Relations 4.3.9.1
4.3.9.1 Les contraires sont des concepts qui, dans un même genre, présentent l'opposition maximale soit quantitative (chaud \ froid), soit qualificative (sucré … salé). Cette opposition est une forme particulière de la différence : il est faux que a=b, soit a \ b. La contradiction est la relation la plus spécifique de l'opposition ; sont contradictoires par exemple ‘coloré’ ≉ ‘non coloré’, l'affirmation de l'un implique la négation de l'autre. Il s’agit d’un rapport d’incompatibilité entre deux termes dont l’un est la négation de l’autre (‘être’ ≉ ‘non-être’, ‘mort’ ≉ ‘vif’, ‘humain’ ≉ ‘non-humain’, ‘mâle’ ≉ ‘femelle’, tandis que ‘humain’ ≉ ‘inhumain’ sont des antonymes. Les contraires ne sont pas complémentaires : ‘non petit’ n’implique pas ‘grand’. Cela tient, semble-t-il, à l’existence d’un moyen terme, mais la substitution paradigmatique n’est pas gênée. On ajoute généralement les réciproques ou converses (conversives, en angl.), comme ‘vendre’ ≉ ‘acheter’. Dans l’opposition, on parle aussi d’incompatibilité, surtout pour les couleurs :
X est rouge ⇒ X est non violet/indigo/bleu/vert/jaune
X est violet/indigo/bleu/vert/jaune ⇒ X est non rouge
La complémentarité ne sera pas retenue comme relation suffisamment pertinente d’un point de vue sémantique. La forme ‘non X’ s’emploie le plus souvent par défaut d’une expression plus disponible.
4.3.9.2 Une bonne partie des études sémantiques ont porté pendant un temps sur les diverses formes d’opposition, dont on peut donner le tableau suivant (ℛ note une relation quelconque) :
REM On notera que Pottier (1992) fait de la polarité l'un des principes méthodologiques de la recherche linguistique, et réintègre, comme il se doit, le continu, que le strict structuralisme avait banni au profit du discret : « Le discontinu est une opération sur le continu. » On peut y voir l’influence du mathématicien René Thom.
4.3.9.3 L’antithèse est la figure discursive (& littéraire) de l'opposition : on dit qu'il y a antithèse dans une phrase quand l'une de ses moitiés exprime une idée contraire (ou une vague opposition) à celle qui est développée dans l'autre moitié, comme le montre l'exemple emprunté au vieux manuel scolaire de Larive & Fleury (1895) : « le travail rend tout aisé ; l'oisiveté, tout difficile. »
4.3.9.4 L’antiphrase est l’emploi d’une expression (ou d’une phrase entière) dans un sens contraire à celui qu’elle possède d’ordinaire. Le Robert donne l’exemple : « C’est du propre! »
4.3.9.5 Si l’on considère la substitution comme outil opératoire dans la vérification des relations, la substitution de termes contraires, contradictoires ou antonymes pose des problèmes dans certains cas ; on doit alors procéder à quel-ques réaménagements morphosyntaxiques. Sa fugue a consterné tout le monde. ↺ Son assiduité a consterné tout le monde. Après tant d’années son œuvre reste vivante ↺ son œuvre reste caduque.
4.4 La prédication (relation prédicative) ∋ est la relation inverse de l’appartenance, ∈, et peut se lire « est » ou sa variante « c’est » (ou encore « comporte ») :
{punir} ∈ ‘venger’ se lit: punir appartient à venger
‘venger’ ⇒ {punir} se lit: venger implique punir
venger ∋ punir se lit: venger c’est punir
Le prédicat est toujours contenu dans le sujet, selon Leibniz, bien que l’usage gram-matical de la notion de prédicat obscurcisse la question.
Cf. fumersujet (rendverbe maladeattribut)prédicat
Le Dictionnaire de linguistique de Dubois & al. signale, en outre, que dans l’emploi prédicatif du verbe être on distingue 1) un « sens » d’inclusion (« Les professeurs sont des fonctionnaires »), 2) un « sens » d’appartenance (« Jean est professeur ») et 3) un « sens » d’identité (« Cet enfant est Pierre »).
4.4.1 La relation prédicative est un outil pour décrire le sens d’une unité lexicale, en termes d’éléments définitionnels ou sémantiques (appelés aussi sèmes ou traits sémantiques) ; elle concurrence même l’appartenance. Il s’agit d’une définition analytique, au sens où elle singularise les éléments définitoires.
contrainte [≍ discipline] ∋ règle (X au sens de Y est une Z)
contrainte ∋ obligatoire
4.4.2 Le test prédicatif permet de vérifier (ou d’établir, c’est selon) les éléments de sens retenus :
l’acropole ∋ (est) la ville
l’acropole ∋ (est) haute
l’acropole ∋ (est) dans une cité
l’acropole ∋ (est) grecque
l’acropole ∋ (est) ancienne
acropole ≝ ville haute des anciennes cités grecques
La difficulté réside dans le fait que certains éléments sont déjà des prédicats : ce n’est pas l’acropole qui est haute, mais ‘ville’ ; de même, grecque et ancienne sont des prédicats hérités de cité. On devrait donc modifier la formulation :
acropole ∋ (ville (∋ haute))
acropole ∋ (cité ((∈ grecque) ∈ ancienne))
Mais cette difficulté n’est pas la seule : ‘ville haute’ est une unité s’oppo-sant à ‘ville basse’. La discussion avec un informateur humain, spécialiste d’histoire antique, et la définition de l’EUL permettent de remanier cette répartition :
acropole ≝ hauteur fortifiée des anciennes cités grecques
acropole ∋ hauteur
hauteur ∋ fortifiée
acropole ∋ (∈ cité)
cité ∋ grecque
cité ∋ ancienne
On note donc que l’analyse en constituants sémantiques (analyse sémique ou componentielle) risque de perdre de vue l’organisation hiérarchique des traits qu’elle dégage.
4.5 La spécification ou spéciation est la relation caractéristique de l’espèce par rapport au genre ; on la désignera comme « infra », notée par ‘↵’ ou ‘↳’ selon l’ordre des termes. C’est la relation inverse de l’inclusion, qu’on peut désigner par « supra » (↴), dont elle est complémentaire (réciproque) :
Si A est le genre de B, B est l’espèce de A
A ↴ B ⇒ B ↳ A
qui se lit : « A est le supra de B » implique « B est l’infra de A »)
Bien que le dictionnaire facilite la recherche des genres (contraintes ∋ forces), il lui arrive aussi de fournir les espèces, notamment dans le cas du PR qui n’hésite pas à donner des extensions (l’espèce appartient à la classe désignée par le genre). La classe ‘serpe’ contient :
serpe ⊃ [ébranchoir, fauchard, fauchette, gouet, serpette, vouge]
vouge ↳ serpe ↳ outil ↳ objet (X est l’infra du supra Y)
vouge ∋ serpe ∋ outil ∋ objet (est)
V. REM à la suite de la section 5.3.3.
4.6 Je me dois de m’attarder sur une dernière relation, qui exploite aussi l’intersection sémantique, et que j’ai brièvement signalée à propos de l’équivalence : la connexité. La connexité prend la place de la notion de « rapport de sens » qu'uti-lise notamment le Petit Robert, noté par la flèche de l’implication, ce qui n’était probablement pas intentionnel. En effet, on ne peut pas dire que « une voûte d'arbres » implique « berceau, dais. » Le sens de ‘berceau’ ≝ voûte de feuillage ; celui de ‘dais’ n’est qu’un contexte : un dais de feuillage.
4.6.1 Le terme, comme la notion, peut être rattaché, entre autres, à Condillac dans son Dictionnaire de synonymes : elle sert de fondement au rapport qu'est la connexion (celle-ci est la « liaison formée par le rapport qu'il y a entre les choses »). On dira donc qu'il y a connexité sémantique lorsque deux unités lexicales partagent plus de deux éléments de sens au moins. La connexité de Condillac est à rapprocher (compte tenu du fait qu'elle existe entre les « choses », donc les objets du monde) de ce que Ray Jackendoff (1972) a tenté de faire au moyen des redundancy rules de la grammaire générative, « règles de redondance », soit de rendre compte des unités lexicales distinctes, mais liées entre elles sémantique-ment ; ces règles expriment les liens morphologiques et sémantiques qui unissent les unités lexicales. Les mêmes préoccupations se trouvent également chez Geoffrey Leech (1974).
4.6.2 Une idée semblable sous la forme de shared element of meaning (« éléments de sens partagés ») avait fait son chemin dans la lexicographie américaine, dans la lignée des « études synonymiques », qui sont aussi un trait des dictionnaires anglo-saxons, dont le Macmillan. On remarque enfin que la connexité n'entre pas en concurrence, comme concept, avec celui d'interdéfinition qui met également en correspondance deux plans (forme-sens), tandis que, théoriquement, la connexité s'établit entre éléments de sens d’une forme à l’autre. Seule une comparaison systématique sur un corpus étendu permettra de clairement distinguer la compatibilité et l’affinité de la connexité. Son statut n’est pas arrêté. La décision de la situer après deux éléments de sens communs ne tient pas compte de définitions ou d’acceptions ne pouvant comporter que deux descripteurs.
X est rouge ⇒ X est non violet/indigo/bleu/vert/jaune
X est violet/indigo/bleu/vert/jaune ⇒ X est non rouge
La complémentarité ne sera pas retenue comme relation suffisamment pertinente d’un point de vue sémantique. La forme ‘non X’ s’emploie le plus souvent par défaut d’une expression plus disponible.
4.3.9.2 Une bonne partie des études sémantiques ont porté pendant un temps sur les diverses formes d’opposition, dont on peut donner le tableau suivant (ℛ note une relation quelconque) :
| polarité | amour ≉ haine | (scalaire) |
| contrariété | bon ≉ passable ≉ mauvais \ long ≉ court | ± (gradation) |
| contradiction | coloré ≉ non coloré | n’admet pas de milieu |
| progressivité | reptile ≉ vertébré ≉ animal | hiérarchie |
| complémentarité | mâle ≉ femelle \ marié ≉ veuf | l’un ou l’autre, pas les 2 |
| réciprocité | vendre ≉ acheter \ grand-mère ≉ petite-fille | X ℛ Y soit Y ℛ X (symétrie) |
REM On notera que Pottier (1992) fait de la polarité l'un des principes méthodologiques de la recherche linguistique, et réintègre, comme il se doit, le continu, que le strict structuralisme avait banni au profit du discret : « Le discontinu est une opération sur le continu. » On peut y voir l’influence du mathématicien René Thom.
4.3.9.3 L’antithèse est la figure discursive (& littéraire) de l'opposition : on dit qu'il y a antithèse dans une phrase quand l'une de ses moitiés exprime une idée contraire (ou une vague opposition) à celle qui est développée dans l'autre moitié, comme le montre l'exemple emprunté au vieux manuel scolaire de Larive & Fleury (1895) : « le travail rend tout aisé ; l'oisiveté, tout difficile. »
4.3.9.4 L’antiphrase est l’emploi d’une expression (ou d’une phrase entière) dans un sens contraire à celui qu’elle possède d’ordinaire. Le Robert donne l’exemple : « C’est du propre! »
4.3.9.5 Si l’on considère la substitution comme outil opératoire dans la vérification des relations, la substitution de termes contraires, contradictoires ou antonymes pose des problèmes dans certains cas ; on doit alors procéder à quel-ques réaménagements morphosyntaxiques. Sa fugue a consterné tout le monde. ↺ Son assiduité a consterné tout le monde. Après tant d’années son œuvre reste vivante ↺ son œuvre reste caduque.
4.4 La prédication (relation prédicative) ∋ est la relation inverse de l’appartenance, ∈, et peut se lire « est » ou sa variante « c’est » (ou encore « comporte ») :
{punir} ∈ ‘venger’ se lit: punir appartient à venger
‘venger’ ⇒ {punir} se lit: venger implique punir
venger ∋ punir se lit: venger c’est punir
Le prédicat est toujours contenu dans le sujet, selon Leibniz, bien que l’usage gram-matical de la notion de prédicat obscurcisse la question.
Cf. fumersujet (rendverbe maladeattribut)prédicat
Le Dictionnaire de linguistique de Dubois & al. signale, en outre, que dans l’emploi prédicatif du verbe être on distingue 1) un « sens » d’inclusion (« Les professeurs sont des fonctionnaires »), 2) un « sens » d’appartenance (« Jean est professeur ») et 3) un « sens » d’identité (« Cet enfant est Pierre »).
4.4.1 La relation prédicative est un outil pour décrire le sens d’une unité lexicale, en termes d’éléments définitionnels ou sémantiques (appelés aussi sèmes ou traits sémantiques) ; elle concurrence même l’appartenance. Il s’agit d’une définition analytique, au sens où elle singularise les éléments définitoires.
contrainte [≍ discipline] ∋ règle (X au sens de Y est une Z)
contrainte ∋ obligatoire
4.4.2 Le test prédicatif permet de vérifier (ou d’établir, c’est selon) les éléments de sens retenus :
l’acropole ∋ (est) la ville
l’acropole ∋ (est) haute
l’acropole ∋ (est) dans une cité
l’acropole ∋ (est) grecque
l’acropole ∋ (est) ancienne
acropole ≝ ville haute des anciennes cités grecques
La difficulté réside dans le fait que certains éléments sont déjà des prédicats : ce n’est pas l’acropole qui est haute, mais ‘ville’ ; de même, grecque et ancienne sont des prédicats hérités de cité. On devrait donc modifier la formulation :
acropole ∋ (ville (∋ haute))
acropole ∋ (cité ((∈ grecque) ∈ ancienne))
Mais cette difficulté n’est pas la seule : ‘ville haute’ est une unité s’oppo-sant à ‘ville basse’. La discussion avec un informateur humain, spécialiste d’histoire antique, et la définition de l’EUL permettent de remanier cette répartition :
acropole ≝ hauteur fortifiée des anciennes cités grecques
acropole ∋ hauteur
hauteur ∋ fortifiée
acropole ∋ (∈ cité)
cité ∋ grecque
cité ∋ ancienne
On note donc que l’analyse en constituants sémantiques (analyse sémique ou componentielle) risque de perdre de vue l’organisation hiérarchique des traits qu’elle dégage.
4.5 La spécification ou spéciation est la relation caractéristique de l’espèce par rapport au genre ; on la désignera comme « infra », notée par ‘↵’ ou ‘↳’ selon l’ordre des termes. C’est la relation inverse de l’inclusion, qu’on peut désigner par « supra » (↴), dont elle est complémentaire (réciproque) :
Si A est le genre de B, B est l’espèce de A
A ↴ B ⇒ B ↳ A
qui se lit : « A est le supra de B » implique « B est l’infra de A »)
Bien que le dictionnaire facilite la recherche des genres (contraintes ∋ forces), il lui arrive aussi de fournir les espèces, notamment dans le cas du PR qui n’hésite pas à donner des extensions (l’espèce appartient à la classe désignée par le genre). La classe ‘serpe’ contient :
serpe ⊃ [ébranchoir, fauchard, fauchette, gouet, serpette, vouge]
vouge ↳ serpe ↳ outil ↳ objet (X est l’infra du supra Y)
vouge ∋ serpe ∋ outil ∋ objet (est)
V. REM à la suite de la section 5.3.3.
4.6 Je me dois de m’attarder sur une dernière relation, qui exploite aussi l’intersection sémantique, et que j’ai brièvement signalée à propos de l’équivalence : la connexité. La connexité prend la place de la notion de « rapport de sens » qu'uti-lise notamment le Petit Robert, noté par la flèche de l’implication, ce qui n’était probablement pas intentionnel. En effet, on ne peut pas dire que « une voûte d'arbres » implique « berceau, dais. » Le sens de ‘berceau’ ≝ voûte de feuillage ; celui de ‘dais’ n’est qu’un contexte : un dais de feuillage.
4.6.1 Le terme, comme la notion, peut être rattaché, entre autres, à Condillac dans son Dictionnaire de synonymes : elle sert de fondement au rapport qu'est la connexion (celle-ci est la « liaison formée par le rapport qu'il y a entre les choses »). On dira donc qu'il y a connexité sémantique lorsque deux unités lexicales partagent plus de deux éléments de sens au moins. La connexité de Condillac est à rapprocher (compte tenu du fait qu'elle existe entre les « choses », donc les objets du monde) de ce que Ray Jackendoff (1972) a tenté de faire au moyen des redundancy rules de la grammaire générative, « règles de redondance », soit de rendre compte des unités lexicales distinctes, mais liées entre elles sémantique-ment ; ces règles expriment les liens morphologiques et sémantiques qui unissent les unités lexicales. Les mêmes préoccupations se trouvent également chez Geoffrey Leech (1974).
4.6.2 Une idée semblable sous la forme de shared element of meaning (« éléments de sens partagés ») avait fait son chemin dans la lexicographie américaine, dans la lignée des « études synonymiques », qui sont aussi un trait des dictionnaires anglo-saxons, dont le Macmillan. On remarque enfin que la connexité n'entre pas en concurrence, comme concept, avec celui d'interdéfinition qui met également en correspondance deux plans (forme-sens), tandis que, théoriquement, la connexité s'établit entre éléments de sens d’une forme à l’autre. Seule une comparaison systématique sur un corpus étendu permettra de clairement distinguer la compatibilité et l’affinité de la connexité. Son statut n’est pas arrêté. La décision de la situer après deux éléments de sens communs ne tient pas compte de définitions ou d’acceptions ne pouvant comporter que deux descripteurs.

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