Modèle sémantique (5)
3.6 Cet essai repose sur une théorie de la sémantisation (développée en partie dans ma thèse d'État en 1987) dont l'objet est de décrire les opéra-tions constitutives du sens : à la différence du dictionnaire et de la lexicologie, y compris les sémantiques lexicales, qui décrivent le lexique, directement ou indirectement, la "théorie des opérations sémantiques" se limite à un aspect du lexique, les sens des unités et leurs condi-tions de réalisation dans le discours, sans toute-fois négliger les rela-tions sémantiques des signes entre eux : les relations sémiotiques - intra- et extrasémiotiques, ou, mieux intra- et intersigniques.
REM Sémantisation : néologisme dérivé de "sémantique", le suffixe -iser correspondant à une action sur un objet (transformation), ici les signes, ou être plus strictement saussurien, les signifiants, qui sont dotés de sens. Quand il s'agit d'unités linguistiques, lorsqu'elles sémantisent une autre unité, "sémantiser" veut dire "contribuer à son sens", c'est-à-dire qu'elles permettent d'inférer une partie du sens d'une forme inconnue ou peu connue (peu familière). Normalement la sémantisation suppose un sujet (c'est pourquoi le terme de "sémiocognitif " apparaît dans le texte), mais il s'agit d'un sujet comprenant, sur le modèle de "sujet parlant". Dans la réalité, les deux rôles peuvent être naturellement tenus par la même personne.
Même si la théorie en question ("théorie de la sémantisation", ou TS) désolidarise le signe saussurien, il faut en effet distinguer le rapport du signe à son sens, les rapports de sens à sens et les rapports des signes entre eux.
REM La dichotomie saussurienne est ici considérée comme une rupture de plan. Le signe éclate par défaut d'homogénéité : le signifiant et le signifié ne sont plus le recto et le verso d'une feuille de papier, pour reprendre la métaphore saussurienne - le découpage n'est pas isomorphe. Le principe de disproportion écarte aussi l'hypothèse de Sapir-Whorf, sans même faire intervenir le contact des langues.
3.7 Avant de mettre en tableau les caractères propres des composantes du modèle, on peut se pencher sur ce petit inventaire des "types de sens" dans une perspective analytique (qui est distincte de la mienne) :
Sens et sens
REM On peut ajouter le sens "accomodatice", signalé par Dupriez (v. Annexe sur la sémantique intuitive), qui est défini par l'Encyclopédie Universelle Larousse (EUL) comme le " sens donné à un texte de l'Écriture, absolument étranger à la pensée de l'auteur biblique et qui ne repose que sur une interprétation personnelle, parfois fantaisiste. " La même source définit le sens ainsi : ? ce que représente un mot, objet ou état auquel il réfère : Chercher le sens d'un mot dans le dictionnaire. (EUL).
Le sens et ses concurrents, souvent considérés comme constituants
3.7.0 Dans une étude que j'ai faite des "sens intuitifs", pour en dégager une "sémantique naturelle", c'est-à-dire "naïve", le recensement s'est arrêté à une soixantaine de sens de 'sens', dus en grande partie à ses cooccurrents, et où le terme 'acception' est généralement substituable. Cette perspective classificatrice n'a pas de généralité, même après réduction des doublons synonymiques et s'applique difficilement à chaque mot du lexique (au sens de {tous les mots}). En outre, la compétence du sujet-interprète serait particulièrement encombrée. Voici quelques exemples, parmi les plus motivés,
sens historique : " la préciosité, entendue au sens strict, c'est-à-dire historique, originel en quelque sorte "
sens impersonnel : sans sujet réel (d'origine syntaxique)
sens imprécis : ctr de précis ; général ; opposé à exact
sens insolite : cocasse/ludique (jeux de mots)
sens large : (acception la plus large) cf. lato sensu
sens littéral : pris strictement à la lettre ; littéral ~ propre ? figuré
sens mathématique : (au sens mathématique) opérateur de référence (domaine)
sens moderne : actuel/contemporain ctr de vieux/vieilli/archaïque
sens négatif : qui nie (ctr de positif) ; péjoratif =/= mélioratif
sens noble : opposé à bas (cf. relevé).
sens opposé : contraire/inverse/corrélatif/contraire/contradictoire
sens originel : qui vient de l'origine (cf. étymologique).
sens par extension : par application à d'autres objets (ctr de spécialisation)
sens particulier : opposé à général
REM Le sens "naïf" peut aller se loger dans une théorie, comme le montre la "sémantique conceptuelle" décrite par Jacques Lerot (1993), que le contenu ne gêne pas, pas plus que le fait que sa sémantique étudie les contenus (je cite) "indépendamment" de leurs formes d'expression. Ce tour de force est facilité par le fait que le contenu est un type de connaissances, les connaissances générales, c'est-à-dire " ce que nous savons ". Le passage du mot à l'énoncé se fait au moyen de la loi de compositionnalité de Gottlob Frege (1848-1925). Qui en retour ouvre la possibilité d'une analyse " compositionnelle " par le moyen de la déduction, où le schéma canonique de l'inférence est mis à contribution de curieuse façon : sous le nom de " déduction " on a affaire à une forme d'implication parasynonymique - " si la situation évolue, alors elle change. Encore un mot sur les conceptions naïves, préscientifiques ou parascientifiques du sens. Comme l'association entre son et intuition chez Ernest Renan (1823-1892), dans De l'origine du langage : " Le son devint ainsi un lien entre l'image obtenue par la vision et l'image conservée dans la mémoire " ou le fait que le lexicographe et éducateur Pierre Larousse (1817-1875) dans le Jardin des racines latines (1860) propose un sens prototypal avant la lettre et impressionniste, dans la tradition de l'étymologie : sens primitif qui persiste dans les variations, principe vital, nature intime, vraie signification première, " le sens du mot jaillit de sa décomposition même ", ou encore, à l'opposé, l'idée contemporaine et réductionniste d'une " idéologie traditionnelle du sens ('vraisemblance', 'lisibilité', 'expressivité' d'un sujet imaginaire, imaginaire parce que constitué comme une 'personne', etc.) " de Roland Barthes (un des initiateurs de l'idéologie ou contre-idéologie de la dérive polysémiste, où la lecture est un exercice de haute voltige entre paradigmes).
REM Sémantisation : néologisme dérivé de "sémantique", le suffixe -iser correspondant à une action sur un objet (transformation), ici les signes, ou être plus strictement saussurien, les signifiants, qui sont dotés de sens. Quand il s'agit d'unités linguistiques, lorsqu'elles sémantisent une autre unité, "sémantiser" veut dire "contribuer à son sens", c'est-à-dire qu'elles permettent d'inférer une partie du sens d'une forme inconnue ou peu connue (peu familière). Normalement la sémantisation suppose un sujet (c'est pourquoi le terme de "sémiocognitif " apparaît dans le texte), mais il s'agit d'un sujet comprenant, sur le modèle de "sujet parlant". Dans la réalité, les deux rôles peuvent être naturellement tenus par la même personne.
Même si la théorie en question ("théorie de la sémantisation", ou TS) désolidarise le signe saussurien, il faut en effet distinguer le rapport du signe à son sens, les rapports de sens à sens et les rapports des signes entre eux.
REM La dichotomie saussurienne est ici considérée comme une rupture de plan. Le signe éclate par défaut d'homogénéité : le signifiant et le signifié ne sont plus le recto et le verso d'une feuille de papier, pour reprendre la métaphore saussurienne - le découpage n'est pas isomorphe. Le principe de disproportion écarte aussi l'hypothèse de Sapir-Whorf, sans même faire intervenir le contact des langues.
3.7 Avant de mettre en tableau les caractères propres des composantes du modèle, on peut se pencher sur ce petit inventaire des "types de sens" dans une perspective analytique (qui est distincte de la mienne) :
Sens et sens
| désignation | valeur | exemple | remarque |
| sens concret | la réalité dénotée | calcul rénal | |
| sens abstrait | id. | calcul de tête | |
| sens propre | relation entre signe et réalité | cuisine propre | |
| sens figuré | id. | cuisine politique | |
| sens primitif | filiation intersigne | bureau (drap) | dit aussi étymologique |
| sens dérivé | id. | bureau (meuble) | |
| sens référentiel | représentation mentale du référent | chaise et fauteuil distingués par bras | sèmes descriptifs de Pottier |
| sens structurel | issu des rapports entre les signes du système | sur une chaise/dans un fauteuil | dit aussi relationnel /formel |
| sens/meaning | situation | Bloomfield | conditionnement |
| sens | rapport social concret | Prieto | |
| sens | concept | Saussure | axes |
| sens/matière | substance non sémiotiquement formée | Hjelmslev | |
| sens | compréhension | Chomsky/Katz | analytique |
| sens | "transcodage" | Greimas | axes |
REM On peut ajouter le sens "accomodatice", signalé par Dupriez (v. Annexe sur la sémantique intuitive), qui est défini par l'Encyclopédie Universelle Larousse (EUL) comme le " sens donné à un texte de l'Écriture, absolument étranger à la pensée de l'auteur biblique et qui ne repose que sur une interprétation personnelle, parfois fantaisiste. " La même source définit le sens ainsi : ? ce que représente un mot, objet ou état auquel il réfère : Chercher le sens d'un mot dans le dictionnaire. (EUL).
Le sens et ses concurrents, souvent considérés comme constituants
| Sens | linguistique et discursif | se décrit au moyen d'opérations et de relations entre signes et entre signes et éléments de sens |
| Référence | extralinguistique : rapport du signe au référent et à la chose perçue (situationnel et savoir) | a son propre domaine d'étude (la pragmatique) s'appuie sur la déixis (le, ce, etc.) qui renvoie hors discours |
| Signification | extralinguistique : rapport du signe au socio-culturel | représentée au niveau du sens par la connotation ; se manifeste sous forme d'opérateurs discursifs |
3.7.0 Dans une étude que j'ai faite des "sens intuitifs", pour en dégager une "sémantique naturelle", c'est-à-dire "naïve", le recensement s'est arrêté à une soixantaine de sens de 'sens', dus en grande partie à ses cooccurrents, et où le terme 'acception' est généralement substituable. Cette perspective classificatrice n'a pas de généralité, même après réduction des doublons synonymiques et s'applique difficilement à chaque mot du lexique (au sens de {tous les mots}). En outre, la compétence du sujet-interprète serait particulièrement encombrée. Voici quelques exemples, parmi les plus motivés,
sens historique : " la préciosité, entendue au sens strict, c'est-à-dire historique, originel en quelque sorte "
sens impersonnel : sans sujet réel (d'origine syntaxique)
sens imprécis : ctr de précis ; général ; opposé à exact
sens insolite : cocasse/ludique (jeux de mots)
sens large : (acception la plus large) cf. lato sensu
sens littéral : pris strictement à la lettre ; littéral ~ propre ? figuré
sens mathématique : (au sens mathématique) opérateur de référence (domaine)
sens moderne : actuel/contemporain ctr de vieux/vieilli/archaïque
sens négatif : qui nie (ctr de positif) ; péjoratif =/= mélioratif
sens noble : opposé à bas (cf. relevé).
sens opposé : contraire/inverse/corrélatif/contraire/contradictoire
sens originel : qui vient de l'origine (cf. étymologique).
sens par extension : par application à d'autres objets (ctr de spécialisation)
sens particulier : opposé à général
REM Le sens "naïf" peut aller se loger dans une théorie, comme le montre la "sémantique conceptuelle" décrite par Jacques Lerot (1993), que le contenu ne gêne pas, pas plus que le fait que sa sémantique étudie les contenus (je cite) "indépendamment" de leurs formes d'expression. Ce tour de force est facilité par le fait que le contenu est un type de connaissances, les connaissances générales, c'est-à-dire " ce que nous savons ". Le passage du mot à l'énoncé se fait au moyen de la loi de compositionnalité de Gottlob Frege (1848-1925). Qui en retour ouvre la possibilité d'une analyse " compositionnelle " par le moyen de la déduction, où le schéma canonique de l'inférence est mis à contribution de curieuse façon : sous le nom de " déduction " on a affaire à une forme d'implication parasynonymique - " si la situation évolue, alors elle change. Encore un mot sur les conceptions naïves, préscientifiques ou parascientifiques du sens. Comme l'association entre son et intuition chez Ernest Renan (1823-1892), dans De l'origine du langage : " Le son devint ainsi un lien entre l'image obtenue par la vision et l'image conservée dans la mémoire " ou le fait que le lexicographe et éducateur Pierre Larousse (1817-1875) dans le Jardin des racines latines (1860) propose un sens prototypal avant la lettre et impressionniste, dans la tradition de l'étymologie : sens primitif qui persiste dans les variations, principe vital, nature intime, vraie signification première, " le sens du mot jaillit de sa décomposition même ", ou encore, à l'opposé, l'idée contemporaine et réductionniste d'une " idéologie traditionnelle du sens ('vraisemblance', 'lisibilité', 'expressivité' d'un sujet imaginaire, imaginaire parce que constitué comme une 'personne', etc.) " de Roland Barthes (un des initiateurs de l'idéologie ou contre-idéologie de la dérive polysémiste, où la lecture est un exercice de haute voltige entre paradigmes).

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