30.3.05
Ajouté quelques heures plus tard : Vérification faite, le PL 1918 reprend la structure de l'entrée du Littré. Sans les citations et abstraction faite de quelques sens réellement anciens ou obscurs. Si Voltaire et Montesquieu ont des choses intéressantes à dire sur la liberté, c'est moins clair dans le cas de Fénelon ou Bossuet. Voir aussi la citation complète de Roosevelt, avec mes remarques.
Liberté
Mon Petit Larousse de 1918 consacre un long article à cette notion, que certains auteurs nient ou opposent à des notions plutôt curieuses ou encore rendent solidaire d'idées étonnantes. Claudel, par exemple, veut en être délivré dans ses Cinq grandes odes. Shaw prétend qu'elle implique la responsabilité (c'est l'acte qui implique celle-ci), alors que le PL donne comme exemple: le devoir suppose la liberté. Lénine l'oppose à l'État. Mussolini ne la veut qu'au pluriel, autrement elle n'existerait pas. Roosevelt les énumère (4), mais la deuxième est en réalité une contrainte qui va à l'encontre de la libre pensée. Simone de Beauvoir prête à la sienne le pouvoir de « capter l'être » ou de le dévoiler. Sartre dénonce celui qui y voit un esclavage (l'antonyme que donne à liberté le PL 1918). Maugham échange sa liberté pour l'accomplissement d'un but. Éluard la chante. Einstein ne croit pas à la liberté au sens philosophique. Louis Armand la lie à une discipline (il est clair que Festjens tord un peu le cou à la portée réelle de la phrase ; ce qui s'appelle citer hors contexte).
Liberté n. f. Pouvoir d'agir ou de ne pas agir, de choisir : le devoir suppose la liberté. Indépendance : engager sa liberté. État opposé à la captivité : mettre un prisonnier en liberté ; à la servitude : rendre la liberté à un esclave ; à la contrainte : parler, agir en toute liberté. Liberté naturelle : droit que l'homme possède par nature d'agir sans contrainte extérieure. Liberté civile : droit de faire tout ce qui n'est pas défendu par la loi. Liberté politique : jouissance des droits qu'une raison éclairée montre comme appartenant à chaque citoyen. Liberté de la presse : droit de manifester sa pensée par l'impression, et surtout par la voie des journaux. Liberté de conscience : droit de professer les opinions religieuses que l'on croit conformes à la vérité. Liberté individuelle : droit qu'a chaque citoyen de n'être privé de sa liberté que dans certains cas déterminés par la loi. Déesse qui personnifie la liberté politique (en ce sens prend une majuscule). En liberté loc. adv. Librement. Pl. Immunités, franchises : les libertés de l'Église gallicane. Manières d'agir trop hardies : prendre trop de libertés. Ant. Esclavage.
Liberté n. f. Pouvoir d'agir ou de ne pas agir, de choisir : le devoir suppose la liberté. Indépendance : engager sa liberté. État opposé à la captivité : mettre un prisonnier en liberté ; à la servitude : rendre la liberté à un esclave ; à la contrainte : parler, agir en toute liberté. Liberté naturelle : droit que l'homme possède par nature d'agir sans contrainte extérieure. Liberté civile : droit de faire tout ce qui n'est pas défendu par la loi. Liberté politique : jouissance des droits qu'une raison éclairée montre comme appartenant à chaque citoyen. Liberté de la presse : droit de manifester sa pensée par l'impression, et surtout par la voie des journaux. Liberté de conscience : droit de professer les opinions religieuses que l'on croit conformes à la vérité. Liberté individuelle : droit qu'a chaque citoyen de n'être privé de sa liberté que dans certains cas déterminés par la loi. Déesse qui personnifie la liberté politique (en ce sens prend une majuscule). En liberté loc. adv. Librement. Pl. Immunités, franchises : les libertés de l'Église gallicane. Manières d'agir trop hardies : prendre trop de libertés. Ant. Esclavage.
27.3.05
test
| ␃ | historique | vx | courant | |
| sens direct | Placer solennellement sur le siège épiscopal | Placer solennellement sur le trône, sur le siège épiscopal, sur la chaire pontificale | ||
| sens indirect restreint | Installer (qqn) dans une fonction, lui conférer un titre | |||
| sens indirect étendu | assurer à qqch une préséance |
23.3.05
Anatole France sous influence
Dans la Vie littéraire, il a écrit: Le livre est l'opium de l'Occident.
Tournait-il en dérision le fameux « opium du peuple » ou faisait-il une analogie inspirée par une autre source, en raison de la forte tendance orientaliste dans la littérature du tournant du siècle ?
Tournait-il en dérision le fameux « opium du peuple » ou faisait-il une analogie inspirée par une autre source, en raison de la forte tendance orientaliste dans la littérature du tournant du siècle ?
François Mauriac nietzschéen
Le renversement nietzschéen de toutes les valeurs marque la frontière entre deux natures d'esprit, ceux pour qui le mal reste le mal et ceux aux yeux de qui il n'y a pas de faute, hors ce qui lèse la collectivité. Nouveaux Mémoires intérieurs. François Mauriac.
Ce qui est conforme à ce que disait Roger Martin du Gard: Le bien et le mal sont des distinctions arbitraires. Le rapprochement est fait par l'auteur du recueil qui fait également intervenir dans le débat muet le Paul Claudel du Soulier de satin : C'est le mal seul, à dire vrai, qui exige un effort, puisqu'il est contre la réalité.
Il faut distinguer, selon moi, le mal en acte et le mal jugé. Dans ce cas, la facilité va au mal en acte. Le mal jugé, acte potentiel quelconque, va à l'encontre d'une réalité idéologique religieuse. Il faut une vigilance de tous les instants aux porteurs des bonnes valeurs pour dénoncer le mal dans des actes sans caractérisation et même dans des actes bien inspirés. Mauriac a probalement tort d'assimiler mal et faute. Une faute peut très bien être une infraction à une règle où le correct (cf. faute de goût) remplace le bien. Il reste à maquer les degrés et la relativité, en plus des domaines d'application. Les énoncés simples sont souvent des pensées simplistes.
Ce qui est conforme à ce que disait Roger Martin du Gard: Le bien et le mal sont des distinctions arbitraires. Le rapprochement est fait par l'auteur du recueil qui fait également intervenir dans le débat muet le Paul Claudel du Soulier de satin : C'est le mal seul, à dire vrai, qui exige un effort, puisqu'il est contre la réalité.
Il faut distinguer, selon moi, le mal en acte et le mal jugé. Dans ce cas, la facilité va au mal en acte. Le mal jugé, acte potentiel quelconque, va à l'encontre d'une réalité idéologique religieuse. Il faut une vigilance de tous les instants aux porteurs des bonnes valeurs pour dénoncer le mal dans des actes sans caractérisation et même dans des actes bien inspirés. Mauriac a probalement tort d'assimiler mal et faute. Une faute peut très bien être une infraction à une règle où le correct (cf. faute de goût) remplace le bien. Il reste à maquer les degrés et la relativité, en plus des domaines d'application. Les énoncés simples sont souvent des pensées simplistes.
20.3.05
Braudel ouvrier
Il n'est pas exact de dire que les machines suppriment, par elles-mêmes, toute joie au travail. Ce sont les conditions imposées par une rationalisation étroitement techniciste qui approfondissent la scission entre l'ouvrier et la machine.
Écrits sur l'Histoire, Frenand Braudel. Sans commentaire.
Écrits sur l'Histoire, Frenand Braudel. Sans commentaire.
18.3.05
Camus conseiller matrimonial
L'absurdité est surtout le divorce de l'homme et du monde. Albert Camus.
Comme je ne me tiens pas au courant, je ne savais pas qu'ils étaient mariés. Les permutations donnent de curieux résultats:
L'absurdité est surtout l'homme du divorce et du monde. L'absurdité est surtout le monde de l'homme et du divorce... L'homme est surtout l'absurdité du monde et du divorce... En admettant (et ce n'est pas difficile) que ce divorce n'est qu'une métaphore, d'où tient-on qu'il y ait séparation ?
Comme je ne me tiens pas au courant, je ne savais pas qu'ils étaient mariés. Les permutations donnent de curieux résultats:
L'absurdité est surtout l'homme du divorce et du monde. L'absurdité est surtout le monde de l'homme et du divorce... L'homme est surtout l'absurdité du monde et du divorce... En admettant (et ce n'est pas difficile) que ce divorce n'est qu'une métaphore, d'où tient-on qu'il y ait séparation ?
17.3.05
Sens et non-sens
Le texte complet d'Opérations sur le sens se trouve maintenant sur http://www.schnauzer.fr/spip/ (mais sans les tableaux, qu'il faudra reconstruire à la main) et donc la teneur de ce blogue va s'alléger. Je le consacrerai, comme celui-ci à une ludo-analyse de citations et maximes, comme j'en donne l'exemple ici même.
Aldous Huxley aurait dit: « La mémoire de chaque homme, c'est sa littérature personnelle. »
Picabia et ses amis avaient mis au point un système de permutation pour déboulonner les phrases. On obtient donc:
La littérature de chaque homme, c'est sa mémoire personnelle - l'homme de chaque mémoire, c'est sa personne littéraire - la personne de chaque homme, c'est sa mémoire littéraire
André Festjens, qui a fait un recueil des Citations du XXe siècle, adjoint à la phrase ci-dessus la confirmation d'André Malraux: « Quels livres valent d'être écrits, hormis les mémoires? »
La permutation ne marche pas pour une raison d'inclusion: les mémoires sont des livres. Mais nous gagnons un schéma (de pensée): quels X valent Y, hormis les Z (à condition que les Z soient inclus dans les X). Imaginons maintenant que l'on croise les deux... (la mémoire d'Huxley et les mémoires de Malraux - quelle salade littéraire) et quelle avalanche de récits sans intérêt!!!
Aldous Huxley aurait dit: « La mémoire de chaque homme, c'est sa littérature personnelle. »
Picabia et ses amis avaient mis au point un système de permutation pour déboulonner les phrases. On obtient donc:
La littérature de chaque homme, c'est sa mémoire personnelle - l'homme de chaque mémoire, c'est sa personne littéraire - la personne de chaque homme, c'est sa mémoire littéraire
André Festjens, qui a fait un recueil des Citations du XXe siècle, adjoint à la phrase ci-dessus la confirmation d'André Malraux: « Quels livres valent d'être écrits, hormis les mémoires? »
La permutation ne marche pas pour une raison d'inclusion: les mémoires sont des livres. Mais nous gagnons un schéma (de pensée): quels X valent Y, hormis les Z (à condition que les Z soient inclus dans les X). Imaginons maintenant que l'on croise les deux... (la mémoire d'Huxley et les mémoires de Malraux - quelle salade littéraire) et quelle avalanche de récits sans intérêt!!!
15.3.05
Un site consacré à mes travaux
J'ai commencé la mise en place d'un site essentiellement consacré à mes travaux de sémantique. Il est en cours d'élaboration et le chantier durera longtemps. Je progresserai une correction à la fois, car une fois les textes transposés, ils devront retrouver leurs tableaux et leurs symboles et perdre les tirets conditionnels qui traînent. http://www.schnauzer.fr/spip/
14.3.05
5. Formulation de la règle
5.0 Voici un exemple hypothétique du travail de sémantisation, c'est-à-dire d'interprétation du sens, après reconnaissance des formes : on part du principe que l'unité à doter de sens (la forme) doit être comparée aux acceptions qu'elle peut avoir dans le "stock de sens" (mémoire sémantique intériorisée) d'un sujet-interprète, en supposant qu'un tel dispositif existe chez un individu (après tout, je suis capable de distinguer en contexte la plupart des sens de la forme 'arbre', même s'il peut s'agir de formes "homonymes").
Exemple
5.0.1 'P' est le symbole de la paraphrase : celle-ci n'est pas une composante obligatoire du modèle d'interprétation, étant donné la variabilité des compétences sémantiques des locuteurs et son appartenance au versant "production" du discours ; toutefois, elle demeure un outil méthodique et théorique important. Ici elle permet de simuler la compréhension. On note que {répercussions} ne s'appuie pas sur le sémantisme, mais sur le rapport 'psychique' R 'organisme'. 'R' signale, je le rappelle, une relation indifférenciée. Une analyse sémantique de type opératoire ne se ramène pas à la recherche (illusoire) de primitifs (ou d'universaux qui suppose un panculturalisme homogène) ni à une décomposition du sens dans ses plus petits éléments pour arriver à l'insécable et l'établissement d'une combinatoire improbable, comme celles de Raymond Lulle (1235-1315) ou de Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716), comme le font l'analyse sémique ou l'analyse componentielle.
REM Ces tentatives sont des tentations compréhensibles, mais reposent sur des postulats idéologiques inquiétants. Quels que soient leurs horizons, ces entreprises comportent une part de construction théorique sans contrepartie vérifiable (le trait /horizontalité/) ou des hiérarchies de traits encombrantes, manquant de généralité. Toutefois, ces remarques ne jettent pas le discrédit sur l'outil analytique, à condition que l'on reconnaisse ses limites.
5.0.2 Si le mot reçoit un sens, c'est que celui-ci est donné, mais pas antérieurement au déchiffrement du signal (acoustique ou graphique). "Donner un sens" consiste à reconnaître une forme linguistique comme telle ou à l'assimiler à des paradigmes morphologiques connus et à lui attribuer un équivalent relatif (asymptotique) en fonction de certaines conditions. Le philosophe Gilbert Ryle (1900-1976) voyait également le sens comme opération exécutée au moyen d'une expression, sans doute sous l'influence des mathématiques ou de la logique, ou des travaux de Ludwig Wittgenstein (1889-1951), à qui Mounin attribue la formule : "Don't look for the meaning, but for the use."
REM Une démarche analogue, peu connue, a été tentée par Silvio Ceccato (v. 1949-1962) et son école opérationnelle italienne (Scuola operativa italiana), dont les travaux sont liés aux expériences de traduction automatique (dite alors mécanique) des années 50 et 60 (cf. Grolier et Mounin). Ses opérations sont de nature perceptivo-conceptuelles et font une place importante à la mise en corrélation. Son influence sur moi fut sans doute inversement proportionnelle à ce que j'avais pu glaner à son sujet. On ne négligera pas la part métaphorique d'une première hypothèse. Sa recherche d'un inventaire métadescriptif fondamental le conduit à l'impasse des primitifs.
5.0.3 Il est possible de reconnaître une forme comme appartenant aux formes de la langue (la forme en -ique) sans qu'on puisse la trouver "signifiante" ou même interprétable, ainsi 'gualidique', même dans sa coccurrence avec 'argument' et son contexte étendu : "par quoi l'on démontrait déjà que le mot souris ne grignote pas du fromage." La consultation des dictionnaires ne livre aucun indice.
5.1 Historiquement, la première représentation semi-formelle non-intuitive de la règle m'a été suggérée par une collègue phonologue au terme d'une communication que j'avais faite sur le sens des prépositions, en fonction de leur contexte, au début des années 80. Elle consistait essentiellement en l'adoption de la barre oblique contextuelle : a/_b, c'est-à-dire " 'a' dans le contexte avant 'b' ".
5.2 Comme je l'ai signalé, j'avais déjà cependant retenu la notation de l'attribution de valeur de certains langages informatiques ou formalisés [Moreau (1975)] pour introduire l'équivalence postulée entre la forme et son sens, soit le signe deux-points égale, :=, où les deux-points marquaient la rupture de plan, soit 'herméneutique' := {théorie de l'interprétation des signes}. Pour reprendre la formulation langerienne [Langer (1937)], on dirait "herméneutique égale par interprétation théorie de l'interprétation des signes".
5.2.1 Les crochets et les accolades consolident cette convention (qui a évolué, mais qui demeure la représentation d'une opération essentielle).
'prouesse' et {acte}, soit 'forme' \ {sens}, où la barre \ marque la différence.
REM Bien entendu, les parties formelles de la règle ne touche pas au sens. Au cours de sa lente formation, le langage humain a réussi le tour de force de simuler le sens par la forme : il serait absurde d'y substituer une forme encore plus arbitraire, sous quelque prétexte que ce soit, et qu'il faudrait retraduire en langage humain.
5.2.2 Naturellement, le rapport entre la forme et son sens s'inscrit dans un rapport contextuel. Le terme "contexte" est pris ici dans un sens restreint et invariable : l'environnement immédiat (le plus souvent) ou non d'une unité lexicale, mot, syntagme, phrasillon. Quand il n'est pas immédiat, le contexte est d'abord non contigu, puis étendu, et ne devrait pas dépasser le paragraphe dans le cas d'une source écrite (sauf dans le cas d'une transition). L'environnement extérieur (celui de la communica-tion interindividuelle ou celui, imaginaire, d'une lecture romanesque) est alors considéré comme la situation, symbolisée ?
Exemple
| unité à sémantiser | sémantisme (acceptions) | P (paraphrase) |
| c'est un trouble psychique qui réagit sur tout l'organisme | -répondre spontanément à une action extérieure -avoir une réaction -agir sur un corps dont l'action a été éprouvée -répondre à une action extérieure -s'opposer à (une action) par une action contraire -agir en s'opposant -agir sur l'agent, la cause de l'action qu'on subit, en s'y opposant -agir en retour ou réciproquement sur (qqch.) -entrer en réaction -pour un être vivant, répondre par une réaction ou un ensemble de réactions | avoir des répercussions sur agir en retour sur |
5.0.1 'P' est le symbole de la paraphrase : celle-ci n'est pas une composante obligatoire du modèle d'interprétation, étant donné la variabilité des compétences sémantiques des locuteurs et son appartenance au versant "production" du discours ; toutefois, elle demeure un outil méthodique et théorique important. Ici elle permet de simuler la compréhension. On note que {répercussions} ne s'appuie pas sur le sémantisme, mais sur le rapport 'psychique' R 'organisme'. 'R' signale, je le rappelle, une relation indifférenciée. Une analyse sémantique de type opératoire ne se ramène pas à la recherche (illusoire) de primitifs (ou d'universaux qui suppose un panculturalisme homogène) ni à une décomposition du sens dans ses plus petits éléments pour arriver à l'insécable et l'établissement d'une combinatoire improbable, comme celles de Raymond Lulle (1235-1315) ou de Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716), comme le font l'analyse sémique ou l'analyse componentielle.
REM Ces tentatives sont des tentations compréhensibles, mais reposent sur des postulats idéologiques inquiétants. Quels que soient leurs horizons, ces entreprises comportent une part de construction théorique sans contrepartie vérifiable (le trait /horizontalité/) ou des hiérarchies de traits encombrantes, manquant de généralité. Toutefois, ces remarques ne jettent pas le discrédit sur l'outil analytique, à condition que l'on reconnaisse ses limites.
5.0.2 Si le mot reçoit un sens, c'est que celui-ci est donné, mais pas antérieurement au déchiffrement du signal (acoustique ou graphique). "Donner un sens" consiste à reconnaître une forme linguistique comme telle ou à l'assimiler à des paradigmes morphologiques connus et à lui attribuer un équivalent relatif (asymptotique) en fonction de certaines conditions. Le philosophe Gilbert Ryle (1900-1976) voyait également le sens comme opération exécutée au moyen d'une expression, sans doute sous l'influence des mathématiques ou de la logique, ou des travaux de Ludwig Wittgenstein (1889-1951), à qui Mounin attribue la formule : "Don't look for the meaning, but for the use."
REM Une démarche analogue, peu connue, a été tentée par Silvio Ceccato (v. 1949-1962) et son école opérationnelle italienne (Scuola operativa italiana), dont les travaux sont liés aux expériences de traduction automatique (dite alors mécanique) des années 50 et 60 (cf. Grolier et Mounin). Ses opérations sont de nature perceptivo-conceptuelles et font une place importante à la mise en corrélation. Son influence sur moi fut sans doute inversement proportionnelle à ce que j'avais pu glaner à son sujet. On ne négligera pas la part métaphorique d'une première hypothèse. Sa recherche d'un inventaire métadescriptif fondamental le conduit à l'impasse des primitifs.
5.0.3 Il est possible de reconnaître une forme comme appartenant aux formes de la langue (la forme en -ique) sans qu'on puisse la trouver "signifiante" ou même interprétable, ainsi 'gualidique', même dans sa coccurrence avec 'argument' et son contexte étendu : "par quoi l'on démontrait déjà que le mot souris ne grignote pas du fromage." La consultation des dictionnaires ne livre aucun indice.
5.1 Historiquement, la première représentation semi-formelle non-intuitive de la règle m'a été suggérée par une collègue phonologue au terme d'une communication que j'avais faite sur le sens des prépositions, en fonction de leur contexte, au début des années 80. Elle consistait essentiellement en l'adoption de la barre oblique contextuelle : a/_b, c'est-à-dire " 'a' dans le contexte avant 'b' ".
5.2 Comme je l'ai signalé, j'avais déjà cependant retenu la notation de l'attribution de valeur de certains langages informatiques ou formalisés [Moreau (1975)] pour introduire l'équivalence postulée entre la forme et son sens, soit le signe deux-points égale, :=, où les deux-points marquaient la rupture de plan, soit 'herméneutique' := {théorie de l'interprétation des signes}. Pour reprendre la formulation langerienne [Langer (1937)], on dirait "herméneutique égale par interprétation théorie de l'interprétation des signes".
5.2.1 Les crochets et les accolades consolident cette convention (qui a évolué, mais qui demeure la représentation d'une opération essentielle).
'prouesse' et {acte}, soit 'forme' \ {sens}, où la barre \ marque la différence.
REM Bien entendu, les parties formelles de la règle ne touche pas au sens. Au cours de sa lente formation, le langage humain a réussi le tour de force de simuler le sens par la forme : il serait absurde d'y substituer une forme encore plus arbitraire, sous quelque prétexte que ce soit, et qu'il faudrait retraduire en langage humain.
5.2.2 Naturellement, le rapport entre la forme et son sens s'inscrit dans un rapport contextuel. Le terme "contexte" est pris ici dans un sens restreint et invariable : l'environnement immédiat (le plus souvent) ou non d'une unité lexicale, mot, syntagme, phrasillon. Quand il n'est pas immédiat, le contexte est d'abord non contigu, puis étendu, et ne devrait pas dépasser le paragraphe dans le cas d'une source écrite (sauf dans le cas d'une transition). L'environnement extérieur (celui de la communica-tion interindividuelle ou celui, imaginaire, d'une lecture romanesque) est alors considéré comme la situation, symbolisée ?
12.3.05
Relations 4.3.9.1
4.3.9.1 Les contraires sont des concepts qui, dans un même genre, présentent l'opposition maximale soit quantitative (chaud \ froid), soit qualificative (sucré … salé). Cette opposition est une forme particulière de la différence : il est faux que a=b, soit a \ b. La contradiction est la relation la plus spécifique de l'opposition ; sont contradictoires par exemple ‘coloré’ ≉ ‘non coloré’, l'affirmation de l'un implique la négation de l'autre. Il s’agit d’un rapport d’incompatibilité entre deux termes dont l’un est la négation de l’autre (‘être’ ≉ ‘non-être’, ‘mort’ ≉ ‘vif’, ‘humain’ ≉ ‘non-humain’, ‘mâle’ ≉ ‘femelle’, tandis que ‘humain’ ≉ ‘inhumain’ sont des antonymes. Les contraires ne sont pas complémentaires : ‘non petit’ n’implique pas ‘grand’. Cela tient, semble-t-il, à l’existence d’un moyen terme, mais la substitution paradigmatique n’est pas gênée. On ajoute généralement les réciproques ou converses (conversives, en angl.), comme ‘vendre’ ≉ ‘acheter’. Dans l’opposition, on parle aussi d’incompatibilité, surtout pour les couleurs :
X est rouge ⇒ X est non violet/indigo/bleu/vert/jaune
X est violet/indigo/bleu/vert/jaune ⇒ X est non rouge
La complémentarité ne sera pas retenue comme relation suffisamment pertinente d’un point de vue sémantique. La forme ‘non X’ s’emploie le plus souvent par défaut d’une expression plus disponible.
4.3.9.2 Une bonne partie des études sémantiques ont porté pendant un temps sur les diverses formes d’opposition, dont on peut donner le tableau suivant (ℛ note une relation quelconque) :
REM On notera que Pottier (1992) fait de la polarité l'un des principes méthodologiques de la recherche linguistique, et réintègre, comme il se doit, le continu, que le strict structuralisme avait banni au profit du discret : « Le discontinu est une opération sur le continu. » On peut y voir l’influence du mathématicien René Thom.
4.3.9.3 L’antithèse est la figure discursive (& littéraire) de l'opposition : on dit qu'il y a antithèse dans une phrase quand l'une de ses moitiés exprime une idée contraire (ou une vague opposition) à celle qui est développée dans l'autre moitié, comme le montre l'exemple emprunté au vieux manuel scolaire de Larive & Fleury (1895) : « le travail rend tout aisé ; l'oisiveté, tout difficile. »
4.3.9.4 L’antiphrase est l’emploi d’une expression (ou d’une phrase entière) dans un sens contraire à celui qu’elle possède d’ordinaire. Le Robert donne l’exemple : « C’est du propre! »
4.3.9.5 Si l’on considère la substitution comme outil opératoire dans la vérification des relations, la substitution de termes contraires, contradictoires ou antonymes pose des problèmes dans certains cas ; on doit alors procéder à quel-ques réaménagements morphosyntaxiques. Sa fugue a consterné tout le monde. ↺ Son assiduité a consterné tout le monde. Après tant d’années son œuvre reste vivante ↺ son œuvre reste caduque.
4.4 La prédication (relation prédicative) ∋ est la relation inverse de l’appartenance, ∈, et peut se lire « est » ou sa variante « c’est » (ou encore « comporte ») :
{punir} ∈ ‘venger’ se lit: punir appartient à venger
‘venger’ ⇒ {punir} se lit: venger implique punir
venger ∋ punir se lit: venger c’est punir
Le prédicat est toujours contenu dans le sujet, selon Leibniz, bien que l’usage gram-matical de la notion de prédicat obscurcisse la question.
Cf. fumersujet (rendverbe maladeattribut)prédicat
Le Dictionnaire de linguistique de Dubois & al. signale, en outre, que dans l’emploi prédicatif du verbe être on distingue 1) un « sens » d’inclusion (« Les professeurs sont des fonctionnaires »), 2) un « sens » d’appartenance (« Jean est professeur ») et 3) un « sens » d’identité (« Cet enfant est Pierre »).
4.4.1 La relation prédicative est un outil pour décrire le sens d’une unité lexicale, en termes d’éléments définitionnels ou sémantiques (appelés aussi sèmes ou traits sémantiques) ; elle concurrence même l’appartenance. Il s’agit d’une définition analytique, au sens où elle singularise les éléments définitoires.
contrainte [≍ discipline] ∋ règle (X au sens de Y est une Z)
contrainte ∋ obligatoire
4.4.2 Le test prédicatif permet de vérifier (ou d’établir, c’est selon) les éléments de sens retenus :
l’acropole ∋ (est) la ville
l’acropole ∋ (est) haute
l’acropole ∋ (est) dans une cité
l’acropole ∋ (est) grecque
l’acropole ∋ (est) ancienne
acropole ≝ ville haute des anciennes cités grecques
La difficulté réside dans le fait que certains éléments sont déjà des prédicats : ce n’est pas l’acropole qui est haute, mais ‘ville’ ; de même, grecque et ancienne sont des prédicats hérités de cité. On devrait donc modifier la formulation :
acropole ∋ (ville (∋ haute))
acropole ∋ (cité ((∈ grecque) ∈ ancienne))
Mais cette difficulté n’est pas la seule : ‘ville haute’ est une unité s’oppo-sant à ‘ville basse’. La discussion avec un informateur humain, spécialiste d’histoire antique, et la définition de l’EUL permettent de remanier cette répartition :
acropole ≝ hauteur fortifiée des anciennes cités grecques
acropole ∋ hauteur
hauteur ∋ fortifiée
acropole ∋ (∈ cité)
cité ∋ grecque
cité ∋ ancienne
On note donc que l’analyse en constituants sémantiques (analyse sémique ou componentielle) risque de perdre de vue l’organisation hiérarchique des traits qu’elle dégage.
4.5 La spécification ou spéciation est la relation caractéristique de l’espèce par rapport au genre ; on la désignera comme « infra », notée par ‘↵’ ou ‘↳’ selon l’ordre des termes. C’est la relation inverse de l’inclusion, qu’on peut désigner par « supra » (↴), dont elle est complémentaire (réciproque) :
Si A est le genre de B, B est l’espèce de A
A ↴ B ⇒ B ↳ A
qui se lit : « A est le supra de B » implique « B est l’infra de A »)
Bien que le dictionnaire facilite la recherche des genres (contraintes ∋ forces), il lui arrive aussi de fournir les espèces, notamment dans le cas du PR qui n’hésite pas à donner des extensions (l’espèce appartient à la classe désignée par le genre). La classe ‘serpe’ contient :
serpe ⊃ [ébranchoir, fauchard, fauchette, gouet, serpette, vouge]
vouge ↳ serpe ↳ outil ↳ objet (X est l’infra du supra Y)
vouge ∋ serpe ∋ outil ∋ objet (est)
V. REM à la suite de la section 5.3.3.
4.6 Je me dois de m’attarder sur une dernière relation, qui exploite aussi l’intersection sémantique, et que j’ai brièvement signalée à propos de l’équivalence : la connexité. La connexité prend la place de la notion de « rapport de sens » qu'uti-lise notamment le Petit Robert, noté par la flèche de l’implication, ce qui n’était probablement pas intentionnel. En effet, on ne peut pas dire que « une voûte d'arbres » implique « berceau, dais. » Le sens de ‘berceau’ ≝ voûte de feuillage ; celui de ‘dais’ n’est qu’un contexte : un dais de feuillage.
4.6.1 Le terme, comme la notion, peut être rattaché, entre autres, à Condillac dans son Dictionnaire de synonymes : elle sert de fondement au rapport qu'est la connexion (celle-ci est la « liaison formée par le rapport qu'il y a entre les choses »). On dira donc qu'il y a connexité sémantique lorsque deux unités lexicales partagent plus de deux éléments de sens au moins. La connexité de Condillac est à rapprocher (compte tenu du fait qu'elle existe entre les « choses », donc les objets du monde) de ce que Ray Jackendoff (1972) a tenté de faire au moyen des redundancy rules de la grammaire générative, « règles de redondance », soit de rendre compte des unités lexicales distinctes, mais liées entre elles sémantique-ment ; ces règles expriment les liens morphologiques et sémantiques qui unissent les unités lexicales. Les mêmes préoccupations se trouvent également chez Geoffrey Leech (1974).
4.6.2 Une idée semblable sous la forme de shared element of meaning (« éléments de sens partagés ») avait fait son chemin dans la lexicographie américaine, dans la lignée des « études synonymiques », qui sont aussi un trait des dictionnaires anglo-saxons, dont le Macmillan. On remarque enfin que la connexité n'entre pas en concurrence, comme concept, avec celui d'interdéfinition qui met également en correspondance deux plans (forme-sens), tandis que, théoriquement, la connexité s'établit entre éléments de sens d’une forme à l’autre. Seule une comparaison systématique sur un corpus étendu permettra de clairement distinguer la compatibilité et l’affinité de la connexité. Son statut n’est pas arrêté. La décision de la situer après deux éléments de sens communs ne tient pas compte de définitions ou d’acceptions ne pouvant comporter que deux descripteurs.
X est rouge ⇒ X est non violet/indigo/bleu/vert/jaune
X est violet/indigo/bleu/vert/jaune ⇒ X est non rouge
La complémentarité ne sera pas retenue comme relation suffisamment pertinente d’un point de vue sémantique. La forme ‘non X’ s’emploie le plus souvent par défaut d’une expression plus disponible.
4.3.9.2 Une bonne partie des études sémantiques ont porté pendant un temps sur les diverses formes d’opposition, dont on peut donner le tableau suivant (ℛ note une relation quelconque) :
| polarité | amour ≉ haine | (scalaire) |
| contrariété | bon ≉ passable ≉ mauvais \ long ≉ court | ± (gradation) |
| contradiction | coloré ≉ non coloré | n’admet pas de milieu |
| progressivité | reptile ≉ vertébré ≉ animal | hiérarchie |
| complémentarité | mâle ≉ femelle \ marié ≉ veuf | l’un ou l’autre, pas les 2 |
| réciprocité | vendre ≉ acheter \ grand-mère ≉ petite-fille | X ℛ Y soit Y ℛ X (symétrie) |
REM On notera que Pottier (1992) fait de la polarité l'un des principes méthodologiques de la recherche linguistique, et réintègre, comme il se doit, le continu, que le strict structuralisme avait banni au profit du discret : « Le discontinu est une opération sur le continu. » On peut y voir l’influence du mathématicien René Thom.
4.3.9.3 L’antithèse est la figure discursive (& littéraire) de l'opposition : on dit qu'il y a antithèse dans une phrase quand l'une de ses moitiés exprime une idée contraire (ou une vague opposition) à celle qui est développée dans l'autre moitié, comme le montre l'exemple emprunté au vieux manuel scolaire de Larive & Fleury (1895) : « le travail rend tout aisé ; l'oisiveté, tout difficile. »
4.3.9.4 L’antiphrase est l’emploi d’une expression (ou d’une phrase entière) dans un sens contraire à celui qu’elle possède d’ordinaire. Le Robert donne l’exemple : « C’est du propre! »
4.3.9.5 Si l’on considère la substitution comme outil opératoire dans la vérification des relations, la substitution de termes contraires, contradictoires ou antonymes pose des problèmes dans certains cas ; on doit alors procéder à quel-ques réaménagements morphosyntaxiques. Sa fugue a consterné tout le monde. ↺ Son assiduité a consterné tout le monde. Après tant d’années son œuvre reste vivante ↺ son œuvre reste caduque.
4.4 La prédication (relation prédicative) ∋ est la relation inverse de l’appartenance, ∈, et peut se lire « est » ou sa variante « c’est » (ou encore « comporte ») :
{punir} ∈ ‘venger’ se lit: punir appartient à venger
‘venger’ ⇒ {punir} se lit: venger implique punir
venger ∋ punir se lit: venger c’est punir
Le prédicat est toujours contenu dans le sujet, selon Leibniz, bien que l’usage gram-matical de la notion de prédicat obscurcisse la question.
Cf. fumersujet (rendverbe maladeattribut)prédicat
Le Dictionnaire de linguistique de Dubois & al. signale, en outre, que dans l’emploi prédicatif du verbe être on distingue 1) un « sens » d’inclusion (« Les professeurs sont des fonctionnaires »), 2) un « sens » d’appartenance (« Jean est professeur ») et 3) un « sens » d’identité (« Cet enfant est Pierre »).
4.4.1 La relation prédicative est un outil pour décrire le sens d’une unité lexicale, en termes d’éléments définitionnels ou sémantiques (appelés aussi sèmes ou traits sémantiques) ; elle concurrence même l’appartenance. Il s’agit d’une définition analytique, au sens où elle singularise les éléments définitoires.
contrainte [≍ discipline] ∋ règle (X au sens de Y est une Z)
contrainte ∋ obligatoire
4.4.2 Le test prédicatif permet de vérifier (ou d’établir, c’est selon) les éléments de sens retenus :
l’acropole ∋ (est) la ville
l’acropole ∋ (est) haute
l’acropole ∋ (est) dans une cité
l’acropole ∋ (est) grecque
l’acropole ∋ (est) ancienne
acropole ≝ ville haute des anciennes cités grecques
La difficulté réside dans le fait que certains éléments sont déjà des prédicats : ce n’est pas l’acropole qui est haute, mais ‘ville’ ; de même, grecque et ancienne sont des prédicats hérités de cité. On devrait donc modifier la formulation :
acropole ∋ (ville (∋ haute))
acropole ∋ (cité ((∈ grecque) ∈ ancienne))
Mais cette difficulté n’est pas la seule : ‘ville haute’ est une unité s’oppo-sant à ‘ville basse’. La discussion avec un informateur humain, spécialiste d’histoire antique, et la définition de l’EUL permettent de remanier cette répartition :
acropole ≝ hauteur fortifiée des anciennes cités grecques
acropole ∋ hauteur
hauteur ∋ fortifiée
acropole ∋ (∈ cité)
cité ∋ grecque
cité ∋ ancienne
On note donc que l’analyse en constituants sémantiques (analyse sémique ou componentielle) risque de perdre de vue l’organisation hiérarchique des traits qu’elle dégage.
4.5 La spécification ou spéciation est la relation caractéristique de l’espèce par rapport au genre ; on la désignera comme « infra », notée par ‘↵’ ou ‘↳’ selon l’ordre des termes. C’est la relation inverse de l’inclusion, qu’on peut désigner par « supra » (↴), dont elle est complémentaire (réciproque) :
Si A est le genre de B, B est l’espèce de A
A ↴ B ⇒ B ↳ A
qui se lit : « A est le supra de B » implique « B est l’infra de A »)
Bien que le dictionnaire facilite la recherche des genres (contraintes ∋ forces), il lui arrive aussi de fournir les espèces, notamment dans le cas du PR qui n’hésite pas à donner des extensions (l’espèce appartient à la classe désignée par le genre). La classe ‘serpe’ contient :
serpe ⊃ [ébranchoir, fauchard, fauchette, gouet, serpette, vouge]
vouge ↳ serpe ↳ outil ↳ objet (X est l’infra du supra Y)
vouge ∋ serpe ∋ outil ∋ objet (est)
V. REM à la suite de la section 5.3.3.
4.6 Je me dois de m’attarder sur une dernière relation, qui exploite aussi l’intersection sémantique, et que j’ai brièvement signalée à propos de l’équivalence : la connexité. La connexité prend la place de la notion de « rapport de sens » qu'uti-lise notamment le Petit Robert, noté par la flèche de l’implication, ce qui n’était probablement pas intentionnel. En effet, on ne peut pas dire que « une voûte d'arbres » implique « berceau, dais. » Le sens de ‘berceau’ ≝ voûte de feuillage ; celui de ‘dais’ n’est qu’un contexte : un dais de feuillage.
4.6.1 Le terme, comme la notion, peut être rattaché, entre autres, à Condillac dans son Dictionnaire de synonymes : elle sert de fondement au rapport qu'est la connexion (celle-ci est la « liaison formée par le rapport qu'il y a entre les choses »). On dira donc qu'il y a connexité sémantique lorsque deux unités lexicales partagent plus de deux éléments de sens au moins. La connexité de Condillac est à rapprocher (compte tenu du fait qu'elle existe entre les « choses », donc les objets du monde) de ce que Ray Jackendoff (1972) a tenté de faire au moyen des redundancy rules de la grammaire générative, « règles de redondance », soit de rendre compte des unités lexicales distinctes, mais liées entre elles sémantique-ment ; ces règles expriment les liens morphologiques et sémantiques qui unissent les unités lexicales. Les mêmes préoccupations se trouvent également chez Geoffrey Leech (1974).
4.6.2 Une idée semblable sous la forme de shared element of meaning (« éléments de sens partagés ») avait fait son chemin dans la lexicographie américaine, dans la lignée des « études synonymiques », qui sont aussi un trait des dictionnaires anglo-saxons, dont le Macmillan. On remarque enfin que la connexité n'entre pas en concurrence, comme concept, avec celui d'interdéfinition qui met également en correspondance deux plans (forme-sens), tandis que, théoriquement, la connexité s'établit entre éléments de sens d’une forme à l’autre. Seule une comparaison systématique sur un corpus étendu permettra de clairement distinguer la compatibilité et l’affinité de la connexité. Son statut n’est pas arrêté. La décision de la situer après deux éléments de sens communs ne tient pas compte de définitions ou d’acceptions ne pouvant comporter que deux descripteurs.
11.3.05
Relations 4.3.8.1
4.3.8.1 L’intersection connaît des degrés, mais ils sont généralement plus faciles à repérer que ceux de la synonymie. Théoriquement, le partage d’un élément de sens est la compatibilité, de deux, l’affinité et de trois, la connexité. La recherche des formes d’intersection et d’interdéfinition ne se borne pas à comparer les acceptions qui conviennent, mais aussi à pousser plus profond l’analyse, aussi peut-on ajouter des cases au tableau de 4.3.7.2 en fonction des termes en gras :
4.3.8.2 On a ainsi, à un niveau plus « profond », ou mieux, en un point plus éloigné, une affinité avec {ligneuse} et une correspondance avec {arbre}. Pour compenser la tendance à l’économie des dictionnaires, on peut inclure dans la recherche les phrases-exemples (π) qui concrétisent l’intersection. Ce n’est cependant pas un moyen vraiment rentable. Les exemples de ‘serpe’ portent sur le sens figuré et locutionnel. À ‘bois’, on ne trouvera pas trace de ‘tailler’. Il est d’ailleurs curieux que les détails soient si abondants à ‘serpe’, puisque ‘tailler’ est le superordonné de ‘élaguer’ et ‘émonder’.
tailler ↴ élaguer ; tailler ↴ émonder
‘élaguer’ comporte cependant {arbre}, comme ‘tailler’ et ‘émonder’.
tailler ⋂arbre élaguer ⋂arbre émonder
4.3.8.3 La recherche intégrale dans le Robert électronique permet de relever les occurrences d’un mot dans les définitions et les exemples/citations, ce qui permet de mettre en évidence certaines intersections, sans recourir à la constitution de série intuitivement, ou à partir d’une source analogique (Maquet, Péchoin) ou synonymique (Bailly, Bertaud du Chazaud). L’intersection minimale constitue la compatibilité. Je ne précise pas si l’occurrence est le genre prochain ou la différence spécifique. J’ai exclu les occurrences dans les exemples et les citations. La liste est un peu longue, mais je n’avais pas prévu que le PR avait fait du mot ‘événement’ un descripteur de son métalangage. Le terme qui fgure après le signe d'intersection ou de domaine en petits caractères indique l'élément de sens qui fait l'intersection ou la classe du domaine. ∁ indique le contexte, et ⊥ le point d'insertion du mot faisant l'objet de l'analyse. Φ signale un paramètre, c'est-à-dire un syntagme ou une phrase stabilisée et de nature locutionnelle ou proverbiale. ␃ marque une relation étymologique. ⊨ présente une relation analogique.
abonnement ⋂événement accélération ⌂histoire ; accident ; actualité ; advenir ; affaire ; aléa ; aléatoire∁contrat⊥ ; algérien∁conflit⊥ ; annales ; anniversaire ; annonce ; anticipation (—é, —er) ; anxiété ; Φapprenti sorcier ; Φaprès coup ; arriver ; arroser ; assister à ; Φcoup d’assommoir ; attendre ; attentisme ; augurer ; auparavant ; automatisme ; aventure ; background ; bataille ; bêteadj ; bidonner ; bilan ; bimillénaire ; binomiale∁loi⊥ ; bit ; calamité ; calculer ; calme ; catastrophe (—ique) ; cause ; célébrer ; centenaire (bi—) ; cérémonie ; certain (—ement) ; chagrin (adj, nom) ; chance ; Φà chaud ; Φla surprise du chef ; Φchoc en retour ; Φprendre les choses comme elles viennent ; chronologie (dendro—, géo—) ; chronométrer ; circonstance ; clairvoyance ; Φson de cloche ; cofacteur ; cognition ; cohorte⌂démographie ; coïncidence) ; commémorer (—atif, —ation) ; commentaire ; Φprobabilités composées ; (rendre) compte ; condition⌂droit ; conditionnel ; confidentnom ; conseil ; Φcontingences de la vie quotidienne ; contraire⌂math. ; contrecoup ; contretemps ; corrélation ⌂phys. ; main courante⌂banque ; couverture ; couvrir ; Φl’horizon se couvre ; crac ; crise ; date ; déboire ; Φêtre dépassé par les événements ; depuis ; Φêtre, aller à la dérive ; Φtu ne connais pas la dernière ? ; se dérouler ; déroutement ⌂informatique ; désastre ; destin ; détail ; déterminisme ; détonateur ; Φdeus ex machina ; devancer ; développement ; direction⌂astrol. ; disgrâce ; Φfaits divers ; docudrame ; Φdouche écossaise ; drame (—atique) ; dupe ; Φà petite cause grands effets ; émergence ; engramme ; Φenvoyé spécial ; éphéméride ; épopée ; époque ; équiprobable⌂math. ; événementiel ; éventualité ; éventuel␃ ; exemple ; expérience ; exprimer ; Φpar extraordinaire ; Φla face des choses ; facture ; fait⌂dr. ; Φc’est un sale coup pour la fanfare ; fastes ; fatalisme (—iste) ; feeling ; film ; fois ; Φforce majeure ; Φc’est forcé ; forme ; fortune ; Φcoup de foudrevx ; Φdans la foulée ; Φhuit jours francs⌂dr. ; fréquence⌂statist. ; futur⌂gramm. ; garantir ; Φnous sommes gâtés ; généalogie ; glorieux ; guetter ; happening ; hasard ; héroïne ; ⊨héroïque ; histoire (—riette) ; Φen l'honneur de ; hypothèse ; justice immanente ; impression ; Φthéorie de l'imprévision⌂Dr. admin. ; un imprévu ; incident ; incubation ; inespéré ; information ; inquiétude ; maladie intercurrente ; intrigue ; jour ; journal ; lendemain ; livre [blanc, etc.] ; logique [de guerre] ; malheur ; manifestation ; Φcoup de massue ; médaille ; mémoires ; mésaventures ; commune mesure ; une, des misères ; au moins ; moment ; mondanités ; morale (—ité) ; narrateur ; nécessité ; néfaste ; loi des grands nombres⌂math. ; nouvelle ; tomber des nues ; une, des obscurités ; observateur ; occasion de ; Φla révolution des œillets ; onde de choc ; oublier ; palingénésie ; parachronisme ; montage parallèle⌂cin. ; Φaccident, incident de parcours ; pari ; se passer ; Φc'est le pavé dans la mare ; période ; péripéties ; perspective ; phénomène ; sur place ; placer ; plaindrevx ; Φfaire tout un plat de qqch ; portée ; prédire ; préjudice ; préliminaires ; prémonition ; Press-book ; pressentiments ; prévalence⌂méd. ; prévoir ; probabilité ; prochaine ; prodige ; prodrome ; producteurvx ; produire ; prolongement ; promesse ; pronosti-quer ; raison ; psychose réactionnelle ; Φrécrire l'histoire ; encontrer ; renforçateur ; reproche ; amnésie rétrograde⌂Méd. ; risque ; grain de sable ; sabler le champagne ; scène ; sensibiliser ; séquelles ; Φdonner le signal de ; sinistre ; souhait (—er) ; soulever ; souligner ; Φce n'est plus qu'un mauvais souvenir ; spectateur ; Un, des succès ; à la suite de ; Φça y est, j'en étais sûr... ; Φles Évangiles synoptiques ; témoin ; Φle théâtre de ; Φcoup de tonnerre ; tragédie ; tragicomédie ; traumatisme (psychique) ; à la veille de ; Visitation ; vraisemblable.
REM La décision d’employer ‘événement’ comme métadéfinisseur ou différenciateur du lexique pose un problème de méthode en raison de la polysémie du terme : EUL, contrairement au PR, plus haut, reconnaît trois acceptions au singulier et deux au pluriel. Φ signale une forme paramétrique (syntagme lexicalisé) ; ⌂ note un domaine ; ∁ un contexte ; ⊥ le point d’insertion (évite la répétition).
4.3.9 L'opposition est une relation fondamentale, puisqu'elle constitue sous le nom d'« association par contraste » un des modes de l'association des idées, dans la tradition aristotélicienne. L’opposition, notée ≉, est le plus souvent représentée par la « contrariété », c'est-à-dire l’antonymie telle qu’on la connaît couramment. L'antonymie est considérée comme l'inverse de la synonymie, et comme telle reste basée sur une communauté de trait sémantiques, c’est-à-dire une intersection. ‘haut’ et ‘bas’ sont dans une relation de contrariété ; ils s'opposent, mais ont en commun l’élément sémantique {espace}. On peut considérer que ce qui les lie prioritairement est une relation spatiale, qui sera en rapport inverse en l’occurrence. Au sens restreint, deux mots sont antonymes si l’un est la négation de l’autre, sans que la négation de l'un implique l'affirmation de l’autre. On parle aussi de contraires : ‘présent’ ℛ ‘absent’. Il est possible de parler d’antonymes de degré lorsque toute une échelle est possible. Cf. « Il n’est pas tout à fait là ».
| bois | bûcheron | serpe |
| 1. Espace de terrain couvert d'arbres | Personne dont le métier est d'abattre du bois, des arbres dans une forêt | Outil (de bûcheron, de jardinier) formé d'une large lame tranchante recourbée en croissant, montée sur un manche, et servant à tailler le bois, à élaguer, à émonder |
| Végétal pouvant atteindre des dimensions et un âge considérables, dont la tige ligneuse se ramifie à partir d'une certaine hauteur au-dessus du sol | Matière ligneuse et compacte des arbres | Matière ligneuse et compacte des arbres |
4.3.8.2 On a ainsi, à un niveau plus « profond », ou mieux, en un point plus éloigné, une affinité avec {ligneuse} et une correspondance avec {arbre}. Pour compenser la tendance à l’économie des dictionnaires, on peut inclure dans la recherche les phrases-exemples (π) qui concrétisent l’intersection. Ce n’est cependant pas un moyen vraiment rentable. Les exemples de ‘serpe’ portent sur le sens figuré et locutionnel. À ‘bois’, on ne trouvera pas trace de ‘tailler’. Il est d’ailleurs curieux que les détails soient si abondants à ‘serpe’, puisque ‘tailler’ est le superordonné de ‘élaguer’ et ‘émonder’.
tailler ↴ élaguer ; tailler ↴ émonder
‘élaguer’ comporte cependant {arbre}, comme ‘tailler’ et ‘émonder’.
tailler ⋂arbre élaguer ⋂arbre émonder
4.3.8.3 La recherche intégrale dans le Robert électronique permet de relever les occurrences d’un mot dans les définitions et les exemples/citations, ce qui permet de mettre en évidence certaines intersections, sans recourir à la constitution de série intuitivement, ou à partir d’une source analogique (Maquet, Péchoin) ou synonymique (Bailly, Bertaud du Chazaud). L’intersection minimale constitue la compatibilité. Je ne précise pas si l’occurrence est le genre prochain ou la différence spécifique. J’ai exclu les occurrences dans les exemples et les citations. La liste est un peu longue, mais je n’avais pas prévu que le PR avait fait du mot ‘événement’ un descripteur de son métalangage. Le terme qui fgure après le signe d'intersection ou de domaine en petits caractères indique l'élément de sens qui fait l'intersection ou la classe du domaine. ∁ indique le contexte, et ⊥ le point d'insertion du mot faisant l'objet de l'analyse. Φ signale un paramètre, c'est-à-dire un syntagme ou une phrase stabilisée et de nature locutionnelle ou proverbiale. ␃ marque une relation étymologique. ⊨ présente une relation analogique.
abonnement ⋂événement accélération ⌂histoire ; accident ; actualité ; advenir ; affaire ; aléa ; aléatoire∁contrat⊥ ; algérien∁conflit⊥ ; annales ; anniversaire ; annonce ; anticipation (—é, —er) ; anxiété ; Φapprenti sorcier ; Φaprès coup ; arriver ; arroser ; assister à ; Φcoup d’assommoir ; attendre ; attentisme ; augurer ; auparavant ; automatisme ; aventure ; background ; bataille ; bêteadj ; bidonner ; bilan ; bimillénaire ; binomiale∁loi⊥ ; bit ; calamité ; calculer ; calme ; catastrophe (—ique) ; cause ; célébrer ; centenaire (bi—) ; cérémonie ; certain (—ement) ; chagrin (adj, nom) ; chance ; Φà chaud ; Φla surprise du chef ; Φchoc en retour ; Φprendre les choses comme elles viennent ; chronologie (dendro—, géo—) ; chronométrer ; circonstance ; clairvoyance ; Φson de cloche ; cofacteur ; cognition ; cohorte⌂démographie ; coïncidence) ; commémorer (—atif, —ation) ; commentaire ; Φprobabilités composées ; (rendre) compte ; condition⌂droit ; conditionnel ; confidentnom ; conseil ; Φcontingences de la vie quotidienne ; contraire⌂math. ; contrecoup ; contretemps ; corrélation ⌂phys. ; main courante⌂banque ; couverture ; couvrir ; Φl’horizon se couvre ; crac ; crise ; date ; déboire ; Φêtre dépassé par les événements ; depuis ; Φêtre, aller à la dérive ; Φtu ne connais pas la dernière ? ; se dérouler ; déroutement ⌂informatique ; désastre ; destin ; détail ; déterminisme ; détonateur ; Φdeus ex machina ; devancer ; développement ; direction⌂astrol. ; disgrâce ; Φfaits divers ; docudrame ; Φdouche écossaise ; drame (—atique) ; dupe ; Φà petite cause grands effets ; émergence ; engramme ; Φenvoyé spécial ; éphéméride ; épopée ; époque ; équiprobable⌂math. ; événementiel ; éventualité ; éventuel␃ ; exemple ; expérience ; exprimer ; Φpar extraordinaire ; Φla face des choses ; facture ; fait⌂dr. ; Φc’est un sale coup pour la fanfare ; fastes ; fatalisme (—iste) ; feeling ; film ; fois ; Φforce majeure ; Φc’est forcé ; forme ; fortune ; Φcoup de foudrevx ; Φdans la foulée ; Φhuit jours francs⌂dr. ; fréquence⌂statist. ; futur⌂gramm. ; garantir ; Φnous sommes gâtés ; généalogie ; glorieux ; guetter ; happening ; hasard ; héroïne ; ⊨héroïque ; histoire (—riette) ; Φen l'honneur de ; hypothèse ; justice immanente ; impression ; Φthéorie de l'imprévision⌂Dr. admin. ; un imprévu ; incident ; incubation ; inespéré ; information ; inquiétude ; maladie intercurrente ; intrigue ; jour ; journal ; lendemain ; livre [blanc, etc.] ; logique [de guerre] ; malheur ; manifestation ; Φcoup de massue ; médaille ; mémoires ; mésaventures ; commune mesure ; une, des misères ; au moins ; moment ; mondanités ; morale (—ité) ; narrateur ; nécessité ; néfaste ; loi des grands nombres⌂math. ; nouvelle ; tomber des nues ; une, des obscurités ; observateur ; occasion de ; Φla révolution des œillets ; onde de choc ; oublier ; palingénésie ; parachronisme ; montage parallèle⌂cin. ; Φaccident, incident de parcours ; pari ; se passer ; Φc'est le pavé dans la mare ; période ; péripéties ; perspective ; phénomène ; sur place ; placer ; plaindrevx ; Φfaire tout un plat de qqch ; portée ; prédire ; préjudice ; préliminaires ; prémonition ; Press-book ; pressentiments ; prévalence⌂méd. ; prévoir ; probabilité ; prochaine ; prodige ; prodrome ; producteurvx ; produire ; prolongement ; promesse ; pronosti-quer ; raison ; psychose réactionnelle ; Φrécrire l'histoire ; encontrer ; renforçateur ; reproche ; amnésie rétrograde⌂Méd. ; risque ; grain de sable ; sabler le champagne ; scène ; sensibiliser ; séquelles ; Φdonner le signal de ; sinistre ; souhait (—er) ; soulever ; souligner ; Φce n'est plus qu'un mauvais souvenir ; spectateur ; Un, des succès ; à la suite de ; Φça y est, j'en étais sûr... ; Φles Évangiles synoptiques ; témoin ; Φle théâtre de ; Φcoup de tonnerre ; tragédie ; tragicomédie ; traumatisme (psychique) ; à la veille de ; Visitation ; vraisemblable.
REM La décision d’employer ‘événement’ comme métadéfinisseur ou différenciateur du lexique pose un problème de méthode en raison de la polysémie du terme : EUL, contrairement au PR, plus haut, reconnaît trois acceptions au singulier et deux au pluriel. Φ signale une forme paramétrique (syntagme lexicalisé) ; ⌂ note un domaine ; ∁ un contexte ; ⊥ le point d’insertion (évite la répétition).
4.3.9 L'opposition est une relation fondamentale, puisqu'elle constitue sous le nom d'« association par contraste » un des modes de l'association des idées, dans la tradition aristotélicienne. L’opposition, notée ≉, est le plus souvent représentée par la « contrariété », c'est-à-dire l’antonymie telle qu’on la connaît couramment. L'antonymie est considérée comme l'inverse de la synonymie, et comme telle reste basée sur une communauté de trait sémantiques, c’est-à-dire une intersection. ‘haut’ et ‘bas’ sont dans une relation de contrariété ; ils s'opposent, mais ont en commun l’élément sémantique {espace}. On peut considérer que ce qui les lie prioritairement est une relation spatiale, qui sera en rapport inverse en l’occurrence. Au sens restreint, deux mots sont antonymes si l’un est la négation de l’autre, sans que la négation de l'un implique l'affirmation de l’autre. On parle aussi de contraires : ‘présent’ ℛ ‘absent’. Il est possible de parler d’antonymes de degré lorsque toute une échelle est possible. Cf. « Il n’est pas tout à fait là ».
10.3.05
Relations 4.3.7.4
4.3.7.4 Ni 'achoppement' ni 'anicroche' ne sont définissables autrement que dans un rapport avec 'obstacle', 'difficulté' ou 'ennui', qui sont alors eux-mêmes dans un rapport d'équivalence, compte tenu des aléas dictionnairiques.
Ennui ≝(Lexis) chose, événement qui contrarie le cours normal de l’existence
4.3.7.5 Comparaison de termes exprimant des sentiments.
Descripteurs repris : répugnance ∩aversion exécrer ; répugnance ∩aversion horreur ; aversion ∩horreur exécrer ∩horreur exécration ; aversion ∩répugnance horreur
Interdéfinis du tableau ci-dessus : aversion ⋈ répugnance ; [aversion / exécrer \ exécration] ⋈ horreur ; exécrer ⋈ exécration (circularité).
REM Le Gdel cerne les définitions circulaires comme les définitions se présentant telle que la première renvoie à la seconde et la seconde à la première. C'est aussi la caractéristique des membres d'une classe, des éléments d'un même domaine.
4.3.7.6 Interdéfinis issus (←) des définitions :
Descripteurs repris (intersection) d’une définition à l’autre : antipathie ∩aversion répulsion ; affreux ∩dégoût antipathie ∩dégoût répulsion.
Pour bien faire, il faudrait continuer avec « hostilité, dégoût, peur, frayeur, épouvante, terreur… » On commence à voir en quoi consiste la véritable structuration du lexique ou des systèmes lexicaux. Naturellement, on n’exclut pas la structuration reflétant le réel (métonymique), par où les termes désignant les parties ou les contiguïtés d’un tout sont interdéfinis, comme l’habitation, les chemins de fer, l’avion, les broyeurs, la centrale solaire, etc. (ou toute iconographie analytique d’un dictionnaire ou d’une encyclopédie).
4.3.7.7 Le tableau qui suit ne fait intervenir que les définitions pertinentes du Larousse de Poche (1954), dont on note le désordre :
cf. événement ≝ tout ce qui arrive dans le monde ; incident remarquable. PL11
PR ≝ ce qui arrive et qui a quelque importance pour l'homme.
La circularité est diluée parmi des corrélateurs apparentés. Ce « renvoi » est cependant le témoin d’une solidarité, d’une interdépendance. Le psychologue Gaston Viaud (1946) signale l'interdépendance dans le domaine conceptuel, c'est-à-dire la nécessité où l'on est de recourir à d'autres concepts pour expliciter le sens d'un concept, ce qui rattache la paraphrase à l'interdéfinition et à la circularité : « Un concept n'existe jamais isolément dans notre esprit, puisque, pour le penser, on est obligé de faire appel à d'autres concepts et qu'il n'existe, en somme, que par les relations qu'il a avec ces derniers. »
4.3.7.8 Tableau permettant de distinguer théoriquement les variétés d'interdéfinition :
REM 1 L’interdéfinition relative comporte une formule un peu difficile, que je vais essayer d’éclaircir. Deux termes contigus A et B ne manifestent qu’une reprise (intersection) orientée (a⋂B ou B⋂a), avec un définisseur neutre (≝n).
REM 2 Il s’agit d’une hypothèse et une précaution théorique qui, jusqu’ici, semble se bien porter. Toutefois, le sémanticien est toujours prisonnier des faits qu’il recueille. Comme dans ma démarche, je m’interdis le recours intempestif à mon idiolecte ou à mon sentiment linguistique (aussi dangereux que la contrainte grammaticale, la grammaire de chacun étant ce qu’elle est, c'est-à-dire ultra-rigoriste, même dans les fautes), mes exemples m’imposent leurs limites.
4.3.8 L’interdéfinition s’appuie sur l’intersection et permet de l’introduire. Pour reprendre un exemple de l’avant-dernier tableau, ‘conjoncture’ et ‘occasion’ sont en interdéfinition, partiellement par reprise de {circonstance} :
conjoncture ⋂circonstanceoccasion
Dans la théorie des ensembles, l’intersection est la partie commune à des ensembles M et N, qui se note M ⋂ N (et se lit M inter N), et qui comprend les éléments qui appartiennent à la fois à M et à N. Sa définition formelle est : A inter B égale x tel que x appartient à A et x appartient à B. A ⋂ B = x ∈ A & x ∈ B. La relation d'intersection est fondatrice et permet de définir toutes les autres relations. L'intersection est une relation généralisable qui s'appuie sur la compréhension au sens d'intension (complémentaire de l'extension).
| achoppement PR | anicroche PR | obstacle PR | difficulté PR |
| Obstacle contre lequel on bute, difficulté qu'on rencontre. | Petite difficulté qui accroche, petit obstacle qui arrête. | Ce qui s'oppose à l'action, à l'obtention d'un résultat. | chose difficile |
Ennui ≝(Lexis) chose, événement qui contrarie le cours normal de l’existence
4.3.7.5 Comparaison de termes exprimant des sentiments.
| répugnance | aversion | exécrer | exécration | horreur |
| aversion pour qqn-qqch | répugnance extrême | avoir en exécration | sentiment d’horreur extrême | violente impression de répulsion causée par qqch d’affreux |
| antipathie | horreur | avoir en horreur | objet de ce sentiment | violente impression d’effroi causée par qqch d’affreux |
| répulsion | caractère horrible d’une action | |||
| avoir de l’aversion | chose pour laquelle on éprouve de la répugnance à cause de sa laideur | |||
| chose pour laquelle on éprouve de la répugnance à cause de sa saleté |
Descripteurs repris : répugnance ∩aversion exécrer ; répugnance ∩aversion horreur ; aversion ∩horreur exécrer ∩horreur exécration ; aversion ∩répugnance horreur
Interdéfinis du tableau ci-dessus : aversion ⋈ répugnance ; [aversion / exécrer \ exécration] ⋈ horreur ; exécrer ⋈ exécration (circularité).
REM Le Gdel cerne les définitions circulaires comme les définitions se présentant telle que la première renvoie à la seconde et la seconde à la première. C'est aussi la caractéristique des membres d'une classe, des éléments d'un même domaine.
4.3.7.6 Interdéfinis issus (←) des définitions :
| antipathie (←répugnance) | répulsion (←répugnance) | affreux (←horreur) | effroi (←horreur) |
| hostilité instinctive à l’égard de qqn/qqch | vive répugnance | qui provoque peur/dégoût/ douleur | grande frayeur |
| aversion | aversion | horrible | épouvante |
| dégoût | dégoût | atroce | terreur |
| qui cause un vif désagrément |
Descripteurs repris (intersection) d’une définition à l’autre : antipathie ∩aversion répulsion ; affreux ∩dégoût antipathie ∩dégoût répulsion.
Pour bien faire, il faudrait continuer avec « hostilité, dégoût, peur, frayeur, épouvante, terreur… » On commence à voir en quoi consiste la véritable structuration du lexique ou des systèmes lexicaux. Naturellement, on n’exclut pas la structuration reflétant le réel (métonymique), par où les termes désignant les parties ou les contiguïtés d’un tout sont interdéfinis, comme l’habitation, les chemins de fer, l’avion, les broyeurs, la centrale solaire, etc. (ou toute iconographie analytique d’un dictionnaire ou d’une encyclopédie).
4.3.7.7 Le tableau qui suit ne fait intervenir que les définitions pertinentes du Larousse de Poche (1954), dont on note le désordre :
| temps | époque | période | circonstance | instant | phase |
| durée limité \ moment \ occasion \ époque | point fixe dans l’histoire \ date | espace de temps \ division \ phase | un des faits particuliers d’un événement \ conjoncture | moment très court | changements successifs |
| date | durée | moment | conjoncture | occasion | intervalle |
| temps précis d’un événement | espace de temps \ temps en général | temps fort court \ occasion, circonstance | concours de circonstances \ occasion | circonstance de temps | distance entre les temps |
cf. événement ≝ tout ce qui arrive dans le monde ; incident remarquable. PL11
PR ≝ ce qui arrive et qui a quelque importance pour l'homme.
La circularité est diluée parmi des corrélateurs apparentés. Ce « renvoi » est cependant le témoin d’une solidarité, d’une interdépendance. Le psychologue Gaston Viaud (1946) signale l'interdépendance dans le domaine conceptuel, c'est-à-dire la nécessité où l'on est de recourir à d'autres concepts pour expliciter le sens d'un concept, ce qui rattache la paraphrase à l'interdéfinition et à la circularité : « Un concept n'existe jamais isolément dans notre esprit, puisque, pour le penser, on est obligé de faire appel à d'autres concepts et qu'il n'existe, en somme, que par les relations qu'il a avec ces derniers. »
4.3.7.8 Tableau permettant de distinguer théoriquement les variétés d'interdéfinition :
| INTERDÉFINITION | forte | faible |
| stricte | signes-éléments de sens isomorphes réciproques A⋈b∥B⋈a +reprise de verrouillage | ex. arbre-branche reprise (analytique) non formelle du signe (paroi-cavité [au lieu de grotte]) +reprise de verrouillage |
| relative | signes-éléments de sens A≝n∥B⋈a ⋁ (ou) B≝n∥A⋈b ex. ville-citadin | reprise sémantique (avec ou sans analyse) ex. vrai-vérité |
REM 1 L’interdéfinition relative comporte une formule un peu difficile, que je vais essayer d’éclaircir. Deux termes contigus A et B ne manifestent qu’une reprise (intersection) orientée (a⋂B ou B⋂a), avec un définisseur neutre (≝n).
REM 2 Il s’agit d’une hypothèse et une précaution théorique qui, jusqu’ici, semble se bien porter. Toutefois, le sémanticien est toujours prisonnier des faits qu’il recueille. Comme dans ma démarche, je m’interdis le recours intempestif à mon idiolecte ou à mon sentiment linguistique (aussi dangereux que la contrainte grammaticale, la grammaire de chacun étant ce qu’elle est, c'est-à-dire ultra-rigoriste, même dans les fautes), mes exemples m’imposent leurs limites.
4.3.8 L’interdéfinition s’appuie sur l’intersection et permet de l’introduire. Pour reprendre un exemple de l’avant-dernier tableau, ‘conjoncture’ et ‘occasion’ sont en interdéfinition, partiellement par reprise de {circonstance} :
conjoncture ⋂circonstanceoccasion
Dans la théorie des ensembles, l’intersection est la partie commune à des ensembles M et N, qui se note M ⋂ N (et se lit M inter N), et qui comprend les éléments qui appartiennent à la fois à M et à N. Sa définition formelle est : A inter B égale x tel que x appartient à A et x appartient à B. A ⋂ B = x ∈ A & x ∈ B. La relation d'intersection est fondatrice et permet de définir toutes les autres relations. L'intersection est une relation généralisable qui s'appuie sur la compréhension au sens d'intension (complémentaire de l'extension).
9.3.05
Relations (suite ter)
4.3.6.1 Après diverses solutions, j’ai donc opté pour la flèche orientée ↴ qui positionne le terme au-dessus celui qui suit le signe. La paraphrase serait « domine ». C’est une relation entre signes, c'est-à-dire entre unités lexicales dans un rapport hiérarchique. Pour plus de clarté, on peut aussi désigner les deux membres d’une inclusion par les termes qu’utilise Thonnard, soit « supérieur » et « inférieur » (sans le signe mathématique qui sert en linguistique à marquer la dérivation), ou, en raccourci, supra ≉ infra (hyper et hypo servant dans le modèle à caractériser des phénomènes d’interprétabilité) :
mot ↴ adjectif
gouffre ↴ abîme
soit encore, spatialement :
gouffre ↴
abîme↰
4.3.6.2 L’inclusion est particulièrement représentative des mots s’organisant hiérarchiquement, en classes emboîtées, formant des arborescences classificatrices. C’est le cas des taxonomies propres aux sciences. Quand il est en position supérieur à un autre, on dit aussi d’un mot qu’il est générique, ou qu’il a un sens générique quand il sert à dénommer une classe naturelle d’objets dont chacun, pris séparément, reçoit une dénomination particulière. Ainsi le mot poisson est le générique (le supérieur ou supra) d’une classe dont les membres sont le maquereau, la sole, la truite, etc. qui sont les inférieurs ou infras. On notera qu’il a un degré d’abstraction plus grand dans le terme dominant, qui correspond à une raréfaction du sens. Les verbes ne s’y prêtent pas mieux que les adjectifs ou les adverbes.
répéter ↴ seriner (X est le superordonné d’Y)
dire ↴ répéter
émettre ↴ dire
4.3.6.3 On arrive très vite à une boucle entre [dire ↳ émettre ↳ exprimer] ou encore ↳’faire connaître’ et ↳’rendre sensible’. Soit aussi :
objet ↴ outil ↴ serpe
Le rôle partiel de l’inclusion dans l’organisation potentielle du lexique, réel ou intériorisé devient assez claire, surtout lorsqu’il s’agit d’objets du monde ou d’objets intellectuels, mais il vaut mieux parler de « superordonné » ou de « générique », ou, comme je le propose, de « supra ». On peut indiquer la labilité de cette relation, puisque dans une hiérarchie ou une arborescence, le rapport se transmet de nœud en nœud et de terme en terme. Comme on le voit, quel qu’il soit, le signe d’inclusion change de forme avec l’ordre de présentation des termes, dans la perspective du sens, tout au moins. Au lieu, donc, de chercher à prendre l'envers de l'inclusion avec la notation a ⊂ b qui se lirait : l'espèce (a) est inférieure au genre (b), ou mieux G ↴ E, ou de prétendre que le genre est impliqué par l'espèce (E ⊃/⇒ G, ou mieux E ↳ G), je privilégierai la relation d'appartenance, proposée par Peano et qui se note distinctement ∈ et n’a normalement qu’un ordre, de gauche à droite. Si je décrivais le lexique, il en irait différemment.
4.3.7 L’interdéfinition ⋈ est une relation complexe qui existe entre signes, mais trouve sa confirmation dans la conversion de ces signes comme éléments de sens d’autres signes. Il s’agit, comme l’apparente motivation du mot l’indique, d’un rapport entre définitions. C’est une relation entre deux plans (celui des mots et celui des définitions), observable entre les éléments d'un ensemble, de séries causatives, métonymiques et métaphoriques, dérivées, d'associations et de solidarités du monde réel ou intellectuel, par laquelle les définitions de certains mots vont comporter en contexte l'équivalent sémantique de certains autres mots de la même série (tige ⋈ plante, grain ⋈ céréale, etc.). La contiguïté n’est pas étrangère au phénomène. Les interdéfinitions les plus évidentes sont issues de sous-systèmes du monde réel, y compris sociocul-tu--rels, mais ne s’y limitent pas (cf. agent-action, action-résultat, partie-tout).
bois ℛ bûcheron ℛ serpe
parlement ⋈ sénat ⋈ assemblée
loi ℛ juriste ℛ legislateur ℛ vote
4.3.7.1 Le terme d'interdéfinissable est recensé dans le Grand dictionnaire encyclopédique Larousse (Gdel), comme ce qui « en logique se dit des symboles dont l'un peut se définir à partir de l'autre et réciproquement ». Pour mémoire, il faut également signaler les emplois en passant des formes interdefinability et interdefinable par Lyons (1977, v. 1978-80) et Kempson (1977) qui semble l'emprunter à Quine (1953), chez qui la notion est synonyme de circularité, non comme observation mais comme condamnation au titre d'exercice futile (‘empty’). En 1979, la notion d'interdéfinition apparaît chez Greimas et Courtès avec une connotation péjorative également, mais aussi plus tôt, dans un emploi plus neutre, dans le Dictionnaire-index d'Alpha Encyclopédie (1968), dont les articles de linguistique on été rédigés par A. Culioli (1968), à propos de champ sémantique : « ensemble structuré de contenus interdéfinis ».
4.3.7.2 La vérification des interdéfinitions dans les sources n’est pas garantie pour des raisons d’économie propres aux dictionnaires, dont l’objet n’est pas la démonstration de la cohérence de portions du lexique. La matrice déjà utilisée permet d’observer l’intersection des définitions qui fonde l’interdéfinition. En gras, la reprise entre acceptions ; en italiques, d’un plan à l’autre.
Pour plus d'exactitude dans la description, les deux acceptions de 'bois' devraient être séparées.
4.3.7.3 On peut appliquer l'interdéfinition à un ensemble abstrait : idée-notion-concept. Les gras se rapportent également aux définitions (≝) sous le tableau.
Les rapports seront éclairés par la définition pertinente de ‘représentation’ :
≝ Le fait de rendre sensible (un objet absent ou un concept) au moyen d'une image, d'une figure, d'un signe
On notera les rapports indirects ou relayés de {intellectuel}, {mental}, {pensée}, {connaissance}.
intellectuel ≝ qui se rapporte à l'intelligence (connaissance ou entendement).
mental ≝ qui a rapport aux fonctions intellectuelles de l'esprit.
pensée ≝ activité psychique, faculté ayant pour objet la connaissance.
connaissance ≝ fait, manière de CONNAÎTRE ≝ avoir présent à l'esprit (un objet réel ou vrai, concret ou abstrait; physique ou mental); être capable de former l'idée, le concept, l'image de. (PR)
mot ↴ adjectif
gouffre ↴ abîme
soit encore, spatialement :
gouffre ↴
abîme↰
4.3.6.2 L’inclusion est particulièrement représentative des mots s’organisant hiérarchiquement, en classes emboîtées, formant des arborescences classificatrices. C’est le cas des taxonomies propres aux sciences. Quand il est en position supérieur à un autre, on dit aussi d’un mot qu’il est générique, ou qu’il a un sens générique quand il sert à dénommer une classe naturelle d’objets dont chacun, pris séparément, reçoit une dénomination particulière. Ainsi le mot poisson est le générique (le supérieur ou supra) d’une classe dont les membres sont le maquereau, la sole, la truite, etc. qui sont les inférieurs ou infras. On notera qu’il a un degré d’abstraction plus grand dans le terme dominant, qui correspond à une raréfaction du sens. Les verbes ne s’y prêtent pas mieux que les adjectifs ou les adverbes.
répéter ↴ seriner (X est le superordonné d’Y)
dire ↴ répéter
émettre ↴ dire
4.3.6.3 On arrive très vite à une boucle entre [dire ↳ émettre ↳ exprimer] ou encore ↳’faire connaître’ et ↳’rendre sensible’. Soit aussi :
objet ↴ outil ↴ serpe
Le rôle partiel de l’inclusion dans l’organisation potentielle du lexique, réel ou intériorisé devient assez claire, surtout lorsqu’il s’agit d’objets du monde ou d’objets intellectuels, mais il vaut mieux parler de « superordonné » ou de « générique », ou, comme je le propose, de « supra ». On peut indiquer la labilité de cette relation, puisque dans une hiérarchie ou une arborescence, le rapport se transmet de nœud en nœud et de terme en terme. Comme on le voit, quel qu’il soit, le signe d’inclusion change de forme avec l’ordre de présentation des termes, dans la perspective du sens, tout au moins. Au lieu, donc, de chercher à prendre l'envers de l'inclusion avec la notation a ⊂ b qui se lirait : l'espèce (a) est inférieure au genre (b), ou mieux G ↴ E, ou de prétendre que le genre est impliqué par l'espèce (E ⊃/⇒ G, ou mieux E ↳ G), je privilégierai la relation d'appartenance, proposée par Peano et qui se note distinctement ∈ et n’a normalement qu’un ordre, de gauche à droite. Si je décrivais le lexique, il en irait différemment.
4.3.7 L’interdéfinition ⋈ est une relation complexe qui existe entre signes, mais trouve sa confirmation dans la conversion de ces signes comme éléments de sens d’autres signes. Il s’agit, comme l’apparente motivation du mot l’indique, d’un rapport entre définitions. C’est une relation entre deux plans (celui des mots et celui des définitions), observable entre les éléments d'un ensemble, de séries causatives, métonymiques et métaphoriques, dérivées, d'associations et de solidarités du monde réel ou intellectuel, par laquelle les définitions de certains mots vont comporter en contexte l'équivalent sémantique de certains autres mots de la même série (tige ⋈ plante, grain ⋈ céréale, etc.). La contiguïté n’est pas étrangère au phénomène. Les interdéfinitions les plus évidentes sont issues de sous-systèmes du monde réel, y compris sociocul-tu--rels, mais ne s’y limitent pas (cf. agent-action, action-résultat, partie-tout).
bois ℛ bûcheron ℛ serpe
parlement ⋈ sénat ⋈ assemblée
loi ℛ juriste ℛ legislateur ℛ vote
4.3.7.1 Le terme d'interdéfinissable est recensé dans le Grand dictionnaire encyclopédique Larousse (Gdel), comme ce qui « en logique se dit des symboles dont l'un peut se définir à partir de l'autre et réciproquement ». Pour mémoire, il faut également signaler les emplois en passant des formes interdefinability et interdefinable par Lyons (1977, v. 1978-80) et Kempson (1977) qui semble l'emprunter à Quine (1953), chez qui la notion est synonyme de circularité, non comme observation mais comme condamnation au titre d'exercice futile (‘empty’). En 1979, la notion d'interdéfinition apparaît chez Greimas et Courtès avec une connotation péjorative également, mais aussi plus tôt, dans un emploi plus neutre, dans le Dictionnaire-index d'Alpha Encyclopédie (1968), dont les articles de linguistique on été rédigés par A. Culioli (1968), à propos de champ sémantique : « ensemble structuré de contenus interdéfinis ».
4.3.7.2 La vérification des interdéfinitions dans les sources n’est pas garantie pour des raisons d’économie propres aux dictionnaires, dont l’objet n’est pas la démonstration de la cohérence de portions du lexique. La matrice déjà utilisée permet d’observer l’intersection des définitions qui fonde l’interdéfinition. En gras, la reprise entre acceptions ; en italiques, d’un plan à l’autre.
| bois (PR) | bûcheron (PR) | serpe (PR) |
| 1. Espace de terrain couvert d'arbres 2. Matière ligneuse et compacte des arbres | Personne dont le métier est d'abattre du bois, des arbres dans une forêt | Outil (de bûcheron, de jardinier) formé d'une large lame tranchante recourbée en croissant, montée sur un manche, et servant à tailler le bois, à élaguer, à émonder |
Pour plus d'exactitude dans la description, les deux acceptions de 'bois' devraient être séparées.
4.3.7.3 On peut appliquer l'interdéfinition à un ensemble abstrait : idée-notion-concept. Les gras se rapportent également aux définitions (≝) sous le tableau.
| idée PR | idée 2 PR | notion PR | concept PR |
| Représentation intellectuelle, distinguée des phénomènes qui concernent l'affectivité ou l'action. | Toute représentation élaborée par la pensée (qu'il existe ou non un objet qui lui corresponde). | Objet abstrait de connaissance. | Représentation mentale générale et abstraite d'un objet. |
Les rapports seront éclairés par la définition pertinente de ‘représentation’ :
≝ Le fait de rendre sensible (un objet absent ou un concept) au moyen d'une image, d'une figure, d'un signe
On notera les rapports indirects ou relayés de {intellectuel}, {mental}, {pensée}, {connaissance}.
intellectuel ≝ qui se rapporte à l'intelligence (connaissance ou entendement).
mental ≝ qui a rapport aux fonctions intellectuelles de l'esprit.
pensée ≝ activité psychique, faculté ayant pour objet la connaissance.
connaissance ≝ fait, manière de CONNAÎTRE ≝ avoir présent à l'esprit (un objet réel ou vrai, concret ou abstrait; physique ou mental); être capable de former l'idée, le concept, l'image de. (PR)
8.3.05
Relations (suite bis)
4.3.2 La différence, notée ‘\’, est une relation entre signes qui devrait se passer de commentaire, mais on doit la rapprocher de l’opposition (≉) et de l’identité (= ou ≡, cette dernière n’est pas retenue comme relation sémantique, la congruence étant toujours relative). En linguistique structurale, on parle parfois de l’axe des différences (« en contraste ») pour désigner la succession des unités de la chaîne parlée (opposé à l’axe de substitution-commutation, l’axe paradigmatique, dit aussi d’opposition). Ces dénominations ne sont pas fondées sémantiquement car la même relation sémantique les régit, l’intersection.
étude \ formation
honnête homme \ femme honnête
4.3.2.1 La différence est une relation d'altérité entre choses ou concepts qui auraient des ressemblances. C'est plus communément l'absence d'identité, de similitude entre deux choses ; le caractère qui les distingue l'une de l'autre. Aristote a distingué la différence spécifique de la différence générique. Dans le premier cas, les deux choses (lapin, mouton) diffèrent à l'intérieur d'un même genre (animal), tandis que la différence spécifique est ce caractère qui distingue une espèce des autres espèces du même genre : {allaitant ses petits} est la différence spécifique de {mammifère} dans le genre {vertébré}. La définition caractéristique se fait par genre prochain et différence spécifique » (PR). Ces deux éléments sont symbolisés par X ≝ Y␝ + Z␠ (identificateur+spécificateur [différenciateur]).
diète ≝ privation␝ de nourriture␠
REM Dans son article sur la Langue des arts (des techniques), où il est question de synonymes, l’encyclopédiste Denis Diderot (1713-1784) emploie générique dans son opposition à spécifique, ce que ne faisaient pas, semble-t-il, les Synonymistes de l’époque, ancêtres de l’analyse sémique, qui tendent à préférer « nuances » et « différences » pour la spécificité. Dans l’article « Encyclopédie », Diderot propose une méthode « de discerner les radicaux » qui annonce la procédure comparative de l’établissement de la matrice dans l’analyse sémique, qu’il assortit d’un dispositif assurant la monosémie de ces unités descriptives qui préfigure la règle de conversion de l’unité lexicale en élément de sens. Le grammairien et tropologue César Chesneau Du Marsais (1676-1756) préférait « idée principale » et « idée accessoire ». Diderot utilise aussi le terme d’acception, que négligent les autres. Le philosophe Étienne Bonnot de Condillac (1715-1780) essaie ainsi de dégager ‘affection’ d’ ‘afféterie’ en signalant que « l’affectation est partout » ≉ « l’afféterie se rapporte aux mines ». Il isole là un trait « général », soit dans l’opposition général ≉ particulier. Le PR date ce sens « d’acception » du XVIIe siècle et « générique » de 1582.
4.3.2.2 Le rapport entre ‘diète’ et ‘privation’ en est un d’inclusion, mais la perspective sémantique complique les choses, puisque le sens permet de décrire aussi bien ‘diète’ ⊂ ‘privation’ et ‘diète’ ⊃ ‘privation’, soit respectivement « est inclus dans » et « contient », mais l’appartenance est préférable dans la description du sens, soit {privation} ∈ ‘diète’ soit l’élément ‘privation’ appartient au sens du mot ‘diète’. Dans une sémantique lexicale, les rapports de superordination et de subordination peuvent se décrire au moyen de termes comme hyponyme (-général), soit ‘acropole’ et hyperonyme (+général), soit ‘sanctuaire’, mais dans une sémantique relationnelle qui explique les relations entre signes par le sens partagé, on peut s’en dispenser. Dans la TSO, j’ai adopté les termes mal formés, mêlant latin et grec, de suprasème et infrasème.
4.3.2.3 Sémantiquement parlant, l’identité n’a pas de rôle autre que celui de la reconnaissance d’une unité (à tort ou à raison). Alors que la différence peut exister sans lien aucun, l’opposition (≉) suppose une base commune entre deux termes, une intersection, notée ⋂.
zygote \ rétribution
minorité \ majorité → minorité ⋂ majorité → minorité ≉ majorité
4.3.3 L’équivalence (≈) connaît diverses formes en tant que relation sémantique ; elle peut rendre compte de la synonymie ‘≋’ (contestée mais utilisée), mais aussi de degrés dans le partage d’éléments sémantiques et recouper par là la notion d’intersection. On peut aussi reconnaître l’équivalence modulée (conditionnelle) ≞ et l’équivalence graduelle (de degré) ≗.
graduelle : congeler ≗ réfrigérer (Bailly)
modulée : élaguer ≞ émonder (Sommer)
étude ≋ formation
études ≈ formation
classique ≈ littéraire
4.3.4 La synonymie et l’équivalence se vérifient par le même moyen que l’analogie (tableau comparatif des sens) et peut mettre en rapport plusieurs sources distinctes.
adjectif ≈ épithète (Sommer les distingue par la nécessité de l’adjectif)
4.3.5 En logique, on appelle implication entre deux propositions une relation telle que, la première étant vraie, la seconde est nécessairement vraie. Ainsi, « Tous les hommes sont mortels » ⇒ « Jacques est mortel », soit « Jacques est mortel » est impliquée par (contenue dans) la précédente. L’implication est parfois symbolisée par l’inclusion inversée (⊃). Ce qui ferait de ‘sardine’ l’implication possible de ‘poisson’, en vertu de l’inclusion ‘sardine’ ⊂ ‘poisson’. Dans le cas des éléments de sens ({x}), j’ai préféré l’appartenance (∈), qui permet de rendre compte compte à la fois des membres d’une classe (sardine ∈ poisson) et des éléments de sens (ou de définition) par rapport à l’unité lexicale : {animal} ∈ ‘poisson’ et d’avoir la relation inverse dans la prédication : le poisson est un animal, soit ‘poisson’ ∋ {animal}. Et si on songe à l’emploi courant d’impliquer, comme dans ‘poisson’ implique {eau}, l’appartenance en rend également compte.
‘saler’ ⇒ {sel}
‘farcir’ ⇒ {farce}
‘assaisonner’ ⇒ {assaisonnement}
4.3.6 L’inclusion (classiquement signalée par ⊂ (B ⊂ A = B est contenu dans A) a été entrevue avec la différence, car il s’agit du rapport entre l’espèce et le genre. On dit qu’il y a inclusion d’un sous-ensemble A’ dans un ensemble A quand tous les éléments de A’ appartiennent également à A et qu’il n’y a aucun élément de A’ qui n’appartienne pas à A. L’inclusion est une relation réflexive, transitive, mais non symétrique. Dans une définition en compréhension, l'espèce comporte tous les traits du genre, mais l'inverse n'est pas vrai ; le genre comporte moins de traits que l'espèce puisqu'il la domine hiérarchiquement en généralité. Dans une définition en extension, le genre est plus riche que l'espèce puisqu'il comporte au moins deux espèces. J’ai préféré abandonner le signe classique, ⊂ (est inclus), qui rappelle la notation arithmétique (inférieur), et sa forme affirmative ⊃ (contient), inspiré de supérieur, qui sert aussi parfois à l’implication.
Pour marquer le rapport entre le subordonné (tulipe) et le superordonné (fleur) et inversement, j’ai décidé d’utiliser plutôt des flèches en crochet, plus explicites. A genre de B : a ↴ b; A espèce de B : a ↳ b. On remarquera que ces rapports se font entre unités lexicales (signes), soit fleur ↴ tulipe et tulipe ↳ fleur.
étude \ formation
honnête homme \ femme honnête
4.3.2.1 La différence est une relation d'altérité entre choses ou concepts qui auraient des ressemblances. C'est plus communément l'absence d'identité, de similitude entre deux choses ; le caractère qui les distingue l'une de l'autre. Aristote a distingué la différence spécifique de la différence générique. Dans le premier cas, les deux choses (lapin, mouton) diffèrent à l'intérieur d'un même genre (animal), tandis que la différence spécifique est ce caractère qui distingue une espèce des autres espèces du même genre : {allaitant ses petits} est la différence spécifique de {mammifère} dans le genre {vertébré}. La définition caractéristique se fait par genre prochain et différence spécifique » (PR). Ces deux éléments sont symbolisés par X ≝ Y␝ + Z␠ (identificateur+spécificateur [différenciateur]).
diète ≝ privation␝ de nourriture␠
REM Dans son article sur la Langue des arts (des techniques), où il est question de synonymes, l’encyclopédiste Denis Diderot (1713-1784) emploie générique dans son opposition à spécifique, ce que ne faisaient pas, semble-t-il, les Synonymistes de l’époque, ancêtres de l’analyse sémique, qui tendent à préférer « nuances » et « différences » pour la spécificité. Dans l’article « Encyclopédie », Diderot propose une méthode « de discerner les radicaux » qui annonce la procédure comparative de l’établissement de la matrice dans l’analyse sémique, qu’il assortit d’un dispositif assurant la monosémie de ces unités descriptives qui préfigure la règle de conversion de l’unité lexicale en élément de sens. Le grammairien et tropologue César Chesneau Du Marsais (1676-1756) préférait « idée principale » et « idée accessoire ». Diderot utilise aussi le terme d’acception, que négligent les autres. Le philosophe Étienne Bonnot de Condillac (1715-1780) essaie ainsi de dégager ‘affection’ d’ ‘afféterie’ en signalant que « l’affectation est partout » ≉ « l’afféterie se rapporte aux mines ». Il isole là un trait « général », soit dans l’opposition général ≉ particulier. Le PR date ce sens « d’acception » du XVIIe siècle et « générique » de 1582.
4.3.2.2 Le rapport entre ‘diète’ et ‘privation’ en est un d’inclusion, mais la perspective sémantique complique les choses, puisque le sens permet de décrire aussi bien ‘diète’ ⊂ ‘privation’ et ‘diète’ ⊃ ‘privation’, soit respectivement « est inclus dans » et « contient », mais l’appartenance est préférable dans la description du sens, soit {privation} ∈ ‘diète’ soit l’élément ‘privation’ appartient au sens du mot ‘diète’. Dans une sémantique lexicale, les rapports de superordination et de subordination peuvent se décrire au moyen de termes comme hyponyme (-général), soit ‘acropole’ et hyperonyme (+général), soit ‘sanctuaire’, mais dans une sémantique relationnelle qui explique les relations entre signes par le sens partagé, on peut s’en dispenser. Dans la TSO, j’ai adopté les termes mal formés, mêlant latin et grec, de suprasème et infrasème.
4.3.2.3 Sémantiquement parlant, l’identité n’a pas de rôle autre que celui de la reconnaissance d’une unité (à tort ou à raison). Alors que la différence peut exister sans lien aucun, l’opposition (≉) suppose une base commune entre deux termes, une intersection, notée ⋂.
zygote \ rétribution
minorité \ majorité → minorité ⋂ majorité → minorité ≉ majorité
4.3.3 L’équivalence (≈) connaît diverses formes en tant que relation sémantique ; elle peut rendre compte de la synonymie ‘≋’ (contestée mais utilisée), mais aussi de degrés dans le partage d’éléments sémantiques et recouper par là la notion d’intersection. On peut aussi reconnaître l’équivalence modulée (conditionnelle) ≞ et l’équivalence graduelle (de degré) ≗.
graduelle : congeler ≗ réfrigérer (Bailly)
modulée : élaguer ≞ émonder (Sommer)
étude ≋ formation
études ≈ formation
classique ≈ littéraire
4.3.4 La synonymie et l’équivalence se vérifient par le même moyen que l’analogie (tableau comparatif des sens) et peut mettre en rapport plusieurs sources distinctes.
adjectif ≈ épithète (Sommer les distingue par la nécessité de l’adjectif)
| adjectif | épithète |
| Mot susceptible d'être adjoint directement (épithète) ou indirectement (attribut) au substantif avec lequel il s'accorde, pour exprimer une qualité (qualificatif) ou un rapport (déterminatif). | Ce qu'on adjoint à un nom, un pronom pour le qualifier (mot, expression) |
4.3.5 En logique, on appelle implication entre deux propositions une relation telle que, la première étant vraie, la seconde est nécessairement vraie. Ainsi, « Tous les hommes sont mortels » ⇒ « Jacques est mortel », soit « Jacques est mortel » est impliquée par (contenue dans) la précédente. L’implication est parfois symbolisée par l’inclusion inversée (⊃). Ce qui ferait de ‘sardine’ l’implication possible de ‘poisson’, en vertu de l’inclusion ‘sardine’ ⊂ ‘poisson’. Dans le cas des éléments de sens ({x}), j’ai préféré l’appartenance (∈), qui permet de rendre compte compte à la fois des membres d’une classe (sardine ∈ poisson) et des éléments de sens (ou de définition) par rapport à l’unité lexicale : {animal} ∈ ‘poisson’ et d’avoir la relation inverse dans la prédication : le poisson est un animal, soit ‘poisson’ ∋ {animal}. Et si on songe à l’emploi courant d’impliquer, comme dans ‘poisson’ implique {eau}, l’appartenance en rend également compte.
‘saler’ ⇒ {sel}
‘farcir’ ⇒ {farce}
‘assaisonner’ ⇒ {assaisonnement}
4.3.6 L’inclusion (classiquement signalée par ⊂ (B ⊂ A = B est contenu dans A) a été entrevue avec la différence, car il s’agit du rapport entre l’espèce et le genre. On dit qu’il y a inclusion d’un sous-ensemble A’ dans un ensemble A quand tous les éléments de A’ appartiennent également à A et qu’il n’y a aucun élément de A’ qui n’appartienne pas à A. L’inclusion est une relation réflexive, transitive, mais non symétrique. Dans une définition en compréhension, l'espèce comporte tous les traits du genre, mais l'inverse n'est pas vrai ; le genre comporte moins de traits que l'espèce puisqu'il la domine hiérarchiquement en généralité. Dans une définition en extension, le genre est plus riche que l'espèce puisqu'il comporte au moins deux espèces. J’ai préféré abandonner le signe classique, ⊂ (est inclus), qui rappelle la notation arithmétique (inférieur), et sa forme affirmative ⊃ (contient), inspiré de supérieur, qui sert aussi parfois à l’implication.
Pour marquer le rapport entre le subordonné (tulipe) et le superordonné (fleur) et inversement, j’ai décidé d’utiliser plutôt des flèches en crochet, plus explicites. A genre de B : a ↴ b; A espèce de B : a ↳ b. On remarquera que ces rapports se font entre unités lexicales (signes), soit fleur ↴ tulipe et tulipe ↳ fleur.
7.3.05
Relations (suite)
4.2.7.5 Il est bon de rappeler une contrainte importante dans l’étude de la synonymie : l’équivalence de sens n’est possible qu’entre les acceptions ou les emplois (c'est-à-dire les sens ; ce sont eux qui sont les mêmes) et non le «signe» saussurien, basé sur l’opposition valorisante selon laquelle «les mots exprimant des idées voisines se limitent réciproquement»:
‘craindre’|’redouter’|’avoir peur’
Comme on le voit, l’opposition saussurienne était théorique et ne s’appuyait pas sur une analyse: dans la pratique, c’est ‘avoir peur’ qui représente le sens commun de ‘craindre’ et de ‘redouter’ (en faisant abstraction du sens des choses ([x] craint [le froid/la chaleur])). Les gras signalent, dans le tableau, les interdéfinitions. La flèche ⇒ est une adaptation de celle du Robert, mais peut s’interpréter comme une implication.
REM La formulation de Saussure peut être remplacée par celle-ci : les mots intuitivement sentis comme voisins s’intersectent généralement dans une analyse en éléments de sens.
4.2.8 L’analogie (poisson d’argent ⊨ poisson [PR]) est la «relation entre les mots qui sont apparentés par le sens, les mots d'un champ sémantique», selon le Robert. Dans son tableau des termes et signes conventionnels, «par analogie» reçoit l’explication suivante : «qualifie le sens d'un mot issu du sens précédent par une comparaison implicite (ex. analogie de forme, de couleur) ou plus généralement une valeur impliquant le sentiment d'un rapport». Par exemple, «Elle fit un abat-jour de sa main» (Maupassant), ≝ une visière / abattre un oiseau, abattre un avion (PR). Toutefois, la théorie sémantique opératoire sous-jacente au modèle exclut la notion de «champ» comme mode de structuration du lexique (cf. champ synonymique de Bertaud du Chazaud). C’est la relation fondamentale d’intersection qui, par redondance, constitue le principe organisateur. La notion de champ n’est qu’un avatar de la notion de domaine. On peut préférer ensemble et sous-ensemble, ou encore système et sous-système. L’analogie serait au contraire la mise en rapport de systèmes distincts. Toutefois, elle constitue une importante relation dans l’interprétation, en tant que forme particulière de l’inférence, et donc au sein de la règle. Une analogie (ou toute autre relation) se vérifie dans un tableau à double entrée (version holistique de la grille d’analyse sémique), comme celui qui a été utilisé pour avoir peur, craindre, redouter :
4.2.8.1 L'analogie est également définie comme un rapport de ressemblance, une similitude existant entre des éléments (abstraits, concrets, animés ou non animés) qui présentent des caractères communs, tout en étant essentiellement différents. C'est un rapport qualitatif, une identité partielle dans l'ordre qualitatif, selon Cuvillier qui rappelle qu'en mathématiques deux figures présentent une similitude quand seule diffère l'échelle où elles sont construites.
4.2.8.2 Traditionnellement l'analogie conclut, à partir de ressemblances constatées entre deux sujets, à des ressemblances non constatées (probables) ; la ressemblance des moyens suggère celle des fins, celle des effets entraîne celle de la cause, celle de nature, les propriétés (forme, couleur, substance, dimension, etc.). C'est la relation sur laquelle se fonde la métaphore. Elle sert également, dans les dictionnaires «analogiques», à regrouper les mots autour de mots-centres. ‘antique’ ⊨ ‘usé’, ‘vétuste’, ‘démodé’, ‘suranné’ (PR). C’est en réalité son seul lien avec la notion de «champ». Cf. le Thésaurus Larousse Daniel Péchoin).
4.2.8.3 La notion d’analogie fait parfois appel à celle de proportion a/b = c/d, de «quatrième proportionnelle» (le quatrième terme d'une proportion, à déterminer en connaissant les trois autres - PR), de proportionnalité. Le A est au B ce que le C est au D.
4.2.9 L’appartenance ∈ est une relation analytique, c'est-à-dire qu’elle existe entre un membre et un ensemble (classe). Si la définition (≝) est un ensemble de traits définitoires, chacun des membres appartient à la classe : série ∈ études ; travaux ∈ études, etc. Il y a normalement clivage entre plans : ‘études’ est un mot et {série} un élément de sens du mot (␎). Dans ‘formation’ ≝ moyens par lesquels on la dirige, on l'acquiert, {moyens} appartient à ‘formation’. Elle peut intervenir comme condition. L’appartenance a une contrepartie fondamentale, la prédication (la relation du prédicat à son sujet), envisagée plus bas. Certains auteurs, dont A. Cuvillier, proposent de lire l’appartenance comme une prédication, soit «x ∈ A, qui s'énonce alors : x est un A».
4.3 L’association (terme que je préfère à la galvaudée connotation) a deux versants, mélioratif ⇗{_} et péjoratif ⇘{_} et est également une relation entre le signe et une partie de son sens, le plus souvent la partie instable. Ainsi, on peut remettre en question la «direction» de la formation et faire de celle-ci un élément de sens connoté, préjorativement ou non, selon le sujet.
‘formation’ ⇘{diriger}
La remarque (note d’usage du PR à propos de ‘honnête homme’) peut être un élément de sens associé :
‘honnête homme’ ⇘{vieux}
Comme telle, l’association est une contamination du lexique par les trois instances de la signification : axiologie (je), doxologie (on) et idéologie (nous).
REM La connotation telle qu’on la connaît aujourd’hui est paradoxalement l’inverse de ce qu’elle était classiquement [cf. Thonnard (1950)] ; elle désignait l’ensemble des notes (caractères) d’un concept, alors que maintenant elle est une «valeur ajoutée».
4.3.1 La contiguïté ∥ est une relation entre signes. Elle peut être formelle (homonymie, homographie, homophonie, complète ou partielle) ou sémantique (elle est alors une relation entre sens) et prendre alors en charge la relation rhétorique de métonymie. Le rapport de cause à effet, par exemple est contigu, comme celui d'instrument et action.
homophobie ∥ homosphère
homophobie ∥ homophilie
homo ∥ homo
homo ∥ homéo
marteau ∥ clou
faucille ∥ marteau
marteau ∥ porte
‘craindre’|’redouter’|’avoir peur’
| craindre (PR) | redouter (PR) | avoir peur (PR) |
| Envisager (qqn, qqch.) comme dangereux, nuisible, et en avoir peur. ⇒ appréhender, redouter | (choses) Être sensible à | Craindre comme très menaçant | avoir peur ⇒ s'alarmer, s'effrayer, s'inquiéter |
Comme on le voit, l’opposition saussurienne était théorique et ne s’appuyait pas sur une analyse: dans la pratique, c’est ‘avoir peur’ qui représente le sens commun de ‘craindre’ et de ‘redouter’ (en faisant abstraction du sens des choses ([x] craint [le froid/la chaleur])). Les gras signalent, dans le tableau, les interdéfinitions. La flèche ⇒ est une adaptation de celle du Robert, mais peut s’interpréter comme une implication.
REM La formulation de Saussure peut être remplacée par celle-ci : les mots intuitivement sentis comme voisins s’intersectent généralement dans une analyse en éléments de sens.
4.2.8 L’analogie (poisson d’argent ⊨ poisson [PR]) est la «relation entre les mots qui sont apparentés par le sens, les mots d'un champ sémantique», selon le Robert. Dans son tableau des termes et signes conventionnels, «par analogie» reçoit l’explication suivante : «qualifie le sens d'un mot issu du sens précédent par une comparaison implicite (ex. analogie de forme, de couleur) ou plus généralement une valeur impliquant le sentiment d'un rapport». Par exemple, «Elle fit un abat-jour de sa main» (Maupassant), ≝ une visière / abattre un oiseau, abattre un avion (PR). Toutefois, la théorie sémantique opératoire sous-jacente au modèle exclut la notion de «champ» comme mode de structuration du lexique (cf. champ synonymique de Bertaud du Chazaud). C’est la relation fondamentale d’intersection qui, par redondance, constitue le principe organisateur. La notion de champ n’est qu’un avatar de la notion de domaine. On peut préférer ensemble et sous-ensemble, ou encore système et sous-système. L’analogie serait au contraire la mise en rapport de systèmes distincts. Toutefois, elle constitue une importante relation dans l’interprétation, en tant que forme particulière de l’inférence, et donc au sein de la règle. Une analogie (ou toute autre relation) se vérifie dans un tableau à double entrée (version holistique de la grille d’analyse sémique), comme celui qui a été utilisé pour avoir peur, craindre, redouter :
| études (PR) | formation (PR) |
| série ordonnée de travaux et d'exercices nécessaires à l'instruction | Éducation intellectuelle et morale d'un être humain ; moyens par lesquels on la dirige, on l'acquiert |
4.2.8.1 L'analogie est également définie comme un rapport de ressemblance, une similitude existant entre des éléments (abstraits, concrets, animés ou non animés) qui présentent des caractères communs, tout en étant essentiellement différents. C'est un rapport qualitatif, une identité partielle dans l'ordre qualitatif, selon Cuvillier qui rappelle qu'en mathématiques deux figures présentent une similitude quand seule diffère l'échelle où elles sont construites.
4.2.8.2 Traditionnellement l'analogie conclut, à partir de ressemblances constatées entre deux sujets, à des ressemblances non constatées (probables) ; la ressemblance des moyens suggère celle des fins, celle des effets entraîne celle de la cause, celle de nature, les propriétés (forme, couleur, substance, dimension, etc.). C'est la relation sur laquelle se fonde la métaphore. Elle sert également, dans les dictionnaires «analogiques», à regrouper les mots autour de mots-centres. ‘antique’ ⊨ ‘usé’, ‘vétuste’, ‘démodé’, ‘suranné’ (PR). C’est en réalité son seul lien avec la notion de «champ». Cf. le Thésaurus Larousse Daniel Péchoin).
4.2.8.3 La notion d’analogie fait parfois appel à celle de proportion a/b = c/d, de «quatrième proportionnelle» (le quatrième terme d'une proportion, à déterminer en connaissant les trois autres - PR), de proportionnalité. Le A est au B ce que le C est au D.
4.2.9 L’appartenance ∈ est une relation analytique, c'est-à-dire qu’elle existe entre un membre et un ensemble (classe). Si la définition (≝) est un ensemble de traits définitoires, chacun des membres appartient à la classe : série ∈ études ; travaux ∈ études, etc. Il y a normalement clivage entre plans : ‘études’ est un mot et {série} un élément de sens du mot (␎). Dans ‘formation’ ≝ moyens par lesquels on la dirige, on l'acquiert, {moyens} appartient à ‘formation’. Elle peut intervenir comme condition. L’appartenance a une contrepartie fondamentale, la prédication (la relation du prédicat à son sujet), envisagée plus bas. Certains auteurs, dont A. Cuvillier, proposent de lire l’appartenance comme une prédication, soit «x ∈ A, qui s'énonce alors : x est un A».
4.3 L’association (terme que je préfère à la galvaudée connotation) a deux versants, mélioratif ⇗{_} et péjoratif ⇘{_} et est également une relation entre le signe et une partie de son sens, le plus souvent la partie instable. Ainsi, on peut remettre en question la «direction» de la formation et faire de celle-ci un élément de sens connoté, préjorativement ou non, selon le sujet.
‘formation’ ⇘{diriger}
La remarque (note d’usage du PR à propos de ‘honnête homme’) peut être un élément de sens associé :
‘honnête homme’ ⇘{vieux}
Comme telle, l’association est une contamination du lexique par les trois instances de la signification : axiologie (je), doxologie (on) et idéologie (nous).
REM La connotation telle qu’on la connaît aujourd’hui est paradoxalement l’inverse de ce qu’elle était classiquement [cf. Thonnard (1950)] ; elle désignait l’ensemble des notes (caractères) d’un concept, alors que maintenant elle est une «valeur ajoutée».
4.3.1 La contiguïté ∥ est une relation entre signes. Elle peut être formelle (homonymie, homographie, homophonie, complète ou partielle) ou sémantique (elle est alors une relation entre sens) et prendre alors en charge la relation rhétorique de métonymie. Le rapport de cause à effet, par exemple est contigu, comme celui d'instrument et action.
homophobie ∥ homosphère
homophobie ∥ homophilie
homo ∥ homo
homo ∥ homéo
marteau ∥ clou
faucille ∥ marteau
marteau ∥ porte
6.3.05
4 Relations
4.0 L’examen des relations posait un problème d’ordre dans les questions abordées ici. Après avoir pesé le pour et le contre, j’ai déplacé le chapitre pour permettre de situer l’étude des conditions après celle de la règle. Les relations ne sont pas envisagées pour elles-mêmes et donnent lieu, par la suite, à la mise en place de conditions facultatives dans la formulation de la règle de sens. Elles permettent cependant de donner une idée de l’organisation du lexique (dans la langue et sous sa forme intériorisée). Comme les relations dont il est question sont généralement des outils mathématiques ou logiques, les définitions, sauf quand elles concernent le sens, sont inspirées ou reprises des dictionnaires spécialisés, dont Lalande (1926), Cuvillier (1956), Durozoi et Roussel (1987) ainsi que Bouvier, George, Le Lionnais (1979).
4.1 On définit une relation en général comme étant le rapport ou le lien qui peut être établi entre deux ou plusieurs choses ou objets. Il s'agit du sens abstrait d'objet, objets de pensée (notions, concepts) ou objets linguistiques (formes ou sens). La relation en général est à la fois le rapport et l'état de deux ou plusieurs objets entre lesquelles existe ce rapport. Le rapport de cause à effet constitue un bon exemple et peut être rangé au sein de la relation non sémantique la plus générale, la corrélation (vérifiable ou non). La logique connaît des relations d'équivalence et d'ordre, mais il s'agit toujours d'un rapport qui lie un objet à un autre. La relation constitue en effet un des phénomènes fondamentaux de la pensée, que la systémique, par exemple, reprend sous le terme d'interrelation ou de couplage et de connexion.
4.1.1 Ici, une relation indifférenciée est signalée par le symbole ‘ℛ’. Pour les adjectifs, le signe tient lieu de l’énoncé lexicographique « qui se rapporte à » ou « se dit de » ou encore « relatif à », « qui concerne ». Une relation est considérée comme une opération, ce qui fait des conditions de la règle des opérations particulières.
cauchemar ℛ tourment,
c'est-à-dire cauchemar et tourment sont en relation
soit cauchemar ∼ tourment
c'est-à-dire cauchemar et tourment sont synonymes
soit encore ‘cauchemar’ ⊢ {tourment}
c'est-à-dire de ‘cauchemar’ on infère {tourment}
4.1.2 La synonymie entre les deux termes est faible et ne constitue pas une équivalence, notamment du fait que le cauchemar peut être la cause du ‘tourment’ ≝ vive souffrance morale. Toutefois, le PR a une acception ≍ {cause} pour ‘tourment’ également. Avec cette citation : π Pourquoi « suis-je devenu pour toi un tourment, un fléau, un spectre ? » (Sand), qu’on rapprochera de l’exemple d’EUL : π Ce professeur est mon cauchemar ≍ {qui importune ou cause du tourment}
Mais ‘importuner’ ≍ {ennuyer} ⋁ {fatiguer} ⋁ {gêner} ne constitue l’égal d’une {vive souffrance morale}. Le ‘ou’ du dictionnaire, ses virgules et ses points-virgules doivent faire l’objet d’une interprétation. L’inférence de 4.1.1 n’est pas une application complète sans une condition. Soit :
␞ ‘cauchemar’ ⊢ {tourment} ∁ [[cauchemar∼tourment]⋂douleur]
4.2 On peut recenser les relations sémantiques suivantes : analogie ⊨, appartenance ∈, association (connotation) méliorative⇗ ou péjorative⇘, contiguïté ∥, différence \, équivalence ≈, dont la synonymie, ∼ ⋁ ≋, selon sa proximité, est la forme lexicale, implication ⇒, inclusion A genre ↴ de B espèce, interdéfinition ⋈, intersection ∩, opposition ≉, prédication ∋, spécification A espèce ↳ de B genre. L’ordre (alphabétique) de cette énumération n’est pas significatif : il n’établit aucune hiérarchie.
4.2.0 Tableau des relations
* C'est-à-dire la compréhension, forme classique de la définition.
— L’inférence échappe au tableau, car il s’agit d’une opération cognitive, dont la forme relationnelle est notée ≍, qui se lit : au_sens_de, s’apparentant à la prédication. La disjonction ⋁ est une notation de mon métalangage, signifiant : ou. V. le schéma relationnel au chapitre 7. 4-9.
4.2.1 D’autres disciplines, dont la logique et les mathématiques, reconnaissent encore des relations comme l’identité (qui serait classée sous « générales » ci-dessus), dont dérive l’équivalence, l’égalité, la réunion (qui serait « opératoire »), la congruence (égalité en mathématique, similitude en biologie), l’altérité, l’extension, la compréhension (intension) [ces deux dernières figurent déjà sous « générales » dans le tableau 4.2.0]. D’autre part, la lexicographie et la lexicologie classiques invoquent la synonymie (souvent pour en dénoncer l’absence). La corrélation est utilisée aussi bien en grammaire qu’en statistique ou dans la langue courante.
REM Le PR ≝ rapport entre deux phénomènes qui varient en fonction l'un de l'autre.
4.2.2 L'identité comme rapport se définit aussi par la similitude parfaite entre deux objets, notamment deux objets de pensée, qui pourront cependant être distincts par le mode de désignation, alors qu'ils présentent les mêmes propriétés. Autrement dit deux choses sont identiques quand, malgré les différences apparentes, elles sont substantiellement une seule et même chose. Il existe des degrés dans l’identité, qui vont de la simple identité verbale (équivoque), à l’identité qualitative (de la ressemblance à la similitude), à l’identité quantitative (équivalence, égalité), à l’identité d’origine ou de nature (homogénéité), à l’identité analogique (ressemblance de rapports, etc.).
4.2.3 L’égalité est une relation établie entre ensembles définis différemment, mais constitués des mêmes éléments. Si A={a, b, c, d} & B={a, b, c, d}, alors A=B. Relation réflexive (A=A), transitive (si A=B & B=C, alors A=C) et symétrique (si A=B, alors B=A). En géométrie, les figures égales ou congruentes sont superposables. Ainsi une équivalence entre deux définitions en extension devrait également superposer les membres de la classe les uns aux autres. L’extension énumère les membres d’une classe : chien≺berger briard épagneul labrador setter schnauzer…≻. L'équivalence, qui englobe ici désormais la synonymie, devrait en effet pouvoir se vérifier dans l'extension comme dans la compréhension : la classe aura les mêmes membres et la définition les mêmes traits.
REM Cette condition est d’origine logique et ne se vérifie sans doute que très rarement entre termes considérés comme équivalents, que ce soit par intuition ou par décision de méthode.
4.1 On définit une relation en général comme étant le rapport ou le lien qui peut être établi entre deux ou plusieurs choses ou objets. Il s'agit du sens abstrait d'objet, objets de pensée (notions, concepts) ou objets linguistiques (formes ou sens). La relation en général est à la fois le rapport et l'état de deux ou plusieurs objets entre lesquelles existe ce rapport. Le rapport de cause à effet constitue un bon exemple et peut être rangé au sein de la relation non sémantique la plus générale, la corrélation (vérifiable ou non). La logique connaît des relations d'équivalence et d'ordre, mais il s'agit toujours d'un rapport qui lie un objet à un autre. La relation constitue en effet un des phénomènes fondamentaux de la pensée, que la systémique, par exemple, reprend sous le terme d'interrelation ou de couplage et de connexion.
4.1.1 Ici, une relation indifférenciée est signalée par le symbole ‘ℛ’. Pour les adjectifs, le signe tient lieu de l’énoncé lexicographique « qui se rapporte à » ou « se dit de » ou encore « relatif à », « qui concerne ». Une relation est considérée comme une opération, ce qui fait des conditions de la règle des opérations particulières.
cauchemar ℛ tourment,
c'est-à-dire cauchemar et tourment sont en relation
soit cauchemar ∼ tourment
c'est-à-dire cauchemar et tourment sont synonymes
soit encore ‘cauchemar’ ⊢ {tourment}
c'est-à-dire de ‘cauchemar’ on infère {tourment}
4.1.2 La synonymie entre les deux termes est faible et ne constitue pas une équivalence, notamment du fait que le cauchemar peut être la cause du ‘tourment’ ≝ vive souffrance morale. Toutefois, le PR a une acception ≍ {cause} pour ‘tourment’ également. Avec cette citation : π Pourquoi « suis-je devenu pour toi un tourment, un fléau, un spectre ? » (Sand), qu’on rapprochera de l’exemple d’EUL : π Ce professeur est mon cauchemar ≍ {qui importune ou cause du tourment}
Mais ‘importuner’ ≍ {ennuyer} ⋁ {fatiguer} ⋁ {gêner} ne constitue l’égal d’une {vive souffrance morale}. Le ‘ou’ du dictionnaire, ses virgules et ses points-virgules doivent faire l’objet d’une interprétation. L’inférence de 4.1.1 n’est pas une application complète sans une condition. Soit :
␞ ‘cauchemar’ ⊢ {tourment} ∁ [[cauchemar∼tourment]⋂douleur]
4.2 On peut recenser les relations sémantiques suivantes : analogie ⊨, appartenance ∈, association (connotation) méliorative⇗ ou péjorative⇘, contiguïté ∥, différence \, équivalence ≈, dont la synonymie, ∼ ⋁ ≋, selon sa proximité, est la forme lexicale, implication ⇒, inclusion A genre ↴ de B espèce, interdéfinition ⋈, intersection ∩, opposition ≉, prédication ∋, spécification A espèce ↳ de B genre. L’ordre (alphabétique) de cette énumération n’est pas significatif : il n’établit aucune hiérarchie.
4.2.0 Tableau des relations
| générales | fondamentales | descriptives | opératoires |
| extension ≺_|_≻ | intersection A⋂B | contiguïté A ∥ B | appartenance x∈ A |
| intension ≝{|}* | implication A⇒ B | inclusion A↴ B | analogie A ⊨ B |
| corrélation AℛB | équivalence A≈ B | spécification A ↳ B | interdéfinition A ⋈ B |
| différence A \ B | opposition A ≉ B | association {a} ⇗ B | prédication ∋/≍ |
* C'est-à-dire la compréhension, forme classique de la définition.
— L’inférence échappe au tableau, car il s’agit d’une opération cognitive, dont la forme relationnelle est notée ≍, qui se lit : au_sens_de, s’apparentant à la prédication. La disjonction ⋁ est une notation de mon métalangage, signifiant : ou. V. le schéma relationnel au chapitre 7. 4-9.
4.2.1 D’autres disciplines, dont la logique et les mathématiques, reconnaissent encore des relations comme l’identité (qui serait classée sous « générales » ci-dessus), dont dérive l’équivalence, l’égalité, la réunion (qui serait « opératoire »), la congruence (égalité en mathématique, similitude en biologie), l’altérité, l’extension, la compréhension (intension) [ces deux dernières figurent déjà sous « générales » dans le tableau 4.2.0]. D’autre part, la lexicographie et la lexicologie classiques invoquent la synonymie (souvent pour en dénoncer l’absence). La corrélation est utilisée aussi bien en grammaire qu’en statistique ou dans la langue courante.
REM Le PR ≝ rapport entre deux phénomènes qui varient en fonction l'un de l'autre.
4.2.2 L'identité comme rapport se définit aussi par la similitude parfaite entre deux objets, notamment deux objets de pensée, qui pourront cependant être distincts par le mode de désignation, alors qu'ils présentent les mêmes propriétés. Autrement dit deux choses sont identiques quand, malgré les différences apparentes, elles sont substantiellement une seule et même chose. Il existe des degrés dans l’identité, qui vont de la simple identité verbale (équivoque), à l’identité qualitative (de la ressemblance à la similitude), à l’identité quantitative (équivalence, égalité), à l’identité d’origine ou de nature (homogénéité), à l’identité analogique (ressemblance de rapports, etc.).
4.2.3 L’égalité est une relation établie entre ensembles définis différemment, mais constitués des mêmes éléments. Si A={a, b, c, d} & B={a, b, c, d}, alors A=B. Relation réflexive (A=A), transitive (si A=B & B=C, alors A=C) et symétrique (si A=B, alors B=A). En géométrie, les figures égales ou congruentes sont superposables. Ainsi une équivalence entre deux définitions en extension devrait également superposer les membres de la classe les uns aux autres. L’extension énumère les membres d’une classe : chien≺berger briard épagneul labrador setter schnauzer…≻. L'équivalence, qui englobe ici désormais la synonymie, devrait en effet pouvoir se vérifier dans l'extension comme dans la compréhension : la classe aura les mêmes membres et la définition les mêmes traits.
REM Cette condition est d’origine logique et ne se vérifie sans doute que très rarement entre termes considérés comme équivalents, que ce soit par intuition ou par décision de méthode.
5.3.05
Modélisation
3.8 Modélisation du sens ≍
« qu’est-ce qu’il dit ? » c'est-à-dire « (j’entends/je lis) X ». Aux formes perçues (reconnues dans un stock de formes de la langue ou conjecturées à partir de celuici) est attribué un sens en fonction des parcours du lexique intériorisé (sens qui peut changer à mesure que progressent les opérations). Le stockage est temporaire, selon les capacités individuelles. Il permet l’anticipation des opérations suivantes dans la même phase.
3.8.1 Modélisation de la phase référentielle ℝ
« de quoi parle-t-il ? » c'est-à-dire « (il est question de) Y ». On peut adopter la définition de la « situation » que donne Prieto : ensemble des faits connus par le récepteur au moment de « l’acte sémique », mais il faut prévoir une distinction entre la situation de l’énonciation (hic et nunc) et celle(s) de l’énoncé (les faits rapportés, qui peuvent être ceux d’un livre), ainsi qu’avec la situation propre du récepteur. La situation est labile, « élastique » et déformable. L’encyclopédie est constituée de faits vécus autant que de connaissances générales et spécialisées (informations diverses, culture livresque, métier/profession, actualité). Les deux sources font l’objet de parcours pour former graduellement un modèle mixte, partiellement linguistique, qui se modifie à mesure qu’évolue l’échange, l’audition, le visionnement ou la lecture. On ne perdra pas de vue l’importance de la télévision et du film.
3.8.2 Modélisation de la signification ∞
« que veut-il dire ? » c'est-à-dire « (je crois que) Z à partir d’X & Y ». Les croyances sont décrites ici comme distinctes de l’encyclopédie et analysées en trois catégories selon la modalité qui les caractérise : « je » crois que (axiologie) ; « on » dit (doxologie) ; « nous » pensons que (idéologie).
3.8.3 On comparera les précédents micromodèles à un modèle plus ancien qui inspirait ma réflexion, désigné comme modèle sémiocognitif de reconnaissance ; le modèle se lit de bas en haut et de gauche à droite :
Macromodèle sémiocognitif — phases
3.9 Le processus de traitement cognitif de l’information acoustique/graphique se distingue de la perception proprement dite, domaine des neurosciences, indépendamment de théories qui postulent des éléments de perception déjà significatifs. Les deux contraintes majeures sont le discours et la situation (tant matérielle que culturelle) ; elles encadrent les trois phases de traitement de la sémiotisation. Celles-ci se divisent en trois dispositifs relativement autonomes : la sémantisation d’une forme, la référenciation du produit de la phase 1 et la « signification » du produit de la phase 2, ces deux dernières phases formant le processus de sémiotisation, dont la nature n’est plus strictement linguistique. Si les opérations des processus sont homogènes, leurs objets et leurs signes, ainsi que leurs « bases de données », ne le sont pas. La différence entre les trois phases tient à la nature des signes manipulés et des bases de faits (de connaissances) sollicitées. On estime que l'étanchéité n'est nulle part garantie. Le modèle permet de prévoir, ainsi, les erreurs d'aiguillage et les anomalies, c'est-à-dire qu'il peut les « engendrer » (et même les « prédire »), comme une interprétation d’ ‘opiler’ à partir de ‘désopiler’, {faire pleurer}.
3.9.1 Si l’on excepte les opérations liées à la perception en ce qui concerne les formes, qui comportent également une comparaison à un paradigme connu, il ne s’agit pas d’analyse comme telle (pratiquée sur la forme, elle ne livrerait pas le sens), du moins dans un premier temps (une décomposition morphologique est possible a posteriori). C’est dans le sémantisme du mot reconnu comme forme connue que se fait une comparaison-sélection en fonction des conditions qui font elles-mêmes l’objet d’un parcours. On suppose que le sens retenu (ou un de ses éléments de sens) sera le plus plausible dans les conditions existantes. Dans le cas d’une conversation en situation, cette dernière peut faire l’objet du parcours ou, dans le cas d’un récit, la mémoire que l’on a des personnes ou des faits rapportés. Dans le cadre d’une opération, le mot comme signe n’existe qu’à l’état de corrélation provisoire, sur laquelle on peut revenir et qui est ensuite, théoriquement, traitée au niveau supérieur. Il n’est pas inutile de signaler que le modèle sémiocognitif ne présume pas de la quasi simultanéité (réelle ou apparente, compte tenu de la vitesse) des opérations et ni de leur parallélisme possible : il ne s’agit pas de psychologie expérimentale. Il s’agit, le plus méthodiquement possible, de décrire ce qui se passe, abstraction faite de la vitesse et du déroulement « spatial » des opérations.
REM Le cinéma et la télévision fournissent le plus souvent leur propre situation (perçue visuellement) ; on peut imaginer qu’il y a là une contrainte de surcharge d’autant plus forte sur les opérations sémantiques. — Une source déjà ancienne en esthétique signale que le «jugement» se déroule en une fraction de seconde.
3.9.2 Modèle global
Ici le tableau se lit de haut en bas, de gauche à droite. ℝ note la référence ou le référent ; ∞ la signification. ⇕ indique un parcours de classe ou le balayage de la situation. Les crochets angulaires encadrent un mot/syntagme ; les accolades un sens.
| lexique intériorisé ⇕ | stockage ⇒ | |
| ‘formes’ | ‘_’ ∁ ⊢ {_} | sens ⇒ |
| mémoire de travail |
« qu’est-ce qu’il dit ? » c'est-à-dire « (j’entends/je lis) X ». Aux formes perçues (reconnues dans un stock de formes de la langue ou conjecturées à partir de celuici) est attribué un sens en fonction des parcours du lexique intériorisé (sens qui peut changer à mesure que progressent les opérations). Le stockage est temporaire, selon les capacités individuelles. Il permet l’anticipation des opérations suivantes dans la même phase.
3.8.1 Modélisation de la phase référentielle ℝ
| situation ⇕ | processeur de stockage ⇓ | |
| sens ⇒ | {_}∁ ⊢ ℝ | référentiel ⇒ |
| encyclopédie ⇕ | mémoire de travail (anticipation) |
« de quoi parle-t-il ? » c'est-à-dire « (il est question de) Y ». On peut adopter la définition de la « situation » que donne Prieto : ensemble des faits connus par le récepteur au moment de « l’acte sémique », mais il faut prévoir une distinction entre la situation de l’énonciation (hic et nunc) et celle(s) de l’énoncé (les faits rapportés, qui peuvent être ceux d’un livre), ainsi qu’avec la situation propre du récepteur. La situation est labile, « élastique » et déformable. L’encyclopédie est constituée de faits vécus autant que de connaissances générales et spécialisées (informations diverses, culture livresque, métier/profession, actualité). Les deux sources font l’objet de parcours pour former graduellement un modèle mixte, partiellement linguistique, qui se modifie à mesure qu’évolue l’échange, l’audition, le visionnement ou la lecture. On ne perdra pas de vue l’importance de la télévision et du film.
3.8.2 Modélisation de la signification ∞
| croyances ⇓ | stockage ⇓ | |
| référentiel ℝ | ℝ ∁ ⊢ ∞ | signification ⇒ |
| jugement ⇑ | anticipation mémoire de travail |
« que veut-il dire ? » c'est-à-dire « (je crois que) Z à partir d’X & Y ». Les croyances sont décrites ici comme distinctes de l’encyclopédie et analysées en trois catégories selon la modalité qui les caractérise : « je » crois que (axiologie) ; « on » dit (doxologie) ; « nous » pensons que (idéologie).
3.8.3 On comparera les précédents micromodèles à un modèle plus ancien qui inspirait ma réflexion, désigné comme modèle sémiocognitif de reconnaissance ; le modèle se lit de bas en haut et de gauche à droite :
Macromodèle sémiocognitif — phases
| perception | procès sémiocognitif | produit |
| synthèse | signification | |
| idéologique | idéel | |
| axiologique | axiel | |
| doxologique | doxiel | |
| 3 phase d’interprétation |
| modélisation | référentiel | |
| entrée : situation | coordonnées / savoir | |
| 2 phase de référence | ||
| entrée : signal acoustique ou graphique | sens | signe |
| forme | ||
| 1 phase sémantique |
3.9 Le processus de traitement cognitif de l’information acoustique/graphique se distingue de la perception proprement dite, domaine des neurosciences, indépendamment de théories qui postulent des éléments de perception déjà significatifs. Les deux contraintes majeures sont le discours et la situation (tant matérielle que culturelle) ; elles encadrent les trois phases de traitement de la sémiotisation. Celles-ci se divisent en trois dispositifs relativement autonomes : la sémantisation d’une forme, la référenciation du produit de la phase 1 et la « signification » du produit de la phase 2, ces deux dernières phases formant le processus de sémiotisation, dont la nature n’est plus strictement linguistique. Si les opérations des processus sont homogènes, leurs objets et leurs signes, ainsi que leurs « bases de données », ne le sont pas. La différence entre les trois phases tient à la nature des signes manipulés et des bases de faits (de connaissances) sollicitées. On estime que l'étanchéité n'est nulle part garantie. Le modèle permet de prévoir, ainsi, les erreurs d'aiguillage et les anomalies, c'est-à-dire qu'il peut les « engendrer » (et même les « prédire »), comme une interprétation d’ ‘opiler’ à partir de ‘désopiler’, {faire pleurer}.
3.9.1 Si l’on excepte les opérations liées à la perception en ce qui concerne les formes, qui comportent également une comparaison à un paradigme connu, il ne s’agit pas d’analyse comme telle (pratiquée sur la forme, elle ne livrerait pas le sens), du moins dans un premier temps (une décomposition morphologique est possible a posteriori). C’est dans le sémantisme du mot reconnu comme forme connue que se fait une comparaison-sélection en fonction des conditions qui font elles-mêmes l’objet d’un parcours. On suppose que le sens retenu (ou un de ses éléments de sens) sera le plus plausible dans les conditions existantes. Dans le cas d’une conversation en situation, cette dernière peut faire l’objet du parcours ou, dans le cas d’un récit, la mémoire que l’on a des personnes ou des faits rapportés. Dans le cadre d’une opération, le mot comme signe n’existe qu’à l’état de corrélation provisoire, sur laquelle on peut revenir et qui est ensuite, théoriquement, traitée au niveau supérieur. Il n’est pas inutile de signaler que le modèle sémiocognitif ne présume pas de la quasi simultanéité (réelle ou apparente, compte tenu de la vitesse) des opérations et ni de leur parallélisme possible : il ne s’agit pas de psychologie expérimentale. Il s’agit, le plus méthodiquement possible, de décrire ce qui se passe, abstraction faite de la vitesse et du déroulement « spatial » des opérations.
REM Le cinéma et la télévision fournissent le plus souvent leur propre situation (perçue visuellement) ; on peut imaginer qu’il y a là une contrainte de surcharge d’autant plus forte sur les opérations sémantiques. — Une source déjà ancienne en esthétique signale que le «jugement» se déroule en une fraction de seconde.
3.9.2 Modèle global
| Phase 1 | lexique ⇕ | ||
| ‘formes’ | ‘_’ ∁ ⊢ {_} | sens ⇒ | stockage ⇓ |
| mémoire de travail (anticipation) | |||
| Phase 2 | situation ⇕ | ||
| sens ⇒ | {_}∁ ⊢ ℝ | référentiel ⇒ | ⇓ processeur de stockage |
| encyclopédie ⇕ | mémoire de travail (anticipation) |
| Phase 3 | croyances ⇕ | ||
| référentiel ⇒ | ℝ ∁ ⊢ ∞ | signification ⇒ | stockage ⇓ |
| jugement ⇕ | (mémoire de travail) anticipation |
Ici le tableau se lit de haut en bas, de gauche à droite. ℝ note la référence ou le référent ; ∞ la signification. ⇕ indique un parcours de classe ou le balayage de la situation. Les crochets angulaires encadrent un mot/syntagme ; les accolades un sens.
4.3.05
Modèle sémantique (5)
3.6 Cet essai repose sur une théorie de la sémantisation (développée en partie dans ma thèse d'État en 1987) dont l'objet est de décrire les opéra-tions constitutives du sens : à la différence du dictionnaire et de la lexicologie, y compris les sémantiques lexicales, qui décrivent le lexique, directement ou indirectement, la "théorie des opérations sémantiques" se limite à un aspect du lexique, les sens des unités et leurs condi-tions de réalisation dans le discours, sans toute-fois négliger les rela-tions sémantiques des signes entre eux : les relations sémiotiques - intra- et extrasémiotiques, ou, mieux intra- et intersigniques.
REM Sémantisation : néologisme dérivé de "sémantique", le suffixe -iser correspondant à une action sur un objet (transformation), ici les signes, ou être plus strictement saussurien, les signifiants, qui sont dotés de sens. Quand il s'agit d'unités linguistiques, lorsqu'elles sémantisent une autre unité, "sémantiser" veut dire "contribuer à son sens", c'est-à-dire qu'elles permettent d'inférer une partie du sens d'une forme inconnue ou peu connue (peu familière). Normalement la sémantisation suppose un sujet (c'est pourquoi le terme de "sémiocognitif " apparaît dans le texte), mais il s'agit d'un sujet comprenant, sur le modèle de "sujet parlant". Dans la réalité, les deux rôles peuvent être naturellement tenus par la même personne.
Même si la théorie en question ("théorie de la sémantisation", ou TS) désolidarise le signe saussurien, il faut en effet distinguer le rapport du signe à son sens, les rapports de sens à sens et les rapports des signes entre eux.
REM La dichotomie saussurienne est ici considérée comme une rupture de plan. Le signe éclate par défaut d'homogénéité : le signifiant et le signifié ne sont plus le recto et le verso d'une feuille de papier, pour reprendre la métaphore saussurienne - le découpage n'est pas isomorphe. Le principe de disproportion écarte aussi l'hypothèse de Sapir-Whorf, sans même faire intervenir le contact des langues.
3.7 Avant de mettre en tableau les caractères propres des composantes du modèle, on peut se pencher sur ce petit inventaire des "types de sens" dans une perspective analytique (qui est distincte de la mienne) :
Sens et sens
REM On peut ajouter le sens "accomodatice", signalé par Dupriez (v. Annexe sur la sémantique intuitive), qui est défini par l'Encyclopédie Universelle Larousse (EUL) comme le " sens donné à un texte de l'Écriture, absolument étranger à la pensée de l'auteur biblique et qui ne repose que sur une interprétation personnelle, parfois fantaisiste. " La même source définit le sens ainsi : ? ce que représente un mot, objet ou état auquel il réfère : Chercher le sens d'un mot dans le dictionnaire. (EUL).
Le sens et ses concurrents, souvent considérés comme constituants
3.7.0 Dans une étude que j'ai faite des "sens intuitifs", pour en dégager une "sémantique naturelle", c'est-à-dire "naïve", le recensement s'est arrêté à une soixantaine de sens de 'sens', dus en grande partie à ses cooccurrents, et où le terme 'acception' est généralement substituable. Cette perspective classificatrice n'a pas de généralité, même après réduction des doublons synonymiques et s'applique difficilement à chaque mot du lexique (au sens de {tous les mots}). En outre, la compétence du sujet-interprète serait particulièrement encombrée. Voici quelques exemples, parmi les plus motivés,
sens historique : " la préciosité, entendue au sens strict, c'est-à-dire historique, originel en quelque sorte "
sens impersonnel : sans sujet réel (d'origine syntaxique)
sens imprécis : ctr de précis ; général ; opposé à exact
sens insolite : cocasse/ludique (jeux de mots)
sens large : (acception la plus large) cf. lato sensu
sens littéral : pris strictement à la lettre ; littéral ~ propre ? figuré
sens mathématique : (au sens mathématique) opérateur de référence (domaine)
sens moderne : actuel/contemporain ctr de vieux/vieilli/archaïque
sens négatif : qui nie (ctr de positif) ; péjoratif =/= mélioratif
sens noble : opposé à bas (cf. relevé).
sens opposé : contraire/inverse/corrélatif/contraire/contradictoire
sens originel : qui vient de l'origine (cf. étymologique).
sens par extension : par application à d'autres objets (ctr de spécialisation)
sens particulier : opposé à général
REM Le sens "naïf" peut aller se loger dans une théorie, comme le montre la "sémantique conceptuelle" décrite par Jacques Lerot (1993), que le contenu ne gêne pas, pas plus que le fait que sa sémantique étudie les contenus (je cite) "indépendamment" de leurs formes d'expression. Ce tour de force est facilité par le fait que le contenu est un type de connaissances, les connaissances générales, c'est-à-dire " ce que nous savons ". Le passage du mot à l'énoncé se fait au moyen de la loi de compositionnalité de Gottlob Frege (1848-1925). Qui en retour ouvre la possibilité d'une analyse " compositionnelle " par le moyen de la déduction, où le schéma canonique de l'inférence est mis à contribution de curieuse façon : sous le nom de " déduction " on a affaire à une forme d'implication parasynonymique - " si la situation évolue, alors elle change. Encore un mot sur les conceptions naïves, préscientifiques ou parascientifiques du sens. Comme l'association entre son et intuition chez Ernest Renan (1823-1892), dans De l'origine du langage : " Le son devint ainsi un lien entre l'image obtenue par la vision et l'image conservée dans la mémoire " ou le fait que le lexicographe et éducateur Pierre Larousse (1817-1875) dans le Jardin des racines latines (1860) propose un sens prototypal avant la lettre et impressionniste, dans la tradition de l'étymologie : sens primitif qui persiste dans les variations, principe vital, nature intime, vraie signification première, " le sens du mot jaillit de sa décomposition même ", ou encore, à l'opposé, l'idée contemporaine et réductionniste d'une " idéologie traditionnelle du sens ('vraisemblance', 'lisibilité', 'expressivité' d'un sujet imaginaire, imaginaire parce que constitué comme une 'personne', etc.) " de Roland Barthes (un des initiateurs de l'idéologie ou contre-idéologie de la dérive polysémiste, où la lecture est un exercice de haute voltige entre paradigmes).
REM Sémantisation : néologisme dérivé de "sémantique", le suffixe -iser correspondant à une action sur un objet (transformation), ici les signes, ou être plus strictement saussurien, les signifiants, qui sont dotés de sens. Quand il s'agit d'unités linguistiques, lorsqu'elles sémantisent une autre unité, "sémantiser" veut dire "contribuer à son sens", c'est-à-dire qu'elles permettent d'inférer une partie du sens d'une forme inconnue ou peu connue (peu familière). Normalement la sémantisation suppose un sujet (c'est pourquoi le terme de "sémiocognitif " apparaît dans le texte), mais il s'agit d'un sujet comprenant, sur le modèle de "sujet parlant". Dans la réalité, les deux rôles peuvent être naturellement tenus par la même personne.
Même si la théorie en question ("théorie de la sémantisation", ou TS) désolidarise le signe saussurien, il faut en effet distinguer le rapport du signe à son sens, les rapports de sens à sens et les rapports des signes entre eux.
REM La dichotomie saussurienne est ici considérée comme une rupture de plan. Le signe éclate par défaut d'homogénéité : le signifiant et le signifié ne sont plus le recto et le verso d'une feuille de papier, pour reprendre la métaphore saussurienne - le découpage n'est pas isomorphe. Le principe de disproportion écarte aussi l'hypothèse de Sapir-Whorf, sans même faire intervenir le contact des langues.
3.7 Avant de mettre en tableau les caractères propres des composantes du modèle, on peut se pencher sur ce petit inventaire des "types de sens" dans une perspective analytique (qui est distincte de la mienne) :
Sens et sens
| désignation | valeur | exemple | remarque |
| sens concret | la réalité dénotée | calcul rénal | |
| sens abstrait | id. | calcul de tête | |
| sens propre | relation entre signe et réalité | cuisine propre | |
| sens figuré | id. | cuisine politique | |
| sens primitif | filiation intersigne | bureau (drap) | dit aussi étymologique |
| sens dérivé | id. | bureau (meuble) | |
| sens référentiel | représentation mentale du référent | chaise et fauteuil distingués par bras | sèmes descriptifs de Pottier |
| sens structurel | issu des rapports entre les signes du système | sur une chaise/dans un fauteuil | dit aussi relationnel /formel |
| sens/meaning | situation | Bloomfield | conditionnement |
| sens | rapport social concret | Prieto | |
| sens | concept | Saussure | axes |
| sens/matière | substance non sémiotiquement formée | Hjelmslev | |
| sens | compréhension | Chomsky/Katz | analytique |
| sens | "transcodage" | Greimas | axes |
REM On peut ajouter le sens "accomodatice", signalé par Dupriez (v. Annexe sur la sémantique intuitive), qui est défini par l'Encyclopédie Universelle Larousse (EUL) comme le " sens donné à un texte de l'Écriture, absolument étranger à la pensée de l'auteur biblique et qui ne repose que sur une interprétation personnelle, parfois fantaisiste. " La même source définit le sens ainsi : ? ce que représente un mot, objet ou état auquel il réfère : Chercher le sens d'un mot dans le dictionnaire. (EUL).
Le sens et ses concurrents, souvent considérés comme constituants
| Sens | linguistique et discursif | se décrit au moyen d'opérations et de relations entre signes et entre signes et éléments de sens |
| Référence | extralinguistique : rapport du signe au référent et à la chose perçue (situationnel et savoir) | a son propre domaine d'étude (la pragmatique) s'appuie sur la déixis (le, ce, etc.) qui renvoie hors discours |
| Signification | extralinguistique : rapport du signe au socio-culturel | représentée au niveau du sens par la connotation ; se manifeste sous forme d'opérateurs discursifs |
3.7.0 Dans une étude que j'ai faite des "sens intuitifs", pour en dégager une "sémantique naturelle", c'est-à-dire "naïve", le recensement s'est arrêté à une soixantaine de sens de 'sens', dus en grande partie à ses cooccurrents, et où le terme 'acception' est généralement substituable. Cette perspective classificatrice n'a pas de généralité, même après réduction des doublons synonymiques et s'applique difficilement à chaque mot du lexique (au sens de {tous les mots}). En outre, la compétence du sujet-interprète serait particulièrement encombrée. Voici quelques exemples, parmi les plus motivés,
sens historique : " la préciosité, entendue au sens strict, c'est-à-dire historique, originel en quelque sorte "
sens impersonnel : sans sujet réel (d'origine syntaxique)
sens imprécis : ctr de précis ; général ; opposé à exact
sens insolite : cocasse/ludique (jeux de mots)
sens large : (acception la plus large) cf. lato sensu
sens littéral : pris strictement à la lettre ; littéral ~ propre ? figuré
sens mathématique : (au sens mathématique) opérateur de référence (domaine)
sens moderne : actuel/contemporain ctr de vieux/vieilli/archaïque
sens négatif : qui nie (ctr de positif) ; péjoratif =/= mélioratif
sens noble : opposé à bas (cf. relevé).
sens opposé : contraire/inverse/corrélatif/contraire/contradictoire
sens originel : qui vient de l'origine (cf. étymologique).
sens par extension : par application à d'autres objets (ctr de spécialisation)
sens particulier : opposé à général
REM Le sens "naïf" peut aller se loger dans une théorie, comme le montre la "sémantique conceptuelle" décrite par Jacques Lerot (1993), que le contenu ne gêne pas, pas plus que le fait que sa sémantique étudie les contenus (je cite) "indépendamment" de leurs formes d'expression. Ce tour de force est facilité par le fait que le contenu est un type de connaissances, les connaissances générales, c'est-à-dire " ce que nous savons ". Le passage du mot à l'énoncé se fait au moyen de la loi de compositionnalité de Gottlob Frege (1848-1925). Qui en retour ouvre la possibilité d'une analyse " compositionnelle " par le moyen de la déduction, où le schéma canonique de l'inférence est mis à contribution de curieuse façon : sous le nom de " déduction " on a affaire à une forme d'implication parasynonymique - " si la situation évolue, alors elle change. Encore un mot sur les conceptions naïves, préscientifiques ou parascientifiques du sens. Comme l'association entre son et intuition chez Ernest Renan (1823-1892), dans De l'origine du langage : " Le son devint ainsi un lien entre l'image obtenue par la vision et l'image conservée dans la mémoire " ou le fait que le lexicographe et éducateur Pierre Larousse (1817-1875) dans le Jardin des racines latines (1860) propose un sens prototypal avant la lettre et impressionniste, dans la tradition de l'étymologie : sens primitif qui persiste dans les variations, principe vital, nature intime, vraie signification première, " le sens du mot jaillit de sa décomposition même ", ou encore, à l'opposé, l'idée contemporaine et réductionniste d'une " idéologie traditionnelle du sens ('vraisemblance', 'lisibilité', 'expressivité' d'un sujet imaginaire, imaginaire parce que constitué comme une 'personne', etc.) " de Roland Barthes (un des initiateurs de l'idéologie ou contre-idéologie de la dérive polysémiste, où la lecture est un exercice de haute voltige entre paradigmes).
3.3.05
Modèle sémantique (4)
3.4 L’hypothèse d’une seule opération fondamentale a le mérite de la simplicité et s’accommode de la nature hétérogène des conditions d’attribution. Je lui ai donné le nom de règle. Au début, après un certain flottement, celle-ci s’est inspirée par sa forme des règles phonologiques, mais aussi par la suite, conformément à son principe, des règles de production de la programmation logique; elle a même pris la forme des règles de production du langage de programmation logique Prolog. La suite de mon propos s’attardera sur les formes que peut prendre la règle et les conditions qui la contraignent, ainsi que sur les types de raisonnement (inférence) qui peuvent se tenir sur le modèle des relations structurant le lexique (interiorisé ou non).
3.4.1 L’idée d’un règle d’attribution de sens à une forme repousse la thèse structurale du sens dont se fait l’écho H. Bertaud du Chazaud qui est assez radical dans sa présentation de son dictionnaire de synonymes et contraires. Il affirme par exemple, que «un mot n’a pas de sens en soi, isolément, mais par la fréquence relative d’emploi dans un contexte». Cette idée est assez ancienne (cf. Pierre Guiraud), mais ne distingue pas la forme du sens. Elle repose en outre sur une abstraction, qui laisse entendre que le mot isolé puisse exister. La seule façon d’isoler un mot est de le prendre pour objet, dans un métalangage ; dès lors il n’est même plus «mot». Le «mot» (cf. Merde) a toujours un producteur et éventuellement un récepteur, qui peut être le producteur lui-même. De même le mot d’une liste appartient à cette liste (cf. les index). Le mot dictionnairique appartient à la nomenclature lemmatisée et précède sa définition et ses acceptions.
REM Lemmatiser ≝ donner à (un mot variable [accord, conjugaison, etc.] du discours) une forme canonique servant d'entrée de dictionnaire. Entrée ≝ Les entrées d'un dictionnaire : les mots faisant l'objet d'un article de dictionnaire. (PR).
3.4.2 La fréquence (d’ordre statistique : le nombre d’occurrences d’une forme dans un corpus) n’a que deux incidences sur le sens : l’ «usure» ou, mieux, la banalisation d’un sens donné et, du fait de son emploi (le fait de servir comme forme), son extension, par analogie, métaphore, métonymie, synecdoque (mécanismes de la polysémie, étudiés par Darmesteter et Bréal, et plus près de nous, Pottier et Lerat). La thèse de l’absence de sens dans l’isolement reporte sur le contexte le sens dont serait dépourvu le mot, mais le contexte n’est rien d’autre qu’un assemblage syntaxique de mots, qui seraient également, individuellement, «dépourvus de sens». À charge donc de «l’emploi» de déterminer le sens, mais on sait que rien ne permet d’affirmer qu’un énoncé produit a un sens en vertu de sa production (de l’emploi que l’énoncé fait des mots). Je substitue donc «opération» à «emploi».
REM Extension (au sens lexicologique) ≝ extension de sens, modification du sens d'un mot qui, par diverses associations d'idées, acquiert une plus grande polysémie. (EUL). Ce sens recoupe le sens logico-philosophique (définir par extension) du fait que l’on considère qu’une extension de sens étend à de nouveaux objets ou à une nouvelle classe d’objets la définition applicable à une première classe d’objets. Définition par extension, (≝) opération qui consiste à spécifier tous les objets ayant des caractéristiques qui tombent sous un concept, par opposition à la définition en compréhension. (EUL). Le PR fait d’ailleurs dériver l’une de l’autre : extension ≝ le fait d'acquérir une plus grande extension logique, de s'appliquer à plus d'objets (pour un mot). Par extension : par une application à d'autres objets (opposé à spécialisation).
3.4.3 Si la fréquence jouait un rôle plus déterminant dans le sens, les mots monosémiques n’aurait guère de sens, comme ‘opiler’ ou ‘gaster’ (pron. tère). Le verbe ‘opiler’ (s’il est reconnu) reçoit le sens d’{obstruer}, en médecine (PL11), cf. ‘désopiler’. Les attributions de sens sont fonction de conditions. Ici on fait intervenir le domaine (condition dénotative). On peut aussi, en-dessous, faire intervenir la forme propre du sens, le syntagme (␞ introduit une formulation de la règle) :
␞ ‘opiler’ ∁ ⌂[médecine] ⊢ {obstruer}␎
qui se lit : le mot ‘opiler’ dans le contexte [⌂ désigne le domaine] de la médecine reçoit le sens {obstruer}, ou, en suivant de plus près la notation «si opiler est employé en médecine, alors on infére qu’il a le sens d’obs-truer». Dans une notation parallèle, on aurait (si=∵, alors=∴) :
∵ opiler & ∵ médecine ∴ obstruer, soit
si a et si b, alors x. L’application est distincte d’un exemple ou d’une phrase-exemple). L’indice ␎ signale un sens opératoire, généralement entre accolades, comme tous les éléments de sens, tandis que les crochets en angle encadrent («isolent») une forme lexicale :
␞ ‘opiler’ ∁ ⊥ les conduits naturels ⊢ {obstruer}␎
REM Les symboles propres à la règle et aux relations seront plus amplement développés en 4, 5 et 6.
3.5 L’étymologie, longtemps considérée comme la concurrente de la sémantique au point qu’à la fin du XIXe siècle, un auteur anglo-saxon introduisant les travaux de Bréal les ait assimilées l'une à l'autre, fait partie des matériaux dont le sémanticien peut extraire le sens, sans toutefois la privilégier. La sémantique n’est pas la recherche du sens vrai ou original, ce qui reviendrait à prôner la monosémie. Une autre restriction importante s’applique à la sémantique telle que je l’ai développée sous le nom de «théorie sémantique opératoire» : le sens décrit n’est pas une propriété du mot (ou forme), mais la valeur (au sens de valeur d’une variable) que reçoit une forme dans un ensemble de circonstances données.
REM La thèse du prototype sémantique est une variante du courant (d’origine psychologique, semble-t-il, avec un relent béhavioriste) qui veut qu’il n’y ait ni polysémie ni homonymie, mais bien des «nuances» d’un seul sens par mot (fondamentalement monosémique). Concurremment, la thèse de la correspondance «one form / one meaning» a curieusement dominé les travaux anglo-saxons ; il faut dire qu’ils étaient axés sur la phrase, qui devenait parfois étonnamment «ambiguë». Georges Mounin l’attribue à André Martinet : «à chaque différence de sens correspond nécessairement une différence de forme». Il en fait une «règle» sur laquelle tous les linguistes s’entendent, alors qu’il s’agit d’une observation qui ne sert qu’à fonder la phonologie. C’est donc l’observation de l’équivalence de sens qui fonderait la sémantique pour elle-même.
3.5.1 L’étymologie précède, comme étude, la sémantique historique, et long-temps, on a cru bon de les assimiler, mais si la description du sens peut également se faire en synchronie (dans un état de langue donné, le plus souvent contemporain), le sens que l’on donnait à ‘boucher’ à l’origine devient alors une curiosité et non un facteur à prendre en compte, contrairement à une conception popularisée par les écrivains. Paul Claudel expliquait ‘connaissance’ par {naître} ⇄ {avec}. Ainsi à une époque, ‘sentiment’ et ‘sensation’ recevaient le même sens et le boucher signifiait ceci :
boucher ␃ {celui vend de la viande de bouc}
où ␃ est le signe d’une définition ou d’un sens étymologique
Un plaisantin pourrait faire remonter ‘boucher’ à ‘bouche’, par le biais de :
boucher ␃ {celui qui vend des provisions de bouche}
Ce qu’il faut retenir de l’étymologie, c’est que, contrairement à ce qu’elle affirme, elle n’est en aucun cas le «vrai» sens du mot, au rebours de sa propre étymologie : le mot ‘étymon’ du grec ‘etumos’ {vrai} (cf. aléth-). En fait, l’évolution du sens du mot ‘étymologie’ est un bon exemple de changement historique (diachronique) du sens, où {origine} a succédé à {vérité}. Bien entendu, il n’y a apriori aucun sens «vrai» d’un mot (il s'agit d'une interprétation), sauf à vouloir convaincre ou comme artifice stylistique, cf. ‘à dire vrai’, v. 8.7, sur les opérateurs.
3.4.1 L’idée d’un règle d’attribution de sens à une forme repousse la thèse structurale du sens dont se fait l’écho H. Bertaud du Chazaud qui est assez radical dans sa présentation de son dictionnaire de synonymes et contraires. Il affirme par exemple, que «un mot n’a pas de sens en soi, isolément, mais par la fréquence relative d’emploi dans un contexte». Cette idée est assez ancienne (cf. Pierre Guiraud), mais ne distingue pas la forme du sens. Elle repose en outre sur une abstraction, qui laisse entendre que le mot isolé puisse exister. La seule façon d’isoler un mot est de le prendre pour objet, dans un métalangage ; dès lors il n’est même plus «mot». Le «mot» (cf. Merde) a toujours un producteur et éventuellement un récepteur, qui peut être le producteur lui-même. De même le mot d’une liste appartient à cette liste (cf. les index). Le mot dictionnairique appartient à la nomenclature lemmatisée et précède sa définition et ses acceptions.
REM Lemmatiser ≝ donner à (un mot variable [accord, conjugaison, etc.] du discours) une forme canonique servant d'entrée de dictionnaire. Entrée ≝ Les entrées d'un dictionnaire : les mots faisant l'objet d'un article de dictionnaire. (PR).
3.4.2 La fréquence (d’ordre statistique : le nombre d’occurrences d’une forme dans un corpus) n’a que deux incidences sur le sens : l’ «usure» ou, mieux, la banalisation d’un sens donné et, du fait de son emploi (le fait de servir comme forme), son extension, par analogie, métaphore, métonymie, synecdoque (mécanismes de la polysémie, étudiés par Darmesteter et Bréal, et plus près de nous, Pottier et Lerat). La thèse de l’absence de sens dans l’isolement reporte sur le contexte le sens dont serait dépourvu le mot, mais le contexte n’est rien d’autre qu’un assemblage syntaxique de mots, qui seraient également, individuellement, «dépourvus de sens». À charge donc de «l’emploi» de déterminer le sens, mais on sait que rien ne permet d’affirmer qu’un énoncé produit a un sens en vertu de sa production (de l’emploi que l’énoncé fait des mots). Je substitue donc «opération» à «emploi».
REM Extension (au sens lexicologique) ≝ extension de sens, modification du sens d'un mot qui, par diverses associations d'idées, acquiert une plus grande polysémie. (EUL). Ce sens recoupe le sens logico-philosophique (définir par extension) du fait que l’on considère qu’une extension de sens étend à de nouveaux objets ou à une nouvelle classe d’objets la définition applicable à une première classe d’objets. Définition par extension, (≝) opération qui consiste à spécifier tous les objets ayant des caractéristiques qui tombent sous un concept, par opposition à la définition en compréhension. (EUL). Le PR fait d’ailleurs dériver l’une de l’autre : extension ≝ le fait d'acquérir une plus grande extension logique, de s'appliquer à plus d'objets (pour un mot). Par extension : par une application à d'autres objets (opposé à spécialisation).
3.4.3 Si la fréquence jouait un rôle plus déterminant dans le sens, les mots monosémiques n’aurait guère de sens, comme ‘opiler’ ou ‘gaster’ (pron. tère). Le verbe ‘opiler’ (s’il est reconnu) reçoit le sens d’{obstruer}, en médecine (PL11), cf. ‘désopiler’. Les attributions de sens sont fonction de conditions. Ici on fait intervenir le domaine (condition dénotative). On peut aussi, en-dessous, faire intervenir la forme propre du sens, le syntagme (␞ introduit une formulation de la règle) :
␞ ‘opiler’ ∁ ⌂[médecine] ⊢ {obstruer}␎
qui se lit : le mot ‘opiler’ dans le contexte [⌂ désigne le domaine] de la médecine reçoit le sens {obstruer}, ou, en suivant de plus près la notation «si opiler est employé en médecine, alors on infére qu’il a le sens d’obs-truer». Dans une notation parallèle, on aurait (si=∵, alors=∴) :
∵ opiler & ∵ médecine ∴ obstruer, soit
si a et si b, alors x. L’application est distincte d’un exemple ou d’une phrase-exemple). L’indice ␎ signale un sens opératoire, généralement entre accolades, comme tous les éléments de sens, tandis que les crochets en angle encadrent («isolent») une forme lexicale :
␞ ‘opiler’ ∁ ⊥ les conduits naturels ⊢ {obstruer}␎
REM Les symboles propres à la règle et aux relations seront plus amplement développés en 4, 5 et 6.
3.5 L’étymologie, longtemps considérée comme la concurrente de la sémantique au point qu’à la fin du XIXe siècle, un auteur anglo-saxon introduisant les travaux de Bréal les ait assimilées l'une à l'autre, fait partie des matériaux dont le sémanticien peut extraire le sens, sans toutefois la privilégier. La sémantique n’est pas la recherche du sens vrai ou original, ce qui reviendrait à prôner la monosémie. Une autre restriction importante s’applique à la sémantique telle que je l’ai développée sous le nom de «théorie sémantique opératoire» : le sens décrit n’est pas une propriété du mot (ou forme), mais la valeur (au sens de valeur d’une variable) que reçoit une forme dans un ensemble de circonstances données.
REM La thèse du prototype sémantique est une variante du courant (d’origine psychologique, semble-t-il, avec un relent béhavioriste) qui veut qu’il n’y ait ni polysémie ni homonymie, mais bien des «nuances» d’un seul sens par mot (fondamentalement monosémique). Concurremment, la thèse de la correspondance «one form / one meaning» a curieusement dominé les travaux anglo-saxons ; il faut dire qu’ils étaient axés sur la phrase, qui devenait parfois étonnamment «ambiguë». Georges Mounin l’attribue à André Martinet : «à chaque différence de sens correspond nécessairement une différence de forme». Il en fait une «règle» sur laquelle tous les linguistes s’entendent, alors qu’il s’agit d’une observation qui ne sert qu’à fonder la phonologie. C’est donc l’observation de l’équivalence de sens qui fonderait la sémantique pour elle-même.
3.5.1 L’étymologie précède, comme étude, la sémantique historique, et long-temps, on a cru bon de les assimiler, mais si la description du sens peut également se faire en synchronie (dans un état de langue donné, le plus souvent contemporain), le sens que l’on donnait à ‘boucher’ à l’origine devient alors une curiosité et non un facteur à prendre en compte, contrairement à une conception popularisée par les écrivains. Paul Claudel expliquait ‘connaissance’ par {naître} ⇄ {avec}. Ainsi à une époque, ‘sentiment’ et ‘sensation’ recevaient le même sens et le boucher signifiait ceci :
boucher ␃ {celui vend de la viande de bouc}
où ␃ est le signe d’une définition ou d’un sens étymologique
Un plaisantin pourrait faire remonter ‘boucher’ à ‘bouche’, par le biais de :
boucher ␃ {celui qui vend des provisions de bouche}
Ce qu’il faut retenir de l’étymologie, c’est que, contrairement à ce qu’elle affirme, elle n’est en aucun cas le «vrai» sens du mot, au rebours de sa propre étymologie : le mot ‘étymon’ du grec ‘etumos’ {vrai} (cf. aléth-). En fait, l’évolution du sens du mot ‘étymologie’ est un bon exemple de changement historique (diachronique) du sens, où {origine} a succédé à {vérité}. Bien entendu, il n’y a apriori aucun sens «vrai» d’un mot (il s'agit d'une interprétation), sauf à vouloir convaincre ou comme artifice stylistique, cf. ‘à dire vrai’, v. 8.7, sur les opérateurs.
2.3.05
Modèle sémantique (3)
3.3.2 Un moyen indirect de démontrer la distinction à faire entre sens et référence m’est donné accessoirement par Denis Creissels qui, après avoir parlé de complétude syntaxique, cherche à la distinguer d’une autonomie ou autosuffisance sémantique, qu’il refuse à un énoncé (je souligne, car en tout état de cause il lui manque son énonciateur) comme celui-ci :
Ex. il part demain
En tant qu’énoncé comme versant linguistique d’un acte d’énonciation, il est vrai que le signe «il» et le signe «demain» recevront une valeur référentielle distincte en fonction d’une situation donnée (Creissels dit «contexte», comme le fait la langue courante), mais cette situation devra également comporter un minimum de deux personnes, et, s’il s’agit d’une troisième personne (au lieu d’une chose, cf. un colis qui peut être envoyé), celle dont il est question devra en outre être de sexe masculin ou passer pour tel. Si je ne vous épargne pas les détails, c’est bien pour montrer que le sens n’a pas pour objet de concurrencer le réel, alors que Creissels semble l’y contraindre. En réalité, toute personne parlant français comprend cette phrase sans l’aide d’une situation. Dans l’optique de Creissels (il est syntacticien), «part» devrait également être facteur de non autonomie sémantique, puisque l’endroit (que l’on quitte) va changer avec l’énonciation. Il est clair qu’engager la sémantique sur cette voie (qui est celle de la pragmatique) revient à vouloir recenser chaque «parole» et dénier toute généralité au langage qui devient un puzzle à reconstituer à chaque production phonique ou écrite (un retour inopiné à la créativité chomskyenne prise au pied de la lettre). Si je me suis rapproché de l’héraclitéisme en révoquant en doute le signe saussurien, et en faisant du sens quelque chose qui n’est pas donné, je ne suis pas prêt à épouser les thèses vertigineuses de la SG (Sémantique générale), où chaque signe est un nouveau signe, ce qui obligerait à interpréter
␞ signe ∁ chaque ⊥
différemment de
␞ signe ∁ nouveau ⊥).
Chaque signe est un nouveau signe : signe et signe’ (prime). «signe ∁ chaque ⊥» se lit «le mot signe dans le contexte après chaque»
il
représente un nom masculin qui vient d'être exprimé ou qui va suivre
PR. REM ou qui est isolé dans une situation (moi)
part
se mettre en mouvement pour quitter un lieu Id.
demain
Le jour suivant immédiatement celui où l'on parle, ou celui où est censée parler la personne dont on rapporte les paroles. Id.
REM 1 La raison qui nous ferait adopter le point de vue de Creissels tient à un trucage : les pronoms et les adverbes de temps et lieu sont des déictiques (embrayeurs [shifters] de Jespersen-Jakobson), c'est-à-dire qu’ils flèchent les éléments d’une situation donnée ; ils ont cette propriété de varier au gré des énoncés et des discours, mais uniquement dans leur référence. Notons toutefois que cet exemple permet inversement de démontrer l’autonomie du domaine du sens. Certains mots ont aussi cette propriété : «National» a cette particularité (nonobstant son sens ≝ qui appartient à une nation) : sa disproportion signique est telle qu’il a une labilité analogue à celle d’un pronom ou d’un adverbe. Ex. Front national.
REM 2 Note terminologique : c’est sous l’influence de la programmation logique (dont le modèle est logico-mathématique) que j’emploie et que j’ai employé le terme de ‘valeur’, au sens de {valeur d’une variable}. C’est donc un sens technique ; quant au sens de valeur dans le syntagme paramétrique ‘jugement de valeur’, il s’agit d’un emploi classique, au sens axiologique.
3.3.3 Il existe en outre quantité d’expressions, fonction de l’actualité ou de l’expérience vécue, dont le sens est minimal et la référence confuse, mais dont le poids significatif (généralement idéologique) est écrasant. Je songe ici à «guerre sainte», par exemple. Ce n’est pas un phénomène rare que de voir la doxologie ou l’idéologie d’un mot se substituer au sens relativement neutre qu’il pourrait avoir. On se souviendra du succès suspect du terme de démocratie, souvent associé à «populaire», dont le sort est analogue. ‘galère’ au sens de (noté ‘≍’) {misère} a connu un tel succès que je l’ai même entendu employé à propos d’un skipper de catamaran qui avait joué de malchance.
3.3.4 L’axiologie se glisse même dans les définitions des meilleurs dictionnaires : pourquoi Robert fait-il du sens une idée intelligible alors qu’un sens peut ne pas l’être? doit-on vraiment croire que «le mot évoque (≭{rappeler à la mémoire} un concept ?» ≭ signifie {pas au sens de}.
REM Les symboles qui commencent à faire leur apparition sont destinés à assurer une monosémie et non à formaliser la langue. Le choix du symbole de l’asymptote pour «au sens de» n’est pas innocent : la valeur de sens apparaissant entre accolades {…} est considérée comme une approximation. Sa négation ‘≭’ introduit une équivalence écartée.
3.3.4.1 Ces interférences doxo-idéologiques ne doivent pas décourager le sémanticien. Le sens, la référence et la signification sont des valeurs attribuées à des segments de discours et qui leur sont substituables. La définition classique doit être écartée dans un modèle de compréhension, ne fût-ce qu’en raison des contraintes de mémoire. La référence tend également à se concentrer sur le syntagme, avec pour expansion propre ce que Russell a nommé la «description définie» : «l’astre qui nous éclaire». La signification, elle, peut s’appliquer à des ensembles plus larges, comme les énoncés et même tout un discours donné.
REM La description définie est un schéma syntagmatique où le nom est déterminé au moins par un article ou un possessif, mais plus généralement par une expansion relative (dont tu parles, que nous devons prendre, qui est à moi, que j’ai acheté, qui vient de partir). Ce type d’expression présuppose un référent qu’il prétend décrire et ouvre un univers de discours (imaginaire — les habitants de Mars — ou non — les enfants de votre voisine).
3.3.4.2 La distinction sens\signification que je postule a le mérite de pouvoir s’appliquer au même objet : dans la terminologie adoptée ici le mot peut très bien avoir une signification, et on peut même avancer que certains n’ont que cela, c'est-à-dire une telle charge de valeurs parasites qu’ils sont impossibles à définir hors d’un ordre idéologique ou axio-sentimental/expérienciel.
3.3.5 Les progrès de la lexicographie ont réduit la part de subjectivité qui caractérise le jugement se mêlant à la définition du lexicographe. Il reste toutefois les «appréciatifs», dont le repérage contradictoire se fait par leur «indifférence» contextuelle. J’écarte naturellement l’anthropomorphisme à l’envers de comparaisons et de locutions comme «dormir comme un loir», une «faim de loup», etc. Les remarques sur l’usage que l’on rencontre dans les dictionnaires transposent le modèle prescriptif d’une norme : «impardonnable ne se dit que des choses» (DQ). Sont du même ordre les définitions de termes religieux : impanation ≝ «… [suivant l’opinion de Luther] / [doctrine luthérienne]». Le signe ≝ introduit, je le rappelle, une définition.
Ex. il part demain
En tant qu’énoncé comme versant linguistique d’un acte d’énonciation, il est vrai que le signe «il» et le signe «demain» recevront une valeur référentielle distincte en fonction d’une situation donnée (Creissels dit «contexte», comme le fait la langue courante), mais cette situation devra également comporter un minimum de deux personnes, et, s’il s’agit d’une troisième personne (au lieu d’une chose, cf. un colis qui peut être envoyé), celle dont il est question devra en outre être de sexe masculin ou passer pour tel. Si je ne vous épargne pas les détails, c’est bien pour montrer que le sens n’a pas pour objet de concurrencer le réel, alors que Creissels semble l’y contraindre. En réalité, toute personne parlant français comprend cette phrase sans l’aide d’une situation. Dans l’optique de Creissels (il est syntacticien), «part» devrait également être facteur de non autonomie sémantique, puisque l’endroit (que l’on quitte) va changer avec l’énonciation. Il est clair qu’engager la sémantique sur cette voie (qui est celle de la pragmatique) revient à vouloir recenser chaque «parole» et dénier toute généralité au langage qui devient un puzzle à reconstituer à chaque production phonique ou écrite (un retour inopiné à la créativité chomskyenne prise au pied de la lettre). Si je me suis rapproché de l’héraclitéisme en révoquant en doute le signe saussurien, et en faisant du sens quelque chose qui n’est pas donné, je ne suis pas prêt à épouser les thèses vertigineuses de la SG (Sémantique générale), où chaque signe est un nouveau signe, ce qui obligerait à interpréter
␞ signe ∁ chaque ⊥
différemment de
␞ signe ∁ nouveau ⊥).
Chaque signe est un nouveau signe : signe et signe’ (prime). «signe ∁ chaque ⊥» se lit «le mot signe dans le contexte après chaque»
il
représente un nom masculin qui vient d'être exprimé ou qui va suivre
PR. REM ou qui est isolé dans une situation (moi)
part
se mettre en mouvement pour quitter un lieu Id.
demain
Le jour suivant immédiatement celui où l'on parle, ou celui où est censée parler la personne dont on rapporte les paroles. Id.
REM 1 La raison qui nous ferait adopter le point de vue de Creissels tient à un trucage : les pronoms et les adverbes de temps et lieu sont des déictiques (embrayeurs [shifters] de Jespersen-Jakobson), c'est-à-dire qu’ils flèchent les éléments d’une situation donnée ; ils ont cette propriété de varier au gré des énoncés et des discours, mais uniquement dans leur référence. Notons toutefois que cet exemple permet inversement de démontrer l’autonomie du domaine du sens. Certains mots ont aussi cette propriété : «National» a cette particularité (nonobstant son sens ≝ qui appartient à une nation) : sa disproportion signique est telle qu’il a une labilité analogue à celle d’un pronom ou d’un adverbe. Ex. Front national.
REM 2 Note terminologique : c’est sous l’influence de la programmation logique (dont le modèle est logico-mathématique) que j’emploie et que j’ai employé le terme de ‘valeur’, au sens de {valeur d’une variable}. C’est donc un sens technique ; quant au sens de valeur dans le syntagme paramétrique ‘jugement de valeur’, il s’agit d’un emploi classique, au sens axiologique.
3.3.3 Il existe en outre quantité d’expressions, fonction de l’actualité ou de l’expérience vécue, dont le sens est minimal et la référence confuse, mais dont le poids significatif (généralement idéologique) est écrasant. Je songe ici à «guerre sainte», par exemple. Ce n’est pas un phénomène rare que de voir la doxologie ou l’idéologie d’un mot se substituer au sens relativement neutre qu’il pourrait avoir. On se souviendra du succès suspect du terme de démocratie, souvent associé à «populaire», dont le sort est analogue. ‘galère’ au sens de (noté ‘≍’) {misère} a connu un tel succès que je l’ai même entendu employé à propos d’un skipper de catamaran qui avait joué de malchance.
3.3.4 L’axiologie se glisse même dans les définitions des meilleurs dictionnaires : pourquoi Robert fait-il du sens une idée intelligible alors qu’un sens peut ne pas l’être? doit-on vraiment croire que «le mot évoque (≭{rappeler à la mémoire} un concept ?» ≭ signifie {pas au sens de}.
REM Les symboles qui commencent à faire leur apparition sont destinés à assurer une monosémie et non à formaliser la langue. Le choix du symbole de l’asymptote pour «au sens de» n’est pas innocent : la valeur de sens apparaissant entre accolades {…} est considérée comme une approximation. Sa négation ‘≭’ introduit une équivalence écartée.
3.3.4.1 Ces interférences doxo-idéologiques ne doivent pas décourager le sémanticien. Le sens, la référence et la signification sont des valeurs attribuées à des segments de discours et qui leur sont substituables. La définition classique doit être écartée dans un modèle de compréhension, ne fût-ce qu’en raison des contraintes de mémoire. La référence tend également à se concentrer sur le syntagme, avec pour expansion propre ce que Russell a nommé la «description définie» : «l’astre qui nous éclaire». La signification, elle, peut s’appliquer à des ensembles plus larges, comme les énoncés et même tout un discours donné.
REM La description définie est un schéma syntagmatique où le nom est déterminé au moins par un article ou un possessif, mais plus généralement par une expansion relative (dont tu parles, que nous devons prendre, qui est à moi, que j’ai acheté, qui vient de partir). Ce type d’expression présuppose un référent qu’il prétend décrire et ouvre un univers de discours (imaginaire — les habitants de Mars — ou non — les enfants de votre voisine).
3.3.4.2 La distinction sens\signification que je postule a le mérite de pouvoir s’appliquer au même objet : dans la terminologie adoptée ici le mot peut très bien avoir une signification, et on peut même avancer que certains n’ont que cela, c'est-à-dire une telle charge de valeurs parasites qu’ils sont impossibles à définir hors d’un ordre idéologique ou axio-sentimental/expérienciel.
3.3.5 Les progrès de la lexicographie ont réduit la part de subjectivité qui caractérise le jugement se mêlant à la définition du lexicographe. Il reste toutefois les «appréciatifs», dont le repérage contradictoire se fait par leur «indifférence» contextuelle. J’écarte naturellement l’anthropomorphisme à l’envers de comparaisons et de locutions comme «dormir comme un loir», une «faim de loup», etc. Les remarques sur l’usage que l’on rencontre dans les dictionnaires transposent le modèle prescriptif d’une norme : «impardonnable ne se dit que des choses» (DQ). Sont du même ordre les définitions de termes religieux : impanation ≝ «… [suivant l’opinion de Luther] / [doctrine luthérienne]». Le signe ≝ introduit, je le rappelle, une définition.
1.3.05
Modèle sémantique (2)
3.2 L’usage a voulu que le terme de mot (constituant principal du syntagme) soit remplacé par l’expression «unité lexicale» ou parfois par «lexème» ou «lexie». Pour un sémanticien, en fait, rien ne s’oppose à l’emploi du terme «mot», à condition de se souvenir qu’il ne s’agit pas des mots-outils qui sont eux des opérateurs grammaticaux (déterminants, relateurs). Lorsqu’il faut distinguer le mot de son sens, je recours le plus souvent au terme de forme, au sens de forme linguistique, c'est-à-dire acoustique ou graphique.
3.2.1 Le signe est donc dans la perspective adoptée ici non pas l’asso-cia-tion d’un signifié à un signifiant, mais d’un sens à une forme. Le mot est alors l’équivalent approximatif de signe, compte tenu du fait qu’il a, dans le discours, la forme du syntagme, sauf dans le cas des noms propres, mais on peut considérer le prénom comme le cooccurrent du nom de famille. En outre, dans cette même perspective «opérationnelle», a priori, n’importe quel sens peut s’associer à n’importe quelle forme, en raison du traitement qui en est fait dans son interprétation.
3.2.1.1 J’ai donc choisi de parler de «sens» et non de «contenu» ou de «signification» (réservée à la phase finale de l’interprétation). L’exclusion de chacun de ces termes ne s’est pas faite pour les mêmes raisons. Le «contenu» est écarté, car il suppose un «contenant», même figuré. La signification est repoussée, parce qu’elle s’applique à autre chose, malgré les définitions contradictoires des dictionnaires, comme on l’a vu.
3.2.1.2 Le sens (au sens strict de mon propos) n’a en outre rien à voir, je le rappelle, avec l’opinion que nous nous faisons de celui qui parle, ni, dans un premier temps, de ce qu'il dit, pas plus de ce qu’il fait (phase de signification). L’opinion n’est ni généralisable ni reproductible, pas plus qu’elle n’est vérifiable (et à peine citable, malgré son apparent caractère collectif). Même le sens intentionnel que Pottier (1987) place en amont et en aval n’est pas un sens opératoirement vérifiable. Les in-tentions d’un locuteur (les raisons qu’il a de parler) ne peuvent être que l’objet de spéculations de la part du sujet comprenant, car même quand le locuteur les expose, c’est sous forme d’une chaîne sonore ou graphique qu’il importe d’abord de sémantiser. En outre, la situation, notée ‘␏’, plus loin, n’a pas d’unité, même dans la synchronie. Un lieu comme la rue permet d’envisager la multiplicité des événements qui peuvent être identifiés comme situation.
3.2.1.3 Première constatation importante : le sens n’est pas communiqué. Reprocher à qqn ce qu’il a dit revient à lui faire un procès d’intention. Ce qui est compris n’est pas ce qui est dit, même par celui qui le dit et l’interprète ensuite. En fin de compte, l’interprétation d’un énoncé (sonore ou graphique) est du ressort du «récepteur» du «signal», pour emprunter paradoxalement le langage des communications. Le terme de «message» n’a aucune raison d’être en sémantique, contrairement à ce que j’ai pu soutenir en 1979, à propos de la lecture. Je ne signalerai jamais assez souvent le fait que le sens n’est pas transmis, qu’il ne «passe» pas d’un locuteur à l’autre. Le «canal» (l’air) transmet un signal acoustique et rien d’autre. Il y a dans la situation langagière une relation d’opacité sémantique. On voit souvent le sens assimilé aux attentes liées à une situation. La définition fruste du PL97, soit ≝ «ensemble des représentations que suggère un mot, un énoncé ; signification», comparée aux élaborations des autres acceptions a quelque chose d’inquiétant, qui pousserait à croire que le sens soit affaire d’imagination.
REM L’intention de celui qui parle peut faire l’objet de spéculations philosophiques, mais un sémanticien n’a pas d’intérêt particulier à présupposer que la communication doive être privilégiée. À la rigueur celui qui parle ou écrit peut penser, au sens «d’avoir une activité cérébrale», mais à proprement parler le sens n’existe pas à ce stade, et la pensée comme telle n’est pas obligatoire. Pour se comprendre lui-même, le sujet producteur du discours doit devenir récepteur de son propre discours. On ne parlera pas non plus de décodage pour le sens, car ce serait supposer un encodage. On peut le supposer pour les formes (le signifiant). Les formes gagnent à être communes (partagées), mais rien ne garantit qu’elles le soient. Le «code» est une métaphore ou un vœu pieux. Si le producteur du discours ne maîtrise pas le sens de l’expression «à l’instar de» ou du mot «tabellion», comment pourra-t-il assurer son «décodage» correct sur le versant de l’interprétation ? Dans l’échange verbal, il se peut que l’un demande à l’autre, «qu’est-ce que tu veux dire par X ?» (avec le corollaire «je ne crois pas avoir dit Y»), ou «qu’est-ce que c’est qu’un Z ?», ex. «la Rome française» ou bien «procès».
3.2.2 Cette «liberté» (je dis «labilité») d’éléments habituellement considérés comme solidaires vient d’horizons différents : de la diachronie (le sens dans le temps), de la polydésignation des embrayeurs (pronoms et adverbes) en grammaire, du fait que le mot désigne une classe d’objets, même si je ne pense qu’à un cheval particulier) et des notions classiques de polysémie et d’homonymie, ainsi que la stratégie discursive de l’antiphrase et du jeu de mots. Bréal, le fondateur de la sémantique, avait déjà noté la «disproportion» du signe.
3.3 Dans la première phase de traitement, qui est strictement sémantique, la forme reçoit un sens, à l’issue d’une opération, après l’application d’une condition au moins. J’aborderai la nature et le mécanisme de cette opération en détail en 5. Retenons pour l’instant qu’un mot, isolé ou au sein d’une phrase, n’a pas, à proprement parler, de sens. La forme (acoustique ou graphique) reconnue reçoit un sens qui lui est donné par le sujet récepteur interprète du message, au terme d’une opération d’inférence. Le Larousse (version électronique, PL97) définit l’inférence : «Opération intellectuelle par laquelle on passe d'une vérité à une autre vérité, jugée telle en raison de son lien avec la première.» La déduction est une inférence. Ce «lien» constitue le paradigme des conditions. La première convention que j’avais adoptée pour l’inférence s’inspirait d’un artifice de la logicienne américaine Suzanne K. Langer (1937), =int, soit «égale par interprétation», et du signe de l’attribution de valeur dans certains langages formels [cf. Moreau (1975)], ce qui donnait : ‘:=’, soit deux-points égale.
3.3.0 Dans la seconde phase, une opération analogue attribue à cette forme-sens un référent, toujours fonction d’une condition au moins. Ce référent, dans une conversation ou une lecture, peut être réel, conceptuel ou imaginaire, ou encore «relaté», dans le cas d’une anecdote vécue et rapportée. Toutefois, quelle que soit sa nature, il sera intégré dans un référentiel qui possède ses coordonnées, dont les principales sont le temps et le lieu. C’est sur le référentiel que s’exerce la troisième phase qui comporte ses propres repères pour aboutir à la signification.
3.3.1 Cette répartition en trois phases rend compte de la difficulté qu’il y a à définir le sens. Sa définition par l’idée ou le concept escamote en réalité le niveau sémantique pour passer immédiatement à la désignation (le concept appartient à l’expérience intellectuelle). D’autre part, la définition elle-même combine des éléments sémantiques et des éléments de jugement de valeur. Enfin, certaines formes, qui peuvent être définies métalinguistiquement, n’ont en définitive pas de sens à proprement parler. L’article, le pronom sujet ou complément, etc. n’ont qu’une référence, soit au discours, soit extralinguistique. Ces éléments passent donc directement en deuxième phase, avec ou sans manipulation paraphrastique.
3.2.1 Le signe est donc dans la perspective adoptée ici non pas l’asso-cia-tion d’un signifié à un signifiant, mais d’un sens à une forme. Le mot est alors l’équivalent approximatif de signe, compte tenu du fait qu’il a, dans le discours, la forme du syntagme, sauf dans le cas des noms propres, mais on peut considérer le prénom comme le cooccurrent du nom de famille. En outre, dans cette même perspective «opérationnelle», a priori, n’importe quel sens peut s’associer à n’importe quelle forme, en raison du traitement qui en est fait dans son interprétation.
3.2.1.1 J’ai donc choisi de parler de «sens» et non de «contenu» ou de «signification» (réservée à la phase finale de l’interprétation). L’exclusion de chacun de ces termes ne s’est pas faite pour les mêmes raisons. Le «contenu» est écarté, car il suppose un «contenant», même figuré. La signification est repoussée, parce qu’elle s’applique à autre chose, malgré les définitions contradictoires des dictionnaires, comme on l’a vu.
3.2.1.2 Le sens (au sens strict de mon propos) n’a en outre rien à voir, je le rappelle, avec l’opinion que nous nous faisons de celui qui parle, ni, dans un premier temps, de ce qu'il dit, pas plus de ce qu’il fait (phase de signification). L’opinion n’est ni généralisable ni reproductible, pas plus qu’elle n’est vérifiable (et à peine citable, malgré son apparent caractère collectif). Même le sens intentionnel que Pottier (1987) place en amont et en aval n’est pas un sens opératoirement vérifiable. Les in-tentions d’un locuteur (les raisons qu’il a de parler) ne peuvent être que l’objet de spéculations de la part du sujet comprenant, car même quand le locuteur les expose, c’est sous forme d’une chaîne sonore ou graphique qu’il importe d’abord de sémantiser. En outre, la situation, notée ‘␏’, plus loin, n’a pas d’unité, même dans la synchronie. Un lieu comme la rue permet d’envisager la multiplicité des événements qui peuvent être identifiés comme situation.
3.2.1.3 Première constatation importante : le sens n’est pas communiqué. Reprocher à qqn ce qu’il a dit revient à lui faire un procès d’intention. Ce qui est compris n’est pas ce qui est dit, même par celui qui le dit et l’interprète ensuite. En fin de compte, l’interprétation d’un énoncé (sonore ou graphique) est du ressort du «récepteur» du «signal», pour emprunter paradoxalement le langage des communications. Le terme de «message» n’a aucune raison d’être en sémantique, contrairement à ce que j’ai pu soutenir en 1979, à propos de la lecture. Je ne signalerai jamais assez souvent le fait que le sens n’est pas transmis, qu’il ne «passe» pas d’un locuteur à l’autre. Le «canal» (l’air) transmet un signal acoustique et rien d’autre. Il y a dans la situation langagière une relation d’opacité sémantique. On voit souvent le sens assimilé aux attentes liées à une situation. La définition fruste du PL97, soit ≝ «ensemble des représentations que suggère un mot, un énoncé ; signification», comparée aux élaborations des autres acceptions a quelque chose d’inquiétant, qui pousserait à croire que le sens soit affaire d’imagination.
REM L’intention de celui qui parle peut faire l’objet de spéculations philosophiques, mais un sémanticien n’a pas d’intérêt particulier à présupposer que la communication doive être privilégiée. À la rigueur celui qui parle ou écrit peut penser, au sens «d’avoir une activité cérébrale», mais à proprement parler le sens n’existe pas à ce stade, et la pensée comme telle n’est pas obligatoire. Pour se comprendre lui-même, le sujet producteur du discours doit devenir récepteur de son propre discours. On ne parlera pas non plus de décodage pour le sens, car ce serait supposer un encodage. On peut le supposer pour les formes (le signifiant). Les formes gagnent à être communes (partagées), mais rien ne garantit qu’elles le soient. Le «code» est une métaphore ou un vœu pieux. Si le producteur du discours ne maîtrise pas le sens de l’expression «à l’instar de» ou du mot «tabellion», comment pourra-t-il assurer son «décodage» correct sur le versant de l’interprétation ? Dans l’échange verbal, il se peut que l’un demande à l’autre, «qu’est-ce que tu veux dire par X ?» (avec le corollaire «je ne crois pas avoir dit Y»), ou «qu’est-ce que c’est qu’un Z ?», ex. «la Rome française» ou bien «procès».
3.2.2 Cette «liberté» (je dis «labilité») d’éléments habituellement considérés comme solidaires vient d’horizons différents : de la diachronie (le sens dans le temps), de la polydésignation des embrayeurs (pronoms et adverbes) en grammaire, du fait que le mot désigne une classe d’objets, même si je ne pense qu’à un cheval particulier) et des notions classiques de polysémie et d’homonymie, ainsi que la stratégie discursive de l’antiphrase et du jeu de mots. Bréal, le fondateur de la sémantique, avait déjà noté la «disproportion» du signe.
3.3 Dans la première phase de traitement, qui est strictement sémantique, la forme reçoit un sens, à l’issue d’une opération, après l’application d’une condition au moins. J’aborderai la nature et le mécanisme de cette opération en détail en 5. Retenons pour l’instant qu’un mot, isolé ou au sein d’une phrase, n’a pas, à proprement parler, de sens. La forme (acoustique ou graphique) reconnue reçoit un sens qui lui est donné par le sujet récepteur interprète du message, au terme d’une opération d’inférence. Le Larousse (version électronique, PL97) définit l’inférence : «Opération intellectuelle par laquelle on passe d'une vérité à une autre vérité, jugée telle en raison de son lien avec la première.» La déduction est une inférence. Ce «lien» constitue le paradigme des conditions. La première convention que j’avais adoptée pour l’inférence s’inspirait d’un artifice de la logicienne américaine Suzanne K. Langer (1937), =int, soit «égale par interprétation», et du signe de l’attribution de valeur dans certains langages formels [cf. Moreau (1975)], ce qui donnait : ‘:=’, soit deux-points égale.
3.3.0 Dans la seconde phase, une opération analogue attribue à cette forme-sens un référent, toujours fonction d’une condition au moins. Ce référent, dans une conversation ou une lecture, peut être réel, conceptuel ou imaginaire, ou encore «relaté», dans le cas d’une anecdote vécue et rapportée. Toutefois, quelle que soit sa nature, il sera intégré dans un référentiel qui possède ses coordonnées, dont les principales sont le temps et le lieu. C’est sur le référentiel que s’exerce la troisième phase qui comporte ses propres repères pour aboutir à la signification.
3.3.1 Cette répartition en trois phases rend compte de la difficulté qu’il y a à définir le sens. Sa définition par l’idée ou le concept escamote en réalité le niveau sémantique pour passer immédiatement à la désignation (le concept appartient à l’expérience intellectuelle). D’autre part, la définition elle-même combine des éléments sémantiques et des éléments de jugement de valeur. Enfin, certaines formes, qui peuvent être définies métalinguistiquement, n’ont en définitive pas de sens à proprement parler. L’article, le pronom sujet ou complément, etc. n’ont qu’une référence, soit au discours, soit extralinguistique. Ces éléments passent donc directement en deuxième phase, avec ou sans manipulation paraphrastique.
