13.10.06

Connaître ses ennemis

Je me demandais si mon Petit Robert (à ma gauche) pouvait m'aider à retrouver l'auteur de ce que je croyais être une maxime ou une pensée, mais je suis tombé sur une phrase de Sartre, qui s'applique, ce me semble, au cas de Danielle Bleitrach, plus qu'à celui de Redeker, sur le sort de qui la presse est apparemment muette.

«Le concept d'ennemi n'est tout à fait clair que si l'ennemi est séparé de nous par une barrière de feu.» J'ai toujours eu un faible pour Sartre, depuis l'âge de quinze ans, même si je n'ai jamais réussi à me farcir L'Être et le Néant, et ce n'est pas faute d'avoir essayé.

Il y a des choses, comme ça, dont on ne vient jamais à bout. J'ai pourtant lu les Mémoires d'Outre-tombe, de ce brillant châtelain. Et les œuvres de Greimas. Il semble que l'expression soit d'origine anglaise ou américaine: Know Thy Enemy. Biblique? Pas de trace dans ma Britannica sur dvd.

Mais le texte mis en ligne (en juillet, semble-t-il) sur le site AntiTerrorismCoalition n'est pas une plaisanterie et pas une spéculation sur l'origine des mots. Personnellement, j'éprouve très très rarement de la haine (c'est fatigant, surtout pour quelqu'un qui a tendance à grogner), mais je suis parfaitement capable de la reconnaître.

Je ne cite que le titre: «Il faut en finir avec Danielle Bleitrach», mais ce n'est pas avec des menaces visant l'intégrité physique d'un auteur que l'on répond à ses idées, en admettant qu'elles sont radicales ou séditieuses. Naturellement, certains diront qu'elle leur a tendu la perche, intitulant son article: «Il faut en finir avec l’Etat d’Israël et le sionisme», projet qui semble avoir été interprété comme «la solution finale de la question juive». Voir le texte et la belle intervention de Maxime Vivas sur legrandsoir.info.

Le site de AntiTerrorismCoalition fait état actuellement d'un échange entre un certain Yeshaya et Danielle Bleitrah, mais il n'est pas précisé s'il est l'auteur des menaces. C'est l'ambiguïté de cette page-là: un échange assez vif entre la victime et son agresseur cohabite avec les injures et les menaces de mort. Quelquefois, le web m'inquiète.

Les initiales de l'adresse de courriel ne sont pas plus explicites: ncpiaj, enfin, pour moi, mais je connais mal les courants politiques ou cryptopolitiques de l'État d'Israël. Il faut dire que je ne connaissais pas très bien non plus l'altermondialisme tel qu'il se manifeste sur le site legrandsoir.info.

Je reviendrai sur ma recherche de paternité (Know Thy Enemy) plus bas, mais on remarquera que si j'ai déjà égratigné Danielle Bleitrach ailleurs, je me garde en l'occurrence de mélanger les genres ici même. Ce qui ne veut pas dire que je ne ferai pas part de mon désaccord, quand l'occasion s'en présentera.

Je me prépare d'ailleurs à évoquer un article de son amie Leila Salem, qui parle étrangement des «Temps modernes» (pas Charlot, Sartre).

Oui, donc, au premier abord, il semble que la droite américaine la revendique ces trois mots, en la personne de Michael C. Desch, qui prend l'expression pour titre de son article. On dirait également qu'il existe un groupe rock ou une chanson portant l'expression (Know Your Enemy) comme nom, mais ils ne l'ont sûrement pas pondue.

L'expression apparaît comme un lieu commun dans les milieux sportifs et politiques anglophones, surtout par rapport à la soumission*.

Eurêka, disait l'autre. Selon toute vraisemblance, l'expression remonte à Sun Tzu Wu, dans «l'Art de la guerre»: «Know thy enemy and know thy self and you will win a hundred battles.» En français, le traité militaire du VIe s. av. l'ère commune (formule des archéologues anglo-saxons, me dit-on), ou avant notre ère, porte comme titre le nom de son auteur (Sun Zi): Sunzi ou Souen-tseu (GDEL), inconnu au bataillon d'EU. L'Encyclopedie-enligne.com traduit la phrase par... «Connais l'adversaire et surtout connais toi toi-même et tu seras invincible.» Normal que je ne puisse pas la trouver...

La question, finalement, de cette livraison hétéroclite, est celle-ci, rappelant celle de Maxime Vivas: Peut-on avancer une idée hardie, critique, rebelle ou radicale sans risquer de se voir la cible d'autre chose que des arguments?

À qui a-t-on affaire quand la polémique est entendue dans un sens étymologique qu'elle n'a certainement plus?

La liberté a tant d'ennemis?

Schnauzer. À suivre, cela va de soi. [Même si la santé parfois...]

*Dans la terminologie neutre que je propose, on parle 1) de la divinité, 2) de la récitation, 3) de l'avertisseur ou de l'interprète de la divinité, 4) de la soumission, 5) de la communauté de ceux qui remettent leur âme à la divinité, 6) des croyants, suivant en cela les traductions habituelles.