5. Formulation de la règle
5.0 Voici un exemple hypothétique du travail de sémantisation, c'est-à-dire d'interprétation du sens, après reconnaissance des formes : on part du principe que l'unité à doter de sens (la forme) doit être comparée aux acceptions qu'elle peut avoir dans le "stock de sens" (mémoire sémantique intériorisée) d'un sujet-interprète, en supposant qu'un tel dispositif existe chez un individu (après tout, je suis capable de distinguer en contexte la plupart des sens de la forme 'arbre', même s'il peut s'agir de formes "homonymes").
Exemple
5.0.1 'P' est le symbole de la paraphrase : celle-ci n'est pas une composante obligatoire du modèle d'interprétation, étant donné la variabilité des compétences sémantiques des locuteurs et son appartenance au versant "production" du discours ; toutefois, elle demeure un outil méthodique et théorique important. Ici elle permet de simuler la compréhension. On note que {répercussions} ne s'appuie pas sur le sémantisme, mais sur le rapport 'psychique' R 'organisme'. 'R' signale, je le rappelle, une relation indifférenciée. Une analyse sémantique de type opératoire ne se ramène pas à la recherche (illusoire) de primitifs (ou d'universaux qui suppose un panculturalisme homogène) ni à une décomposition du sens dans ses plus petits éléments pour arriver à l'insécable et l'établissement d'une combinatoire improbable, comme celles de Raymond Lulle (1235-1315) ou de Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716), comme le font l'analyse sémique ou l'analyse componentielle.
REM Ces tentatives sont des tentations compréhensibles, mais reposent sur des postulats idéologiques inquiétants. Quels que soient leurs horizons, ces entreprises comportent une part de construction théorique sans contrepartie vérifiable (le trait /horizontalité/) ou des hiérarchies de traits encombrantes, manquant de généralité. Toutefois, ces remarques ne jettent pas le discrédit sur l'outil analytique, à condition que l'on reconnaisse ses limites.
5.0.2 Si le mot reçoit un sens, c'est que celui-ci est donné, mais pas antérieurement au déchiffrement du signal (acoustique ou graphique). "Donner un sens" consiste à reconnaître une forme linguistique comme telle ou à l'assimiler à des paradigmes morphologiques connus et à lui attribuer un équivalent relatif (asymptotique) en fonction de certaines conditions. Le philosophe Gilbert Ryle (1900-1976) voyait également le sens comme opération exécutée au moyen d'une expression, sans doute sous l'influence des mathématiques ou de la logique, ou des travaux de Ludwig Wittgenstein (1889-1951), à qui Mounin attribue la formule : "Don't look for the meaning, but for the use."
REM Une démarche analogue, peu connue, a été tentée par Silvio Ceccato (v. 1949-1962) et son école opérationnelle italienne (Scuola operativa italiana), dont les travaux sont liés aux expériences de traduction automatique (dite alors mécanique) des années 50 et 60 (cf. Grolier et Mounin). Ses opérations sont de nature perceptivo-conceptuelles et font une place importante à la mise en corrélation. Son influence sur moi fut sans doute inversement proportionnelle à ce que j'avais pu glaner à son sujet. On ne négligera pas la part métaphorique d'une première hypothèse. Sa recherche d'un inventaire métadescriptif fondamental le conduit à l'impasse des primitifs.
5.0.3 Il est possible de reconnaître une forme comme appartenant aux formes de la langue (la forme en -ique) sans qu'on puisse la trouver "signifiante" ou même interprétable, ainsi 'gualidique', même dans sa coccurrence avec 'argument' et son contexte étendu : "par quoi l'on démontrait déjà que le mot souris ne grignote pas du fromage." La consultation des dictionnaires ne livre aucun indice.
5.1 Historiquement, la première représentation semi-formelle non-intuitive de la règle m'a été suggérée par une collègue phonologue au terme d'une communication que j'avais faite sur le sens des prépositions, en fonction de leur contexte, au début des années 80. Elle consistait essentiellement en l'adoption de la barre oblique contextuelle : a/_b, c'est-à-dire " 'a' dans le contexte avant 'b' ".
5.2 Comme je l'ai signalé, j'avais déjà cependant retenu la notation de l'attribution de valeur de certains langages informatiques ou formalisés [Moreau (1975)] pour introduire l'équivalence postulée entre la forme et son sens, soit le signe deux-points égale, :=, où les deux-points marquaient la rupture de plan, soit 'herméneutique' := {théorie de l'interprétation des signes}. Pour reprendre la formulation langerienne [Langer (1937)], on dirait "herméneutique égale par interprétation théorie de l'interprétation des signes".
5.2.1 Les crochets et les accolades consolident cette convention (qui a évolué, mais qui demeure la représentation d'une opération essentielle).
'prouesse' et {acte}, soit 'forme' \ {sens}, où la barre \ marque la différence.
REM Bien entendu, les parties formelles de la règle ne touche pas au sens. Au cours de sa lente formation, le langage humain a réussi le tour de force de simuler le sens par la forme : il serait absurde d'y substituer une forme encore plus arbitraire, sous quelque prétexte que ce soit, et qu'il faudrait retraduire en langage humain.
5.2.2 Naturellement, le rapport entre la forme et son sens s'inscrit dans un rapport contextuel. Le terme "contexte" est pris ici dans un sens restreint et invariable : l'environnement immédiat (le plus souvent) ou non d'une unité lexicale, mot, syntagme, phrasillon. Quand il n'est pas immédiat, le contexte est d'abord non contigu, puis étendu, et ne devrait pas dépasser le paragraphe dans le cas d'une source écrite (sauf dans le cas d'une transition). L'environnement extérieur (celui de la communica-tion interindividuelle ou celui, imaginaire, d'une lecture romanesque) est alors considéré comme la situation, symbolisée ?
Exemple
| unité à sémantiser | sémantisme (acceptions) | P (paraphrase) |
| c'est un trouble psychique qui réagit sur tout l'organisme | -répondre spontanément à une action extérieure -avoir une réaction -agir sur un corps dont l'action a été éprouvée -répondre à une action extérieure -s'opposer à (une action) par une action contraire -agir en s'opposant -agir sur l'agent, la cause de l'action qu'on subit, en s'y opposant -agir en retour ou réciproquement sur (qqch.) -entrer en réaction -pour un être vivant, répondre par une réaction ou un ensemble de réactions | avoir des répercussions sur agir en retour sur |
5.0.1 'P' est le symbole de la paraphrase : celle-ci n'est pas une composante obligatoire du modèle d'interprétation, étant donné la variabilité des compétences sémantiques des locuteurs et son appartenance au versant "production" du discours ; toutefois, elle demeure un outil méthodique et théorique important. Ici elle permet de simuler la compréhension. On note que {répercussions} ne s'appuie pas sur le sémantisme, mais sur le rapport 'psychique' R 'organisme'. 'R' signale, je le rappelle, une relation indifférenciée. Une analyse sémantique de type opératoire ne se ramène pas à la recherche (illusoire) de primitifs (ou d'universaux qui suppose un panculturalisme homogène) ni à une décomposition du sens dans ses plus petits éléments pour arriver à l'insécable et l'établissement d'une combinatoire improbable, comme celles de Raymond Lulle (1235-1315) ou de Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716), comme le font l'analyse sémique ou l'analyse componentielle.
REM Ces tentatives sont des tentations compréhensibles, mais reposent sur des postulats idéologiques inquiétants. Quels que soient leurs horizons, ces entreprises comportent une part de construction théorique sans contrepartie vérifiable (le trait /horizontalité/) ou des hiérarchies de traits encombrantes, manquant de généralité. Toutefois, ces remarques ne jettent pas le discrédit sur l'outil analytique, à condition que l'on reconnaisse ses limites.
5.0.2 Si le mot reçoit un sens, c'est que celui-ci est donné, mais pas antérieurement au déchiffrement du signal (acoustique ou graphique). "Donner un sens" consiste à reconnaître une forme linguistique comme telle ou à l'assimiler à des paradigmes morphologiques connus et à lui attribuer un équivalent relatif (asymptotique) en fonction de certaines conditions. Le philosophe Gilbert Ryle (1900-1976) voyait également le sens comme opération exécutée au moyen d'une expression, sans doute sous l'influence des mathématiques ou de la logique, ou des travaux de Ludwig Wittgenstein (1889-1951), à qui Mounin attribue la formule : "Don't look for the meaning, but for the use."
REM Une démarche analogue, peu connue, a été tentée par Silvio Ceccato (v. 1949-1962) et son école opérationnelle italienne (Scuola operativa italiana), dont les travaux sont liés aux expériences de traduction automatique (dite alors mécanique) des années 50 et 60 (cf. Grolier et Mounin). Ses opérations sont de nature perceptivo-conceptuelles et font une place importante à la mise en corrélation. Son influence sur moi fut sans doute inversement proportionnelle à ce que j'avais pu glaner à son sujet. On ne négligera pas la part métaphorique d'une première hypothèse. Sa recherche d'un inventaire métadescriptif fondamental le conduit à l'impasse des primitifs.
5.0.3 Il est possible de reconnaître une forme comme appartenant aux formes de la langue (la forme en -ique) sans qu'on puisse la trouver "signifiante" ou même interprétable, ainsi 'gualidique', même dans sa coccurrence avec 'argument' et son contexte étendu : "par quoi l'on démontrait déjà que le mot souris ne grignote pas du fromage." La consultation des dictionnaires ne livre aucun indice.
5.1 Historiquement, la première représentation semi-formelle non-intuitive de la règle m'a été suggérée par une collègue phonologue au terme d'une communication que j'avais faite sur le sens des prépositions, en fonction de leur contexte, au début des années 80. Elle consistait essentiellement en l'adoption de la barre oblique contextuelle : a/_b, c'est-à-dire " 'a' dans le contexte avant 'b' ".
5.2 Comme je l'ai signalé, j'avais déjà cependant retenu la notation de l'attribution de valeur de certains langages informatiques ou formalisés [Moreau (1975)] pour introduire l'équivalence postulée entre la forme et son sens, soit le signe deux-points égale, :=, où les deux-points marquaient la rupture de plan, soit 'herméneutique' := {théorie de l'interprétation des signes}. Pour reprendre la formulation langerienne [Langer (1937)], on dirait "herméneutique égale par interprétation théorie de l'interprétation des signes".
5.2.1 Les crochets et les accolades consolident cette convention (qui a évolué, mais qui demeure la représentation d'une opération essentielle).
'prouesse' et {acte}, soit 'forme' \ {sens}, où la barre \ marque la différence.
REM Bien entendu, les parties formelles de la règle ne touche pas au sens. Au cours de sa lente formation, le langage humain a réussi le tour de force de simuler le sens par la forme : il serait absurde d'y substituer une forme encore plus arbitraire, sous quelque prétexte que ce soit, et qu'il faudrait retraduire en langage humain.
5.2.2 Naturellement, le rapport entre la forme et son sens s'inscrit dans un rapport contextuel. Le terme "contexte" est pris ici dans un sens restreint et invariable : l'environnement immédiat (le plus souvent) ou non d'une unité lexicale, mot, syntagme, phrasillon. Quand il n'est pas immédiat, le contexte est d'abord non contigu, puis étendu, et ne devrait pas dépasser le paragraphe dans le cas d'une source écrite (sauf dans le cas d'une transition). L'environnement extérieur (celui de la communica-tion interindividuelle ou celui, imaginaire, d'une lecture romanesque) est alors considéré comme la situation, symbolisée ?

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