Relations (suite)
4.2.7.5 Il est bon de rappeler une contrainte importante dans l’étude de la synonymie : l’équivalence de sens n’est possible qu’entre les acceptions ou les emplois (c'est-à-dire les sens ; ce sont eux qui sont les mêmes) et non le «signe» saussurien, basé sur l’opposition valorisante selon laquelle «les mots exprimant des idées voisines se limitent réciproquement»:
‘craindre’|’redouter’|’avoir peur’
Comme on le voit, l’opposition saussurienne était théorique et ne s’appuyait pas sur une analyse: dans la pratique, c’est ‘avoir peur’ qui représente le sens commun de ‘craindre’ et de ‘redouter’ (en faisant abstraction du sens des choses ([x] craint [le froid/la chaleur])). Les gras signalent, dans le tableau, les interdéfinitions. La flèche ⇒ est une adaptation de celle du Robert, mais peut s’interpréter comme une implication.
REM La formulation de Saussure peut être remplacée par celle-ci : les mots intuitivement sentis comme voisins s’intersectent généralement dans une analyse en éléments de sens.
4.2.8 L’analogie (poisson d’argent ⊨ poisson [PR]) est la «relation entre les mots qui sont apparentés par le sens, les mots d'un champ sémantique», selon le Robert. Dans son tableau des termes et signes conventionnels, «par analogie» reçoit l’explication suivante : «qualifie le sens d'un mot issu du sens précédent par une comparaison implicite (ex. analogie de forme, de couleur) ou plus généralement une valeur impliquant le sentiment d'un rapport». Par exemple, «Elle fit un abat-jour de sa main» (Maupassant), ≝ une visière / abattre un oiseau, abattre un avion (PR). Toutefois, la théorie sémantique opératoire sous-jacente au modèle exclut la notion de «champ» comme mode de structuration du lexique (cf. champ synonymique de Bertaud du Chazaud). C’est la relation fondamentale d’intersection qui, par redondance, constitue le principe organisateur. La notion de champ n’est qu’un avatar de la notion de domaine. On peut préférer ensemble et sous-ensemble, ou encore système et sous-système. L’analogie serait au contraire la mise en rapport de systèmes distincts. Toutefois, elle constitue une importante relation dans l’interprétation, en tant que forme particulière de l’inférence, et donc au sein de la règle. Une analogie (ou toute autre relation) se vérifie dans un tableau à double entrée (version holistique de la grille d’analyse sémique), comme celui qui a été utilisé pour avoir peur, craindre, redouter :
4.2.8.1 L'analogie est également définie comme un rapport de ressemblance, une similitude existant entre des éléments (abstraits, concrets, animés ou non animés) qui présentent des caractères communs, tout en étant essentiellement différents. C'est un rapport qualitatif, une identité partielle dans l'ordre qualitatif, selon Cuvillier qui rappelle qu'en mathématiques deux figures présentent une similitude quand seule diffère l'échelle où elles sont construites.
4.2.8.2 Traditionnellement l'analogie conclut, à partir de ressemblances constatées entre deux sujets, à des ressemblances non constatées (probables) ; la ressemblance des moyens suggère celle des fins, celle des effets entraîne celle de la cause, celle de nature, les propriétés (forme, couleur, substance, dimension, etc.). C'est la relation sur laquelle se fonde la métaphore. Elle sert également, dans les dictionnaires «analogiques», à regrouper les mots autour de mots-centres. ‘antique’ ⊨ ‘usé’, ‘vétuste’, ‘démodé’, ‘suranné’ (PR). C’est en réalité son seul lien avec la notion de «champ». Cf. le Thésaurus Larousse Daniel Péchoin).
4.2.8.3 La notion d’analogie fait parfois appel à celle de proportion a/b = c/d, de «quatrième proportionnelle» (le quatrième terme d'une proportion, à déterminer en connaissant les trois autres - PR), de proportionnalité. Le A est au B ce que le C est au D.
4.2.9 L’appartenance ∈ est une relation analytique, c'est-à-dire qu’elle existe entre un membre et un ensemble (classe). Si la définition (≝) est un ensemble de traits définitoires, chacun des membres appartient à la classe : série ∈ études ; travaux ∈ études, etc. Il y a normalement clivage entre plans : ‘études’ est un mot et {série} un élément de sens du mot (␎). Dans ‘formation’ ≝ moyens par lesquels on la dirige, on l'acquiert, {moyens} appartient à ‘formation’. Elle peut intervenir comme condition. L’appartenance a une contrepartie fondamentale, la prédication (la relation du prédicat à son sujet), envisagée plus bas. Certains auteurs, dont A. Cuvillier, proposent de lire l’appartenance comme une prédication, soit «x ∈ A, qui s'énonce alors : x est un A».
4.3 L’association (terme que je préfère à la galvaudée connotation) a deux versants, mélioratif ⇗{_} et péjoratif ⇘{_} et est également une relation entre le signe et une partie de son sens, le plus souvent la partie instable. Ainsi, on peut remettre en question la «direction» de la formation et faire de celle-ci un élément de sens connoté, préjorativement ou non, selon le sujet.
‘formation’ ⇘{diriger}
La remarque (note d’usage du PR à propos de ‘honnête homme’) peut être un élément de sens associé :
‘honnête homme’ ⇘{vieux}
Comme telle, l’association est une contamination du lexique par les trois instances de la signification : axiologie (je), doxologie (on) et idéologie (nous).
REM La connotation telle qu’on la connaît aujourd’hui est paradoxalement l’inverse de ce qu’elle était classiquement [cf. Thonnard (1950)] ; elle désignait l’ensemble des notes (caractères) d’un concept, alors que maintenant elle est une «valeur ajoutée».
4.3.1 La contiguïté ∥ est une relation entre signes. Elle peut être formelle (homonymie, homographie, homophonie, complète ou partielle) ou sémantique (elle est alors une relation entre sens) et prendre alors en charge la relation rhétorique de métonymie. Le rapport de cause à effet, par exemple est contigu, comme celui d'instrument et action.
homophobie ∥ homosphère
homophobie ∥ homophilie
homo ∥ homo
homo ∥ homéo
marteau ∥ clou
faucille ∥ marteau
marteau ∥ porte
‘craindre’|’redouter’|’avoir peur’
| craindre (PR) | redouter (PR) | avoir peur (PR) |
| Envisager (qqn, qqch.) comme dangereux, nuisible, et en avoir peur. ⇒ appréhender, redouter | (choses) Être sensible à | Craindre comme très menaçant | avoir peur ⇒ s'alarmer, s'effrayer, s'inquiéter |
Comme on le voit, l’opposition saussurienne était théorique et ne s’appuyait pas sur une analyse: dans la pratique, c’est ‘avoir peur’ qui représente le sens commun de ‘craindre’ et de ‘redouter’ (en faisant abstraction du sens des choses ([x] craint [le froid/la chaleur])). Les gras signalent, dans le tableau, les interdéfinitions. La flèche ⇒ est une adaptation de celle du Robert, mais peut s’interpréter comme une implication.
REM La formulation de Saussure peut être remplacée par celle-ci : les mots intuitivement sentis comme voisins s’intersectent généralement dans une analyse en éléments de sens.
4.2.8 L’analogie (poisson d’argent ⊨ poisson [PR]) est la «relation entre les mots qui sont apparentés par le sens, les mots d'un champ sémantique», selon le Robert. Dans son tableau des termes et signes conventionnels, «par analogie» reçoit l’explication suivante : «qualifie le sens d'un mot issu du sens précédent par une comparaison implicite (ex. analogie de forme, de couleur) ou plus généralement une valeur impliquant le sentiment d'un rapport». Par exemple, «Elle fit un abat-jour de sa main» (Maupassant), ≝ une visière / abattre un oiseau, abattre un avion (PR). Toutefois, la théorie sémantique opératoire sous-jacente au modèle exclut la notion de «champ» comme mode de structuration du lexique (cf. champ synonymique de Bertaud du Chazaud). C’est la relation fondamentale d’intersection qui, par redondance, constitue le principe organisateur. La notion de champ n’est qu’un avatar de la notion de domaine. On peut préférer ensemble et sous-ensemble, ou encore système et sous-système. L’analogie serait au contraire la mise en rapport de systèmes distincts. Toutefois, elle constitue une importante relation dans l’interprétation, en tant que forme particulière de l’inférence, et donc au sein de la règle. Une analogie (ou toute autre relation) se vérifie dans un tableau à double entrée (version holistique de la grille d’analyse sémique), comme celui qui a été utilisé pour avoir peur, craindre, redouter :
| études (PR) | formation (PR) |
| série ordonnée de travaux et d'exercices nécessaires à l'instruction | Éducation intellectuelle et morale d'un être humain ; moyens par lesquels on la dirige, on l'acquiert |
4.2.8.1 L'analogie est également définie comme un rapport de ressemblance, une similitude existant entre des éléments (abstraits, concrets, animés ou non animés) qui présentent des caractères communs, tout en étant essentiellement différents. C'est un rapport qualitatif, une identité partielle dans l'ordre qualitatif, selon Cuvillier qui rappelle qu'en mathématiques deux figures présentent une similitude quand seule diffère l'échelle où elles sont construites.
4.2.8.2 Traditionnellement l'analogie conclut, à partir de ressemblances constatées entre deux sujets, à des ressemblances non constatées (probables) ; la ressemblance des moyens suggère celle des fins, celle des effets entraîne celle de la cause, celle de nature, les propriétés (forme, couleur, substance, dimension, etc.). C'est la relation sur laquelle se fonde la métaphore. Elle sert également, dans les dictionnaires «analogiques», à regrouper les mots autour de mots-centres. ‘antique’ ⊨ ‘usé’, ‘vétuste’, ‘démodé’, ‘suranné’ (PR). C’est en réalité son seul lien avec la notion de «champ». Cf. le Thésaurus Larousse Daniel Péchoin).
4.2.8.3 La notion d’analogie fait parfois appel à celle de proportion a/b = c/d, de «quatrième proportionnelle» (le quatrième terme d'une proportion, à déterminer en connaissant les trois autres - PR), de proportionnalité. Le A est au B ce que le C est au D.
4.2.9 L’appartenance ∈ est une relation analytique, c'est-à-dire qu’elle existe entre un membre et un ensemble (classe). Si la définition (≝) est un ensemble de traits définitoires, chacun des membres appartient à la classe : série ∈ études ; travaux ∈ études, etc. Il y a normalement clivage entre plans : ‘études’ est un mot et {série} un élément de sens du mot (␎). Dans ‘formation’ ≝ moyens par lesquels on la dirige, on l'acquiert, {moyens} appartient à ‘formation’. Elle peut intervenir comme condition. L’appartenance a une contrepartie fondamentale, la prédication (la relation du prédicat à son sujet), envisagée plus bas. Certains auteurs, dont A. Cuvillier, proposent de lire l’appartenance comme une prédication, soit «x ∈ A, qui s'énonce alors : x est un A».
4.3 L’association (terme que je préfère à la galvaudée connotation) a deux versants, mélioratif ⇗{_} et péjoratif ⇘{_} et est également une relation entre le signe et une partie de son sens, le plus souvent la partie instable. Ainsi, on peut remettre en question la «direction» de la formation et faire de celle-ci un élément de sens connoté, préjorativement ou non, selon le sujet.
‘formation’ ⇘{diriger}
La remarque (note d’usage du PR à propos de ‘honnête homme’) peut être un élément de sens associé :
‘honnête homme’ ⇘{vieux}
Comme telle, l’association est une contamination du lexique par les trois instances de la signification : axiologie (je), doxologie (on) et idéologie (nous).
REM La connotation telle qu’on la connaît aujourd’hui est paradoxalement l’inverse de ce qu’elle était classiquement [cf. Thonnard (1950)] ; elle désignait l’ensemble des notes (caractères) d’un concept, alors que maintenant elle est une «valeur ajoutée».
4.3.1 La contiguïté ∥ est une relation entre signes. Elle peut être formelle (homonymie, homographie, homophonie, complète ou partielle) ou sémantique (elle est alors une relation entre sens) et prendre alors en charge la relation rhétorique de métonymie. Le rapport de cause à effet, par exemple est contigu, comme celui d'instrument et action.
homophobie ∥ homosphère
homophobie ∥ homophilie
homo ∥ homo
homo ∥ homéo
marteau ∥ clou
faucille ∥ marteau
marteau ∥ porte

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