de l'intelligence. Pour ceux qui s'inquiéteraient de l'emploi que je fais de la notion d'intelligence, je les renvoie aux sens 2 et 4 du PR 2007 (je les citerai in extenso dans une prochaine livraison); j'y ajouterais la capacité de résoudre un problème (en angl. problem-solving).
[Toute erreur ou omission sera corrigée ultérieurement, dans la mesure du possible. Mes excuses.]
La sagesse populaire anglo-saxonne a le mérite de la concision sur la phrase de la baudruche Courteline que m'oppose A. W. (célèbre romancier, connu pour la profondeur de ses vues). Mais ne nous y trompons pas: cet apparemment habile tour de passe-passe qui consiste à présenter à l'autre un miroir ne marche pas à tout coup.
Quand je me vois dans la glace, je ne vois pas un imbécile (et ce n'est pas faute d'avoir minutieusement examiné la question dans une biographie inachevée): je vois un vieil intellectuel amer, que seuls ses schnauzers rendent encore heureux.
Si souvent les imbéciles s'injurient (entre eux), il est des cas où les imbéciles injurient ceux qui ne le sont pas (cas le plus fréquent) et inversement où ceux qui ne le sont pas expliquent aux imbéciles leur vraie nature. À tort et sans succès. Mais on a l'illusion fugitive d'être soulagé.
Il est extrêmement rare, pour ne pas dire impossible, qu'un imbécile puisse prendre conscience de son état dans toute sa force, puisqu'il lui manque pour cela justement ce qui lui permettrait de se comprendre: l'intelligence.
Il se borne donc à faire des pirouettes et passe allégrement de Hannah Arendt à Courteline. Ouverture d'esprit: oui, certainement, celle des grands sommets vertigineux.
Quand je disais, il y a peu, que depuis mon enfance, je craignais la bêtise, c'est naturellement parce que j'avais eu à en souffrir. La monitrice du jardin d'enfant, puis les premiers instituteurs ont été incapables de reconnaître une myopie et me refusaient le premier rang, me considérant comme un cas perdu (un enfant myope, ou souffrant de surdité partielle, ne sait pas que les autres voient ou entendent différemment, et mieux, a fortiori. Un jour, il faut croire, un instituteur s'est arrêté à réfléchir, mais pas avant que mon psychisme ait intégré la terreur de l'autre dans son refus de comprendre.
Vers l'âge de quinze ans, ce sont mes idées qui m'ont valu d'être pratiquement lapidé. Heureusement, les cars scolaires nous ont abrités mon camarade et moi, le temps que le surveillant sorte de sa torpeur.
Il faut dire que la hiérarchie scolaire était partiellement responsable (il y a des imbéciles à tous les niveaux de la société), le directeur venait de procéder à l'autodafé du numéro du journal estudiantin que je venais de diriger et où je parlais d'astrophysique et de baisers, entre autres. Le chef d'établissement m'a convoqué dans son bureau. Quand je suis arrivé, il prenait connaissance de l'article «existentialiste» dans son Petit Larousse. Pas sibête, il ne m'a pas renvoyé.
La bêtise reste redoutable, étant majoritaire. Elle réussit à faire taire, comme on l'a vu dans le cas présent. Je n'ai pas encore décidé de ne pas aller narguer la coterie d'A. W., dont le célèbre mesureur de pénis, Alfredo, sur ce qu'il croit être ses terres.
Il faut toutefois que je reprenne des forces. Si notre propre bêtise, même discontinue*, a tendance à nous aveugler, celle des autres est terriblement épuisante, surtout quand elle devient concertée, collective et hargneuse.
Je suis demandé si je devais parler d'insulte ou bien d'injure. Le Petit Robert 2007 (qui me surprend parfois par ses traitements des matières que je connais ou crois connaître) signale que si l'insulte «vise à outrager ou constitue un outrage», l'injure, elle, est une «parole offensante» et peut constituer un délit, dans le Droit français: «délit consistant à proférer à l'encontre de qqn un terme de mépris». Le syntagme-exemple associe injure et diffamation.
La prochaine livraison traitera de la sémantique de l'insulte, indirectement en souvenir de l'étude que lui avait consacrée le linguiste Jean-Claude Milner, dans la stucture ce/un/mon X de Y.
À suivre, coûte que coûte.
*J'ai déjà évoqué la non-homogénéité et la discontinuité de l'intelligence. Pour ceux qui s'inquiéteraient de l'emploi que je fais de la notion d'intelligence, je les renvoie aux sens 2 et 4 du PR 2007 (je les citerai in extenso dans une prochaine livraison); j'y ajouterais la capacité de résoudre un problème (en angl. problem-solving).
[Toute erreur ou omission sera corrigée ultérieurement, dans la mesure du possible. Mes excuses.]

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