Croire (2)
[il-a-osé-34e]
Je suis descendu à la cave et je suis monté au grenier (à peu près)*; je pourrais me réjouir qu'il s'agit d'une petite maison, mais ce n'est pas le cas. Comme chaque mur est percé d'une fenêtre, personne n'a songé qu'un intellectuel pouvait y finir ses jours (ce n'est pas l'heure d'un mea culpa). Toutefois, au cours de mes tribulations ces trente dernières années, je semble avoir perdu plus de livres que je n'en ai acquis (il ne s'agit pas de mon poids).
Mes déplacements agités (avec la thyréotoxicose on ne sait pas si c'est la maladie ou les effets indésirables du traitement médicamenteux) m'ont permis de mettre la main sur sept grammairiens au moins. La Syntaxe des Le Bidois semble avoir pris congé.
Bon, j'ai trouvé un passage de la Grammaire historique de Brunot et Bruneau (mon édition date de 1949, mais l'originale est sans doute antérieure) à propos des complétives introduites par «que» (GH)
J'ai également un manuel scolaire, de G. Martin-Daydé de 1935: Comment employer les modes et les temps des verbes en français. «Verbes marquant... une opinion, le désir, l'affirmation», «verbes de commandement...»
Et enfin le collectif Chevalier, Arrivé, Blanche-Benveniste, Peytard: Grammaire Larousse du français contemporain (GLFC). Trace aussi dans le Dictionnaire de Linguistique dirigé par G. Mounin (DLM):
«Se dit des verbes qui introduisent le discours direct ou indirect: dire, raconter, expliquer, déclarer, rapporter, etc. Il explique qu'il ne pourrait venir.» (DLM)
La GH fait état de verbes exprimant un fait réel, de verbes «subjectifs» qui expriment une volonté, un désir, etc. (redoutable etc.). Elle signale certains verbes comme croire «hésitent» historiquement entre les deux, où l'objet de la croyance est faux. Le paragraphe 692 est consacré aux verbes de sentiment (se plaindre, se réjouir) et l'expression de la réalité d'un fait (je reviendrai sur cette idée).
Avec Qu'est-ce que vous croyez?** je fonçais bille en tête; ici, il semble que je prendrai le temps qu'il faut, quitte à remanier et quitte à... me répéter pour parfaire la formulation.
La GLFC parle de «propositions d'objet introduites par que: «après des verbes déclaratifs (dire, raconter, penser, croire), de sentiment (craindre, admirer...), d'ordre ou de volonté (souhaiter, vouloir, tolérer...)...». Le paragraphe suivant est consacré au mode du verbe: indicatif dans le domaine du probable et du certain, subjonctif dans le possible et de l'appréciation.
Évidemment, le mode ne me concerne pas, puisque je n'étudie pas la concordance. L'intérêt de ces détails tient au classement sémantique qui est fait des verbes de la principale.
Je me dois de signaler, dans cet ordre d'idée, que ma démarche est inverse, où s'il l'on veut «régressive». Je pars le plus souvent d'une phrase considérée comme indépendante pour la subordonner à son énonciation. J'applique le verbe opérateur (cf. Z. Harris) a posteriori, pour situer l'acte de pensée.
Je n'ai donc que faire des catégories de sentiment, de souhait, de volonté, à l'exception peut-être de celle de doute (douter, nier, il est possible) à des fins de contrôle.
L'essentiel tient donc dans le jeu des opérateurs d'opinion/croyance et des opérateurs de cognition/connaissance (savoir, être informé, considérer, comprendre).
Martin-Daydé remarque que dire et écrire peuvent servir à ordonner, mais elle les classe dans «l'affirmation», avec affirmer, prétendre, soutenir, déclarer, jurer, assurer, reconnaître, nier, avouer...
Je ne vois pas pour l'instant comment je pourrais intégrer ces derniers dans la classe des verbes de la connaissance, puisqu'ils semblent plutôt s'inscrire dans la catégorie des verbes argumentatifs.
Récapitulons:
Déclaratifs de communication-argumentation-cognition (provisoire)
dire, raconter, déclarer, annoncer, affirmer, prétendre, soutenir, jurer, assurer, reconnaître, nier, avouer, savoir, être informé, [considérer], comprendre, douter, nier, il est possible, être certain
Déclaratifs d'opinion/croyance (doxiques)
considérer, croire, estimer, 1 juger, 1 penser, tenir, croire, penser
À suivre.
*J'ai répété l'opération la nuit venue et si je n'ai pas mis la main sur le texte de Milner, j'ai trouvé celui de Ruwet (1981-82) de la CDE: construction à datif épistémique. Épistémique devrait succédé à déclaratif dans ma terminologie. Dans le même volume, il a poursuivi l'étude de l'insulte de Milner (étude reprise dans sa thèse d'État, dont je n'ai pas pris connaissance) par une «grammaire» de celle-ci. Leur point de vue, on le sait, était à cette époque la grammaire générative-transformationnelle de Chomsky. Je les cite par honnêteté intellectuelle et non pour m'abriter sous ce parapluie. Dans une note (35), Ruwet fait part des doutes qu'il partage avec Chomsky et Jackendoff sur la possibilité de construire une théorie sémantique «qui soit libre d'information dérivée de la pragmatique et des systèmes de croyance du locuteur». Dans le cadre d'une grammaire, cela va de soi; mais Chomsky s'est toujours raccroché au «belief system», comme si le sens des mots dérivait de ce que croit le locuteur, Jackendoff avait pour mission de combler cette lacune de la théorie. Dans mes recherches, la meilleure source s'est révélée mes propres travaux, mais j'y reviendrai.
**Les textes ont effectivement disparu avec la fermeture du blog sur Haut-et-Fort.
Je suis descendu à la cave et je suis monté au grenier (à peu près)*; je pourrais me réjouir qu'il s'agit d'une petite maison, mais ce n'est pas le cas. Comme chaque mur est percé d'une fenêtre, personne n'a songé qu'un intellectuel pouvait y finir ses jours (ce n'est pas l'heure d'un mea culpa). Toutefois, au cours de mes tribulations ces trente dernières années, je semble avoir perdu plus de livres que je n'en ai acquis (il ne s'agit pas de mon poids).
Mes déplacements agités (avec la thyréotoxicose on ne sait pas si c'est la maladie ou les effets indésirables du traitement médicamenteux) m'ont permis de mettre la main sur sept grammairiens au moins. La Syntaxe des Le Bidois semble avoir pris congé.
Bon, j'ai trouvé un passage de la Grammaire historique de Brunot et Bruneau (mon édition date de 1949, mais l'originale est sans doute antérieure) à propos des complétives introduites par «que» (GH)
J'ai également un manuel scolaire, de G. Martin-Daydé de 1935: Comment employer les modes et les temps des verbes en français. «Verbes marquant... une opinion, le désir, l'affirmation», «verbes de commandement...»
Et enfin le collectif Chevalier, Arrivé, Blanche-Benveniste, Peytard: Grammaire Larousse du français contemporain (GLFC). Trace aussi dans le Dictionnaire de Linguistique dirigé par G. Mounin (DLM):
«Se dit des verbes qui introduisent le discours direct ou indirect: dire, raconter, expliquer, déclarer, rapporter, etc. Il explique qu'il ne pourrait venir.» (DLM)
La GH fait état de verbes exprimant un fait réel, de verbes «subjectifs» qui expriment une volonté, un désir, etc. (redoutable etc.). Elle signale certains verbes comme croire «hésitent» historiquement entre les deux, où l'objet de la croyance est faux. Le paragraphe 692 est consacré aux verbes de sentiment (se plaindre, se réjouir) et l'expression de la réalité d'un fait (je reviendrai sur cette idée).
Avec Qu'est-ce que vous croyez?** je fonçais bille en tête; ici, il semble que je prendrai le temps qu'il faut, quitte à remanier et quitte à... me répéter pour parfaire la formulation.
La GLFC parle de «propositions d'objet introduites par que: «après des verbes déclaratifs (dire, raconter, penser, croire), de sentiment (craindre, admirer...), d'ordre ou de volonté (souhaiter, vouloir, tolérer...)...». Le paragraphe suivant est consacré au mode du verbe: indicatif dans le domaine du probable et du certain, subjonctif dans le possible et de l'appréciation.
Évidemment, le mode ne me concerne pas, puisque je n'étudie pas la concordance. L'intérêt de ces détails tient au classement sémantique qui est fait des verbes de la principale.
Je me dois de signaler, dans cet ordre d'idée, que ma démarche est inverse, où s'il l'on veut «régressive». Je pars le plus souvent d'une phrase considérée comme indépendante pour la subordonner à son énonciation. J'applique le verbe opérateur (cf. Z. Harris) a posteriori, pour situer l'acte de pensée.
Je n'ai donc que faire des catégories de sentiment, de souhait, de volonté, à l'exception peut-être de celle de doute (douter, nier, il est possible) à des fins de contrôle.
L'essentiel tient donc dans le jeu des opérateurs d'opinion/croyance et des opérateurs de cognition/connaissance (savoir, être informé, considérer, comprendre).
Martin-Daydé remarque que dire et écrire peuvent servir à ordonner, mais elle les classe dans «l'affirmation», avec affirmer, prétendre, soutenir, déclarer, jurer, assurer, reconnaître, nier, avouer...
Je ne vois pas pour l'instant comment je pourrais intégrer ces derniers dans la classe des verbes de la connaissance, puisqu'ils semblent plutôt s'inscrire dans la catégorie des verbes argumentatifs.
Récapitulons:
Déclaratifs de communication-argumentation-cognition (provisoire)
dire, raconter, déclarer, annoncer, affirmer, prétendre, soutenir, jurer, assurer, reconnaître, nier, avouer, savoir, être informé, [considérer], comprendre, douter, nier, il est possible, être certain
Déclaratifs d'opinion/croyance (doxiques)
considérer, croire, estimer, 1 juger, 1 penser, tenir, croire, penser
À suivre.
*J'ai répété l'opération la nuit venue et si je n'ai pas mis la main sur le texte de Milner, j'ai trouvé celui de Ruwet (1981-82) de la CDE: construction à datif épistémique. Épistémique devrait succédé à déclaratif dans ma terminologie. Dans le même volume, il a poursuivi l'étude de l'insulte de Milner (étude reprise dans sa thèse d'État, dont je n'ai pas pris connaissance) par une «grammaire» de celle-ci. Leur point de vue, on le sait, était à cette époque la grammaire générative-transformationnelle de Chomsky. Je les cite par honnêteté intellectuelle et non pour m'abriter sous ce parapluie. Dans une note (35), Ruwet fait part des doutes qu'il partage avec Chomsky et Jackendoff sur la possibilité de construire une théorie sémantique «qui soit libre d'information dérivée de la pragmatique et des systèmes de croyance du locuteur». Dans le cadre d'une grammaire, cela va de soi; mais Chomsky s'est toujours raccroché au «belief system», comme si le sens des mots dérivait de ce que croit le locuteur, Jackendoff avait pour mission de combler cette lacune de la théorie. Dans mes recherches, la meilleure source s'est révélée mes propres travaux, mais j'y reviendrai.
**Les textes ont effectivement disparu avec la fermeture du blog sur Haut-et-Fort.

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