17.10.06

Amalgame ou distinguo (2)

Je me proposais de parler de ces deux mouvements complémentaires de l'esprit (l'amalgame est une assimilation), mais ce fut tangent. La 25e livaison évoquant la liberté d'expression et, plus généralement la croyance, a failli ne pas voir le jour.

Ma santé, aussi bien psychologique que physique, est très fragile. Je me suis vite aperçu, face à un interlocuteur en particulier, que ma résistance faiblissait. J'ai coupé court et même fait disparaître le blog où il s'était appointé contradicteur.

Il y a une chose que je redoute depuis mon enfance, où elle s'est manifestée sous forme la forme de l'incompréhension, c'est la bêtise. Elle me désarme et m'angoisse. Et la jeunesse d'aujourd'hui, en particulier la jeunesse qui forme la jeunesse, semble irrémédiablement sous l'empire de la vacuité mentale.

Bon, je suis vieux, et je devrais donc avoir de l'expérience, et donc tolérer l'inexpérience. Mais est-ce de l'inexpérience que de ne pas s'apercevoir que ce que l'on dit ne tient pas la route? Inventer des notions sans contenu recensable? Et fermer les yeux sur une notion aussi évidente que l'analyse...

Naturellement, toute le monde peut (et doit, statistiquement) dire des bêtises de temps en temps. Mais en faire un système? Est-ce encore l'inexpérience que de confondre lire et comprendre avec le fait de porter un jugement de valeur?

Il est vrai que de parler de la pensée, du raisonnement, des croyances ne prédispose pas à l'adhésion. Mais est-ce bien ce que je cherchais? Je crois plutôt que je me bornais à penser à voix haute, plus exactement par écrit. L'écriture (chez moi comme chez d'autres) a précédé l'exercice de l'intellect.

À vingt ans, je ne me préparais pas à «penser». Je voulais devenir écrivain, d'accord, mais au sens de romancier, en tâtant un peu de théâtre. Je voulais «raconter». Ce n'est que dix ans plus tard, à l'occasion de la reprise de mes études, que je me suis aperçu qu'on pouvait trouver une certaine satisfaction à parler d'idées et même à jongler avec elles.

Mais après la maîtrise, la réflexion avait évolué. J'étais fasciné par la «mécanique mentale» (cf. la mécanique céleste). Ce n'était donc plus l'idée elle-même, mais comment elle avait «germé» qui retenait mon attention.

Plus exactement, comme mon domaine était devenu la sémantique, le sens lui-même importait peu, mais ses conditions de «production» ou de réalisation devenaient déterminantes. Bien plus tard, après l'impasse où je me suis trouvé dans ma carrière, pour m'occuper, j'ai transposé mes «outils» dans le domaine strict des idées en travaillant à un Traité des idées, mais sans l'appareil bibliographique universitaire.

Il importait en effet de trouver des formulations relativement simples d'idées complexes, sans la discussion et la démonstration qui l'étayaient. Mes sources ont donc été des «vulgarisations», encore que bénéficiant d'une certaine crédibilité. Il fallait en effet que l'idée tienne en un énoncé analysable.

Revenons au titre: il y a donc deux mouvements importants de l'intellect (qui existent aussi sous des formes dévoyées). Le regroupement ou la réunion et la séparation. Énoncer, par exemple, qu'un individu appartient à une classe constitue un exemple du premier cas, et sa forme dévoyée constituera l'amalgame. Le distinguo participe de l'analyse et sa forme argumentative prend l'épithète «subtil», mais dévoyé, c'est l'exclusion d'une partie ou d'un élément.

Schnauzer. À suivre (dans Amalgame ou distinguo[3])

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