28.10.06

Croire ou savoir 10

Épistémiques ou doxiques?

Le critère qui s'est dégagé graduellement dans le cas des verbes gnosiques-épistémiques semble être une neutralité modale de l'opérateur (ou de la principale, selon le point de vue) vis-à-vis de la complétive (ou subordonnée).

Notamment dans une transformation négative: le conditionnel et le subjonctif introduisent une modalité qui remet en doute l'énoncé qui sert d'étalon. Dans bien des cas, il s'agit strictement de contraintes grammaticales (comme celle de «il est naturel+que», déjà cité), mais pour les besoins de la démonstration, on doit les écarter.

Il nous reste à répartir dans l'une ou l'autre classe douze verbes. Les outils de corroboration sont les mêmes, Caput & Caput, et dans le doute ou pour le sens, le Petit Robert.

Hector reconnaît que | [la loi de Lavoisier est une loi absolue] = admet
il sait que | les systèmes de coordonnées sont équivalents pour l'énoncé des lois de la nature
il songe que | indic. fut.? = pense+que [?]*

Sait+que semble le seul à être neutre.

Irène soupçonne que | la Terre tourne autour du Soleil
elle soutient que | le langage repose sur une structure innée = affirmer
elle se souvient que | l'eau bout à 100° [nég. = subjonc.]

On peut retenir soupçonne+que dans les épistémiques, les deux autres rejoignant l'expression de l'opinion.

Jean suppose que | ≠ pose [= admet]
il trouve [= pense] que |
il voit [= constate] que | l'eau bout à 100°

On ne conservera que voit+que dans les épistémiques. Les deux autres se rangent dans les doxiques.

L'expérience générale veut que | [l'eau bout (bouille?) à 100°]**
il démontre que | [la loi de Lavoisier est une loi absolue]
il pose [énonce≠admet] que | les systèmes de coordonnées sont équivalents pour l'énoncé des lois de la nature

Seuls les deux derniers (pose+que est pris au sens d'énonce+que) sont considérés comme épistémiques, compte tenu de l'incidence de vouloir sur le mode de la complétive.

Parmi les premières constatations que l'on peut faire, on note que les verbes argumentatifs (si l'on considère une telle classe) se trouvent presque toujours dans les opérateurs doxiques. Tout au long de l'examen, j'ai essayé de distinguer l'objectif du subjectif, même si je l'appelé neutre. Cette neutralité permet une validation extérieure des faits formulés dans l'énoncé, alors que l'opérateur doxique enferme l'énoncé dans un système de croyance.*** Mais n'anticipons pas.

Voici pour l'instant, les premiers résultats, à l'intérieur des verbes opérateurs gnosiques:

Verbes opérateurs épistémiques:
Abélard annonce que, s'aperçoit que, apprend que, conclut que, constate que, déclare que, découvre que, déduit (de qqch) que, démontre que, dit que, se doute que, énonce que, enseigne que, estime que, s'étonne que, explique que, infère que, informe (qqn) que, montre que, note que, observe que, pose que, postule que, (qqn/qqch) présuppose que, (id) prévoit que, proclame que, prouve que, rappelle que, sait que, soupçonne que, voit que l'eau bout à 100°.

Verbes opérateurs doxiques:
Héloïse accepte que, accorde que, admet que, affirme que, assure que, s'assure que, s'attend à ce que, certifie que, comprend que, conçoit que, conjecture que, considère que, conteste que, croit que, décrète que, devine que, doute que, espère que, imagine que, pense que, propose que, reconnaît que, (qqch) requiert que, songe que, soutient que, se souvient que, suppose que, trouve que, (qqn/qqch) veut que la Terre tourne autour du Soleil.


À suivre. Les listes se trouvent sur tso.

*C'est le verbe (avec pouvoir) de l'énoncé du déisme attribué à Voltaire (l'horloge sans horloger -rappelons qu'il s'agit d'une métaphore sinon d'une allégorie- étant impossible dans l'épistémè de l'époque).
**Caput & Caput ne connaissent que la construction avec complétive au subjonctif.
***Comme le suggérait Patrice Enjalbert (1998), cité plus tôt.