8.3.05

Relations (suite bis)

4.3.2 La différence, notée ‘\’, est une relation entre signes qui devrait se passer de commentaire, mais on doit la rapprocher de l’opposition (≉) et de l’identité (= ou ≡, cette dernière n’est pas retenue comme relation sémantique, la congruence étant toujours relative). En linguistique structurale, on parle parfois de l’axe des différences (« en contraste ») pour désigner la succession des unités de la chaîne parlée (opposé à l’axe de substitution-commutation, l’axe paradigmatique, dit aussi d’opposition). Ces dénominations ne sont pas fondées sémantiquement car la même relation sémantique les régit, l’intersection.
étude \ formation
honnête homme \ femme honnête

4.3.2.1 La différence est une relation d'altérité entre choses ou concepts qui auraient des ressemblances. C'est plus communément l'absence d'identité, de similitude entre deux choses ; le caractère qui les distingue l'une de l'autre. Aristote a distingué la différence spécifique de la différence générique. Dans le premier cas, les deux choses (lapin, mouton) diffèrent à l'intérieur d'un même genre (animal), tandis que la différence spécifique est ce caractère qui distingue une espèce des autres espèces du même genre : {allaitant ses petits} est la différence spécifique de {mammifère} dans le genre {vertébré}. La définition caractéristique se fait par genre prochain et différence spécifique » (PR). Ces deux éléments sont symbolisés par X ≝ Y␝ + Z␠ (identificateur+spécificateur [différenciateur]).
diète ≝ privation␝ de nourriture␠

REM Dans son article sur la Langue des arts (des techniques), où il est question de synonymes, l’encyclopédiste Denis Diderot (1713-1784) emploie générique dans son opposition à spécifique, ce que ne faisaient pas, semble-t-il, les Synonymistes de l’époque, ancêtres de l’analyse sémique, qui tendent à préférer « nuances » et « différences » pour la spécificité. Dans l’article « Encyclopédie », Diderot propose une méthode « de discerner les radicaux » qui annonce la procédure comparative de l’établissement de la matrice dans l’analyse sémique, qu’il assortit d’un dispositif assurant la monosémie de ces unités descriptives qui préfigure la règle de conversion de l’unité lexicale en élément de sens. Le grammairien et tropologue César Chesneau Du Marsais (1676-1756) préférait « idée principale » et « idée accessoire ». Diderot utilise aussi le terme d’acception, que négligent les autres. Le philosophe Étienne Bonnot de Condillac (1715-1780) essaie ainsi de dégager ‘affection’ d’ ‘afféterie’ en signalant que « l’affectation est partout » ≉ « l’afféterie se rapporte aux mines ». Il isole là un trait « général », soit dans l’opposition général ≉ particulier. Le PR date ce sens « d’acception » du XVIIe siècle et « générique » de 1582.


4.3.2.2 Le rapport entre ‘diète’ et ‘privation’ en est un d’inclusion, mais la perspective sémantique complique les choses, puisque le sens permet de décrire aussi bien ‘diète’ ⊂ ‘privation’ et ‘diète’ ⊃ ‘privation’, soit respectivement « est inclus dans » et « contient », mais l’appartenance est préférable dans la description du sens, soit {privation} ∈ ‘diète’ soit l’élément ‘privation’ appartient au sens du mot ‘diète’. Dans une sémantique lexicale, les rapports de superordination et de subordination peuvent se décrire au moyen de termes comme hyponyme (-général), soit ‘acropole’ et hyperonyme (+général), soit ‘sanctuaire’, mais dans une sémantique relationnelle qui explique les relations entre signes par le sens partagé, on peut s’en dispenser. Dans la TSO, j’ai adopté les termes mal formés, mêlant latin et grec, de suprasème et infrasème.

4.3.2.3 Sémantiquement parlant, l’identité n’a pas de rôle autre que celui de la reconnaissance d’une unité (à tort ou à raison). Alors que la différence peut exister sans lien aucun, l’opposition (≉) suppose une base commune entre deux termes, une intersection, notée ⋂.
zygote \ rétribution
minorité \ majorité → minorité ⋂ majorité → minorité ≉ majorité

4.3.3 L’équivalence (≈) connaît diverses formes en tant que relation sémantique ; elle peut rendre compte de la synonymie ‘≋’ (contestée mais utilisée), mais aussi de degrés dans le partage d’éléments sémantiques et recouper par là la notion d’intersection. On peut aussi reconnaître l’équivalence modulée (conditionnelle) ≞ et l’équivalence graduelle (de degré) ≗.

graduelle : congeler ≗ réfrigérer (Bailly)
modulée : élaguer ≞ émonder (Sommer)
étude ≋ formation
études ≈ formation
classique ≈ littéraire

4.3.4 La synonymie et l’équivalence se vérifient par le même moyen que l’analogie (tableau comparatif des sens) et peut mettre en rapport plusieurs sources distinctes.
adjectif ≈ épithète (Sommer les distingue par la nécessité de l’adjectif)
adjectif épithète
Mot susceptible d'être adjoint directement (épithète) ou indirectement (attribut) au substantif avec lequel il s'accorde, pour exprimer une qualité (qualificatif) ou un rapport (déterminatif). Ce qu'on adjoint à un nom, un pronom pour le qualifier (mot, expression)

4.3.5 En logique, on appelle implication entre deux propositions une relation telle que, la première étant vraie, la seconde est nécessairement vraie. Ainsi, « Tous les hommes sont mortels » ⇒ « Jacques est mortel », soit « Jacques est mortel » est impliquée par (contenue dans) la précédente. L’implication est parfois symbolisée par l’inclusion inversée (⊃). Ce qui ferait de ‘sardine’ l’implication possible de ‘poisson’, en vertu de l’inclusion ‘sardine’ ⊂ ‘poisson’. Dans le cas des éléments de sens ({x}), j’ai préféré l’appartenance (∈), qui permet de rendre compte compte à la fois des membres d’une classe (sardine ∈ poisson) et des éléments de sens (ou de définition) par rapport à l’unité lexicale : {animal} ∈ ‘poisson’ et d’avoir la relation inverse dans la prédication : le poisson est un animal, soit ‘poisson’ ∋ {animal}. Et si on songe à l’emploi courant d’impliquer, comme dans ‘poisson’ implique {eau}, l’appartenance en rend également compte.
‘saler’ ⇒ {sel}
‘farcir’ ⇒ {farce}
‘assaisonner’ ⇒ {assaisonnement}

4.3.6 L’inclusion (classiquement signalée par ⊂ (B ⊂ A = B est contenu dans A) a été entrevue avec la différence, car il s’agit du rapport entre l’espèce et le genre. On dit qu’il y a inclusion d’un sous-ensemble A’ dans un ensemble A quand tous les éléments de A’ appartiennent également à A et qu’il n’y a aucun élément de A’ qui n’appartienne pas à A. L’inclusion est une relation réflexive, transitive, mais non symétrique. Dans une définition en compréhension, l'espèce comporte tous les traits du genre, mais l'inverse n'est pas vrai ; le genre comporte moins de traits que l'espèce puisqu'il la domine hiérarchiquement en généralité. Dans une définition en extension, le genre est plus riche que l'espèce puisqu'il comporte au moins deux espèces. J’ai préféré abandonner le signe classique, ⊂ (est inclus), qui rappelle la notation arithmétique (inférieur), et sa forme affirmative ⊃ (contient), inspiré de supérieur, qui sert aussi parfois à l’implication.

Pour marquer le rapport entre le subordonné (tulipe) et le superordonné (fleur) et inversement, j’ai décidé d’utiliser plutôt des flèches en crochet, plus explicites. A genre de B : a ↴ b; A espèce de B : a ↳ b. On remarquera que ces rapports se font entre unités lexicales (signes), soit fleur ↴ tulipe et tulipe ↳ fleur.