9.3.05

Relations (suite ter)

4.3.6.1 Après diverses solutions, j’ai donc opté pour la flèche orientée ↴ qui positionne le terme au-dessus celui qui suit le signe. La paraphrase serait « domine ». C’est une relation entre signes, c'est-à-dire entre unités lexicales dans un rapport hiérarchique. Pour plus de clarté, on peut aussi désigner les deux membres d’une inclusion par les termes qu’utilise Thonnard, soit « supérieur » et « inférieur » (sans le signe mathématique qui sert en linguistique à marquer la dérivation), ou, en raccourci, supra ≉ infra (hyper et hypo servant dans le modèle à caractériser des phénomènes d’interprétabilité) :
mot ↴ adjectif
gouffre ↴ abîme
soit encore, spatialement :
gouffre ↴
abîme↰

4.3.6.2 L’inclusion est particulièrement représentative des mots s’organisant hiérarchiquement, en classes emboîtées, formant des arborescences classificatrices. C’est le cas des taxonomies propres aux sciences. Quand il est en position supérieur à un autre, on dit aussi d’un mot qu’il est générique, ou qu’il a un sens générique quand il sert à dénommer une classe naturelle d’objets dont chacun, pris séparément, reçoit une dénomination particulière. Ainsi le mot poisson est le générique (le supérieur ou supra) d’une classe dont les membres sont le maquereau, la sole, la truite, etc. qui sont les inférieurs ou infras. On notera qu’il a un degré d’abstraction plus grand dans le terme dominant, qui correspond à une raréfaction du sens. Les verbes ne s’y prêtent pas mieux que les adjectifs ou les adverbes.
répéter ↴ seriner (X est le superordonné d’Y)
dire ↴ répéter
émettre ↴ dire

4.3.6.3 On arrive très vite à une boucle entre [dire ↳ émettre ↳ exprimer] ou encore ↳’faire connaître’ et ↳’rendre sensible’. Soit aussi :
objet ↴ outil ↴ serpe

Le rôle partiel de l’inclusion dans l’organisation potentielle du lexique, réel ou intériorisé devient assez claire, surtout lorsqu’il s’agit d’objets du monde ou d’objets intellectuels, mais il vaut mieux parler de « superordonné » ou de « générique », ou, comme je le propose, de « supra ». On peut indiquer la labilité de cette relation, puisque dans une hiérarchie ou une arborescence, le rapport se transmet de nœud en nœud et de terme en terme. Comme on le voit, quel qu’il soit, le signe d’inclusion change de forme avec l’ordre de présentation des termes, dans la perspective du sens, tout au moins. Au lieu, donc, de chercher à prendre l'envers de l'inclusion avec la notation a ⊂ b qui se lirait : l'espèce (a) est inférieure au genre (b), ou mieux G ↴ E, ou de prétendre que le genre est impliqué par l'espèce (E ⊃/⇒ G, ou mieux E ↳ G), je privilégierai la relation d'appartenance, proposée par Peano et qui se note distinctement ∈ et n’a normalement qu’un ordre, de gauche à droite. Si je décrivais le lexique, il en irait différemment.

4.3.7 L’interdéfinition ⋈ est une relation complexe qui existe entre signes, mais trouve sa confirmation dans la conversion de ces signes comme éléments de sens d’autres signes. Il s’agit, comme l’apparente motivation du mot l’indique, d’un rapport entre définitions. C’est une relation entre deux plans (celui des mots et celui des définitions), observable entre les éléments d'un ensemble, de séries causatives, métonymiques et métaphoriques, dérivées, d'associations et de solidarités du monde réel ou intellectuel, par laquelle les définitions de certains mots vont comporter en contexte l'équivalent sémantique de certains autres mots de la même série (tige ⋈ plante, grain ⋈ céréale, etc.). La contiguïté n’est pas étrangère au phénomène. Les interdéfinitions les plus évidentes sont issues de sous-systèmes du monde réel, y compris sociocul-tu--rels, mais ne s’y limitent pas (cf. agent-action, action-résultat, partie-tout).
bois ℛ bûcheron ℛ serpe
parlement ⋈ sénat ⋈ assemblée
loi ℛ juriste ℛ legislateur ℛ vote

4.3.7.1 Le terme d'interdéfinissable est recensé dans le Grand dictionnaire encyclopédique Larousse (Gdel), comme ce qui « en logique se dit des symboles dont l'un peut se définir à partir de l'autre et réciproquement ». Pour mémoire, il faut également signaler les emplois en passant des formes interdefinability et interdefinable par Lyons (1977, v. 1978-80) et Kempson (1977) qui semble l'emprunter à Quine (1953), chez qui la notion est synonyme de circularité, non comme observation mais comme condamnation au titre d'exercice futile (‘empty’). En 1979, la notion d'interdéfinition apparaît chez Greimas et Courtès avec une connotation péjorative également, mais aussi plus tôt, dans un emploi plus neutre, dans le Dictionnaire-index d'Alpha Encyclopédie (1968), dont les articles de linguistique on été rédigés par A. Culioli (1968), à propos de champ sémantique : « ensemble structuré de contenus interdéfinis ».

4.3.7.2 La vérification des interdéfinitions dans les sources n’est pas garantie pour des raisons d’économie propres aux dictionnaires, dont l’objet n’est pas la démonstration de la cohérence de portions du lexique. La matrice déjà utilisée permet d’observer l’intersection des définitions qui fonde l’interdéfinition. En gras, la reprise entre acceptions ; en italiques, d’un plan à l’autre.

bois (PR) bûcheron (PR) serpe (PR)
1. Espace de terrain couvert d'arbres
2. Matière ligneuse et compacte des arbres
Personne dont le métier est d'abattre du bois, des arbres dans une forêt Outil (de bûcheron, de jardinier) formé d'une large lame tranchante recourbée en croissant, montée sur un manche, et servant à tailler le bois, à élaguer, à émonder

Pour plus d'exactitude dans la description, les deux acceptions de 'bois' devraient être séparées.

4.3.7.3 On peut appliquer l'interdéfinition à un ensemble abstrait : idée-notion-concept. Les gras se rapportent également aux définitions (≝) sous le tableau.

idée PR idée 2 PR
notion PR concept PR
Représentation
intellectuelle, distinguée des phénomènes qui concernent l'affectivité ou l'action.
Toute représentation élaborée par la pensée (qu'il existe ou non un objet qui lui corresponde). Objet
abstrait
de connaissance.
Représentation mentale générale et abstraite d'un objet.

Les rapports seront éclairés par la définition pertinente de ‘représentation’ :
≝ Le fait de rendre sensible (un objet absent ou un concept) au moyen d'une image, d'une figure, d'un signe

On notera les rapports indirects ou relayés de {intellectuel}, {mental}, {pensée}, {connaissance}.
intellectuel ≝ qui se rapporte à l'intelligence (connaissance ou entendement).
mental ≝ qui a rapport aux fonctions intellectuelles de l'esprit.
pensée ≝ activité psychique, faculté ayant pour objet la connaissance.
connaissance ≝ fait, manière de CONNAÎTRE ≝ avoir présent à l'esprit (un objet réel ou vrai, concret ou abstrait; physique ou mental); être capable de former l'idée, le concept, l'image de. (PR)