31.10.06

Croire (1)

[il-a-osé-33e]
[réédition, avec retouches]

«Comment peut-on attendre de personnes qui se trouvent sous la domination d'interdits de penser qu'ils accèdent à l'idéal psychologique, au primat de l'intelligence?» Sigmund Freud

J'ai déjà consacré une série de livraisons à la notion de croyance, sur le blog disparu de Haut-et-fort, sous le titre de Qu'est-ce que vous croyez? et je m'aperçois que je suis un mauvais secrétaire: le fichier rtf de la Ve livraison ne comporte qu'une ligne, incomplète, en dehors du titre. J'ai donc perdu ce texte, mais soyons philosophes, pour une fois: il ne valait peut-être pas le temps passé à l'écrire.

L'angle d'attaque était différent dans Qu'est-ce vous croyez? - j'abordais la question non pas par le fait de croire, mais par les croyances elles-mêmes, un peu comme j'avais procédé à propos du négationnisme ici-même. C'était naturellement en réaction à un phénomène extérieur et non pas une brusque poussée de fièvre introspective.

Je me servais de l'histoire des religions présentée par divers auteurs dans le Grand Mémento Larousse de 1936 (j'aime les vieux manuels, je l'ai dit, et j'ai un faible pour les encyclopédies). C'est la «portabilité» qui comptait encore une fois.

On a deviné qu'à ce moment-là je me mobilisais à propos de «l'affaire des caricatures», ce qui est confirmé par la date: février de cette année. De ce point de vue (la représentation de la divinité ou de son premier représentant sur terre), les chrétiens sont des adorateurs d'images. Il faut dire que sans la religion, il manquerait pas mal d'oeuvres dans les musées.

Doit-on en faire un argument pro-religion? Je veux dire le peuplement des musées, pinacothèques et glyptothèques. Ce serait assez tordu. Mais même par le biais de la chose crue (ou cuite, disait l'autre), j'en arrivais très vite à la mise en forme d'énoncés doxiques.

On peut même enchâsser l'énoncé en question dans l'énoncé de celui qui rapporte la croyance.

[Larock explique que [le «non-civilisé» croit que [le nom a une force mystique]]]

ou utiliser cet artifice:

Larock explique que le «non-civilisé» croit que le nom a une force mystique.

Ce qui permet d'évoquer la distinction que faisaient les grammairiens entre verbes déclaratifs et verbes d'opinion: dire, raconter, déclarer, annoncer, affirmer opposés à croire, penser, considérer, estimer, tenir, juger (in le DL*, Dubois et al. 1974:134).

Est-ce que expliquer appartient aux déclaratifs, avec son sens «faire connaître/faire comprendre». Et rapporter? Personnellement, j'ai des doutes sur la «déclarativité» de raconter. Sans doute à cause de «qu'est-ce que tu racontes?».

Pour le PR 2007 les verbes déclaratifs sont affirmer, annoncer, déclarer, juger (!). Je dois avouer que les quatre derniers de la série plus haut ont été noté en rouge et, vérification faite, ne sont pas dans la liste du DL. J'ai des absences de ce genre. Thyréotoxicose, dirait mon endocrinologue.

Je sais seulement que je ne les ai pas inventés. Comme je suis fouineur, je suis remonté à une source (par hypothèse) - le GDEL, mais ce n'est pas la bonne: il ne cite que trois verbes: croire, estimer, juger. Et fait du verbe d'opinion une sous-classe du verbe déclaratif. Curieux.

Aussi curieux, dans un autre genre: Kant oppose l'opinion au savoir et à la foi. On supposera (je ne l'ai pas sous la main) qu'il distingue ces deux-là. Bon, je m'y retrouve: c'est le PR qui se contredit, à opinion: considérer, croire, estimer, 1 juger, 1 penser, tenir.

Pour plus de sûreté, notons le sens 1 de chacun de ces deux verbes, mais l'indication pour penser est trompeuse, car en 2 il s'agit d'un nom. Donc, il faut «croire» que c'est le sens de penser III A 3 «croire, avoir l'idée, la conviction que». Et 1 juger conduit au même désarroi: s'oppose à 2 juger (jugé) nm dans la locution adverbiale (au __). Bonne chance au non initié!

«Émettre une opinion favorable ou défavorable sur», suivi d'un nom, donc, pas ce que nous cherchons. Sens 4: considérer comme - je jugeai que sa présence était nécessaire. Synonymes ou analogues: considérer, envisager, regarder. Ces deux derniers ne me semblent pas satisfaire au critère conjonctif.

À demi: par la forme seulement. Envisager que se construit avec le subjonctif ou le conditionnel. Les exemples de subordonnée ne sont pas des opinions: Nous avons envisagé qu'il vienne, qu'il viendrait. Doit-on parler de verbes d'hypothèse? Et regarder que ne semble pas exister.

Tout ceci est un peu brouillon. À réviser? Et les vertus du premier jet? Mais souvenons-nous que l'objet de l'exercice n'est pas de pondre une oeuvre immarcescible. Dimanche matin: je l'ai relu, à peine plus brouillon que le renvoi à des «grammairiens» mythiques. Est-ce une universelle? Tous les grammairiens auraient une catégorie «verbes d'opinion»?

À suivre, à pas feutrés, en regardant où on pose les pieds.

*Dictionnaire de linguistique, Larousse; GDEL tient lieu de Grand dictionnaire encyclopédique Larousse; PR désigne le Petit Robert millésime 2007, qui me laisse perplexe parfois.

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