Croire ou savoir 11
Les listes des deux classes potentielles apparaissent à la fin de la dernière livraison et sur le site de tso, avec les détails qui permettent de cadrer cette étude.
Il y a trois paramètres au moins dans la question qui est posée: l'examen auquel je me suis livré jusqu'à présent n'en a abordé directement qu'un seul, sauf à évoquer le second sous forme d'énoncés-étalons.
En effet, la «scientificité» (et plus généralement la connaissance) ne repose pas strictement sur le verbe opérateur que l'on peut adjoindre à un énoncé donné quoique son choix n'est pas sans pertinence.
Comme je viens de le dire plus haut, l'énoncé proprement dit est une forme de scientificité dans la mesure où il appartient à un corpus d'énoncés reconnus comme tels, d'une part, et de l'autre, à un système d'interdéduction qui assure une cohérence et qui repose sur la vérifiabilité des propositions individuelles, ou de conséquences de ces propositions.
On a vu ici même, avec la loi de Lavoisier, ce système interdéductif à l'oeuvre. (On retrouvera les détails sur le site tso.)
Dans une perception plus holistique ou naïve, ou encore sociale, les énoncés scientifiques sont le propre d'individus considérés comme des scientifiques par le milieu des sciences (qu'il s'agisse de sciences molles [humaines] ou de sciences dures [quantitatives ou empiriques]). Il va de soit que l'astrologie est exclue.
Néanmoins, dans un petit tour dans un dictionnaire réputé comme le Petit Robert, on découvre que la «parole scientifique» est donnée à celui qui la prend, j'entends par là surtout les philosophes (faisant exception dans le cas de Popper, à mon corps défendant*, puisqu'il a pris des cours de sciences, avec une thèse sur l'axiomatique en géométrie, mais son doctorat ne semble pas avoir été en géométrie).
Comme exemple de l'appartenance ou non à une communauté scientifique, le linguiste George Mounin, dans ses Clefs pour la linguistique de 1968, en exclut Roland Barthes et les philosophes Merleau-Ponty, Lefèvre et Foucault, ainsi que le psychanalyste Jacques Lacan.
Revenons à la parole et à son producteur: le mot scientifiquement dans le PR est illutré par une phrase de Sartre, à propos du changement d'état et pour scientifique, le dictionnaire a recours à Renan. Le mot science (la) regroupe dans ses exemples, outre Poincaré et Pasteur, ce qui «attendu», Goblot (logicien et épistémologue) et Bergson, ce qui ne l'est pas, même s'il a entrepris Einstein sur la notion de temps.
J'emprunterai un futur énoncé-témoin à Bergson, par le biais du Petit Robert, où selon lui, «la science, entre autres, constate que l'univers est régi par des lois mathématiques».
En tout état de cause je n'interdis à personne de parler de la science ni d'ailleurs d'aucun autre domaine ou question, et je ne vous intenterai pas de procès d'intention si vous affirmez que la Terre est plate. Ce que je chercherai à savoir c'est quelle est la nature du lien entre l'acte d'affirmer et la «platitude» de la Terre. La question n'est pas, justement, de régler l'accès à l'énoncé scientifique (même par psittacisme), mais justement de montrer que quand Bergson s'exprime sur la science, il a le même statut que moi quand je parle des neurones (si les neurosciences m'intéressent, je ne suis pas un «neuroscientifique»).
Donc, un énoncé, qu'il soit doxique ou épistémique, fait intervenir (outre les autres facteurs (situation d'énonciation, situation de l'énoncé, référence de l'un et de l'autre, que partagent les énoncés): un 1) énonciateur, un 2) verbe opérateur et un 3) énoncé, grammaticalement considéré comme une complétive.
Soit:
1) Bergson
2) considère que
3) l'univers est régi par des lois mathématiques
Soit encore:
1) A. Guillemonat
2) nous apprend que
3) la masse magnétique totale d'un aimant est nulle
À suivre.
*La fameuse révolution scientifique que devait apporter la notion de «falsifiabilité» remplaçant la vérifiabilité n'est en réalité qu'une révolution de mot. La «falsifiabilité» chercherait à disprove (invalider) l'hypothèse plutôt qu'à en apporter la preuve (prove) ou la confirmer**. Mais quand il emprunte l'idée à Einstein, il commente en écrivant: «il considérait sa théorie comme insoutenable si elle ne résistait pas à l'épreuve de certains tests», ce qui constitue la démarche normale du scientifique. Françoise Armengaud (sa biographe dans Encyclopædia Universalis) ne parle pas de «falsifiabilité», mais de testabilité. Je n'ai pas son ouvrage clé sous la main et je ne peux donc savoir s'il aborde la reproductibilité et la généralité (on sait qu'il déclare, sinon l'universalité, la vérité inaccessible, mais je le savais déjà sans l'avoir lu, n'étant pas essentialiste et sachant qu'un fait dépend de son système de coordonnées (cf. Brice Parain), mais après avoir scié la branche sur laquelle les autres étaient assis, dans une grande prudence, il ne se propose pas de tester/falsifier ses propres positions. Le philosophe ne peut être contré, selon lui, que sur le plan de l'argumentation, ce qui tient de l'abri antiatomique, puisque celle-ci relève de la doxa. Popper est un philosophe qui aurait voulu devenir un scientifique. À partir d'une confidence d'Einstein il construit un système de pensée unique, rivalisant avec ceux qu'il dénonce (Platon, Hegel, Marx, et sans doute Freud) pour dénier à la science son statut envié et en faire un struggle for falsifiability, sorte de darwinisme à la petite semaine. La difficulté pour un parlant-français tient au sens spécial (préexistant, datant au moins de Jefferson) de falsify, qui se traduirait par «prouver la fausseté de», comme le signale le GDEL. Eh oui, Popper a rejoint Ricoeur dans ma boîte de bêtes noires. Mais il est clair que les scientifiques n'avaient pas besoin d'une solution aussi coûteuse (on teste tout sans relâche) et, somme toute, peu intelligente, si l'intelligence est économie de moyens. Cf. la «loi» de Coulomb. Ces notes figureront sur le site tso sous le nom de en marge.
**Quand un chercheur cherche à reproduire une expérience confirmant une hypothèse, s'il est de l'école adverse ou s'il vise votre financement, il ne manquera pas de chercher les défauts de votre démonstration ou de votre expérience. L'invalidation est donc une démarche interne à la reproductibilité.
Il y a trois paramètres au moins dans la question qui est posée: l'examen auquel je me suis livré jusqu'à présent n'en a abordé directement qu'un seul, sauf à évoquer le second sous forme d'énoncés-étalons.
En effet, la «scientificité» (et plus généralement la connaissance) ne repose pas strictement sur le verbe opérateur que l'on peut adjoindre à un énoncé donné quoique son choix n'est pas sans pertinence.
Comme je viens de le dire plus haut, l'énoncé proprement dit est une forme de scientificité dans la mesure où il appartient à un corpus d'énoncés reconnus comme tels, d'une part, et de l'autre, à un système d'interdéduction qui assure une cohérence et qui repose sur la vérifiabilité des propositions individuelles, ou de conséquences de ces propositions.
On a vu ici même, avec la loi de Lavoisier, ce système interdéductif à l'oeuvre. (On retrouvera les détails sur le site tso.)
Dans une perception plus holistique ou naïve, ou encore sociale, les énoncés scientifiques sont le propre d'individus considérés comme des scientifiques par le milieu des sciences (qu'il s'agisse de sciences molles [humaines] ou de sciences dures [quantitatives ou empiriques]). Il va de soit que l'astrologie est exclue.
Néanmoins, dans un petit tour dans un dictionnaire réputé comme le Petit Robert, on découvre que la «parole scientifique» est donnée à celui qui la prend, j'entends par là surtout les philosophes (faisant exception dans le cas de Popper, à mon corps défendant*, puisqu'il a pris des cours de sciences, avec une thèse sur l'axiomatique en géométrie, mais son doctorat ne semble pas avoir été en géométrie).
Comme exemple de l'appartenance ou non à une communauté scientifique, le linguiste George Mounin, dans ses Clefs pour la linguistique de 1968, en exclut Roland Barthes et les philosophes Merleau-Ponty, Lefèvre et Foucault, ainsi que le psychanalyste Jacques Lacan.
Revenons à la parole et à son producteur: le mot scientifiquement dans le PR est illutré par une phrase de Sartre, à propos du changement d'état et pour scientifique, le dictionnaire a recours à Renan. Le mot science (la) regroupe dans ses exemples, outre Poincaré et Pasteur, ce qui «attendu», Goblot (logicien et épistémologue) et Bergson, ce qui ne l'est pas, même s'il a entrepris Einstein sur la notion de temps.
J'emprunterai un futur énoncé-témoin à Bergson, par le biais du Petit Robert, où selon lui, «la science, entre autres, constate que l'univers est régi par des lois mathématiques».
En tout état de cause je n'interdis à personne de parler de la science ni d'ailleurs d'aucun autre domaine ou question, et je ne vous intenterai pas de procès d'intention si vous affirmez que la Terre est plate. Ce que je chercherai à savoir c'est quelle est la nature du lien entre l'acte d'affirmer et la «platitude» de la Terre. La question n'est pas, justement, de régler l'accès à l'énoncé scientifique (même par psittacisme), mais justement de montrer que quand Bergson s'exprime sur la science, il a le même statut que moi quand je parle des neurones (si les neurosciences m'intéressent, je ne suis pas un «neuroscientifique»).
Donc, un énoncé, qu'il soit doxique ou épistémique, fait intervenir (outre les autres facteurs (situation d'énonciation, situation de l'énoncé, référence de l'un et de l'autre, que partagent les énoncés): un 1) énonciateur, un 2) verbe opérateur et un 3) énoncé, grammaticalement considéré comme une complétive.
Soit:
1) Bergson
2) considère que
3) l'univers est régi par des lois mathématiques
Soit encore:
1) A. Guillemonat
2) nous apprend que
3) la masse magnétique totale d'un aimant est nulle
À suivre.
*La fameuse révolution scientifique que devait apporter la notion de «falsifiabilité» remplaçant la vérifiabilité n'est en réalité qu'une révolution de mot. La «falsifiabilité» chercherait à disprove (invalider) l'hypothèse plutôt qu'à en apporter la preuve (prove) ou la confirmer**. Mais quand il emprunte l'idée à Einstein, il commente en écrivant: «il considérait sa théorie comme insoutenable si elle ne résistait pas à l'épreuve de certains tests», ce qui constitue la démarche normale du scientifique. Françoise Armengaud (sa biographe dans Encyclopædia Universalis) ne parle pas de «falsifiabilité», mais de testabilité. Je n'ai pas son ouvrage clé sous la main et je ne peux donc savoir s'il aborde la reproductibilité et la généralité (on sait qu'il déclare, sinon l'universalité, la vérité inaccessible, mais je le savais déjà sans l'avoir lu, n'étant pas essentialiste et sachant qu'un fait dépend de son système de coordonnées (cf. Brice Parain), mais après avoir scié la branche sur laquelle les autres étaient assis, dans une grande prudence, il ne se propose pas de tester/falsifier ses propres positions. Le philosophe ne peut être contré, selon lui, que sur le plan de l'argumentation, ce qui tient de l'abri antiatomique, puisque celle-ci relève de la doxa. Popper est un philosophe qui aurait voulu devenir un scientifique. À partir d'une confidence d'Einstein il construit un système de pensée unique, rivalisant avec ceux qu'il dénonce (Platon, Hegel, Marx, et sans doute Freud) pour dénier à la science son statut envié et en faire un struggle for falsifiability, sorte de darwinisme à la petite semaine. La difficulté pour un parlant-français tient au sens spécial (préexistant, datant au moins de Jefferson) de falsify, qui se traduirait par «prouver la fausseté de», comme le signale le GDEL. Eh oui, Popper a rejoint Ricoeur dans ma boîte de bêtes noires. Mais il est clair que les scientifiques n'avaient pas besoin d'une solution aussi coûteuse (on teste tout sans relâche) et, somme toute, peu intelligente, si l'intelligence est économie de moyens. Cf. la «loi» de Coulomb. Ces notes figureront sur le site tso sous le nom de en marge.
**Quand un chercheur cherche à reproduire une expérience confirmant une hypothèse, s'il est de l'école adverse ou s'il vise votre financement, il ne manquera pas de chercher les défauts de votre démonstration ou de votre expérience. L'invalidation est donc une démarche interne à la reproductibilité.
Libellés : doxique, épistémique, gnosique, Popper, reproductibilité, scientifique, sémantique

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