Opérations sur le sens
[Note: j'ai fini par avoir la nausée à force de fréquenter les sites négationnistes pour les analyser, c'est pourqoi, afin de retrouver une forme de sérénité, je suis retourné à mes amours. Je commence donc l'affichage de la dernière forme achevée de ma réflexion sémantique.]
Essai de sémantique linguistique opératoire (octobre-décembre 2002, rév. 2005)
0. Avant-Propos
0.1 Cet essai a pour objet de faire le point sur une réflexion de plus de vingt ans sur les phénomènes sémantiques. Si le présent texte, moins ambitieux, reprend certains passages, en les remaniant, de l’ouvrage plus complet intitulé Traité de sémantique, c’est principalement pour y apporter ce que le temps a permis de dégager, au double sens du terme. La bibliographie n’est qu’indicative et se limite aux titres pertinents des auteurs cités ; j’ai essayé de maintenir les références au minimum. Pour assurer une meilleure lecture et pour plus de commodité, l’ouvrage ne comporte pas de notes proprement dites (bas de page, fin de chapitre, fin de texte). L’abréviation REM remplace les notes et introduit, entre deux sections, une explication ou un détail jugé pertinent ou utile, et, parfois, une mise au point plus personnelle sur la perspective adoptée. Même s’ils peuvent être de linguistes ou de philosophes, les exemples signés et datés ne constituent pas des renvois bibliographiques, mais des repères ; ces citations ne sont retenues que comme énoncés.
0.2 Les nombreux emprunts à des domaines distincts et souvent considérés comme indépendants ne sont pourtant ni des métaphores ni des allusions gratuites, quoique naturellement ils n’engagent pas l’intégrité de ces disciplines. Aujourd’hui, avec la cognitique, nous disposons d’un point de rencontre de sciences plus anciennes (la plus jeune étant la sémiotique) où les préoccupations concernant la pensée sont réunies. La lecture de cette étude pourrait donc être facilitée par une connaissance relative de l’un ou l’autre des divers domaines qui se recoupent ici : linguistique, sémiologie, psychologie, philosophie, cybernétique, analyse textuelle, lexicologie, sémantique, programmation logique, mais cette connaissance, même minimale, ne constitue pas une condition préalable.
REM La cognitique est assimilée aux recherches en intelligence artificielle (IA). Sciences cognitives, ensemble des sciences qui portent sur la cognition (psychologie cognitive, linguistique, logique, recherches en intelligence artificielle, etc.) - EUL.
0.2.1 On se méfiera toutefois d’analogies terminologiques. Je songe en particulier à la notion de mémoire, caractérisée diversement par la psychologie. Le sémanticien ne suit pas nécessairement le découpage qu’opèrent cette discipline et ses divisions théoriques. Il y a une mémoire lexicale si les formes sont reconnues comme significatives (aussi dites signifiantes), mais on doit aussi supposer une mémoire sémantique, distincte ou non de la précédente, mais certainement distincte de celle que la psychologie met en place et qui y range en vrac les connaissances du monde alors qu’il s’agit plus justement d’une mémoire encyclopédique qui étend les connaissances linguistiques aux objets du monde et à leurs représentations livresques ou imagées. La mémoire sémantique postulée ici est parallèle à la grammaire intériorisée, que ne semblait pas discerner la psychologie il y a vingt ans. La perception n’est pas exactement du ressort du «modèle de traitement des signes», mais on admet qu’elle se subdivise au moins en perception des formes acoustiques ou graphiques (audition et lecture) et en perception de la situation (visuelle), que le message soit acoustique (auditif) ou écrit (visuel ou télévisuel). Dans ce cas-là, on estime aussi qu’il y a mémoire qu’on dira perceptuelle, que les psychologues semblent appeller « perceptive ». La composante sémantique, outre la reconnaissance significative (comme mot de la langue), comporte une phase de traitement : la sémantisation, qui consiste à associer à la forme le sens qui lui convient dans l’énoncé. Ici, la mémoire intervient comme mémoire du processus (cf. mémoire de travail du psychologue).
REM Dans une situation de langues en contact, le sujet peut assimiler à sa langue une unité de la langue voisine ; Radio-Canada a ainsi fait de un mot français. Ce cas illustre bien le peu de pertinence pratique des distinctions théoriques, pourtant nécessaires à un examen méthodique.
0.2.2 La transdisciplinarité n’est pas sans risque pour l’intégrité d’un domaine de recherche. La consultation d'un ouvrage comme The Oxford Companion to the Mind (R.L. Gregory [1987]) qui inaugure l'article signification ('meaning') par «l'étude scientifique de la signification pose problème», a quelque chose de déroutant pour le linguiste, à tout le moins le sémanticien. Sur les quinze colonnes qui y sont consacrées, seul Saussure fait une brève apparition : le champ semble appartenir tout entier aux philosophes et aux logiciens. La condition modulatoire de l’affirmation ci-dessus est évidemment : «si la science est objective». Il aurait été préférable d'écrire : «Dans les limites conventionnelles de l'objectivité scientifique», car c'est de cela qu'il s'agit, comme l'essentiel de l'article rapporte les opinions des uns et des autres, notamment que le critère du sens est la vérité, ce qui est assez cu-rieux dans un texte où les uns réfutent les autres. Le lecteur perspicace (et surtout persévérant) aura compris que la vérité est portative (en plus d'être commode et élastique), mais surtout que jamais le sens n'y est considéré comme véritable objet d'étude : les tenants du mot se heurtent aux partisans de la phrase qui sont la proie des promoteurs du discours, auxquels s’attaquent les partisans de la référence et de la pragmatique, et le plus curieux c'est que la réalité des uns n'est jamais celle des autres (pas plus que la vérité ni la signification).
REM Faisant fi de l’interdit pesant sur l’introspection, le linguiste Georges Mounin s’est intéressé à ses failles de mémoires pour confirmer certaines «affirmations linguistiques», dont la différence entre signifiant (forme) et signifié (sens) et l’hypothèse saussurienne sur les valeurs des mots, limitées réciproquement, mais il ne réussit qu’à démontrer la délimitation du signifiant (forme) ; il considère également confirmé le caractère opératoire du trait distinctif (différence spécifique d’Aristote). Il ne lui vient pas à l’esprit que c’est peut-être sa formation de linguiste qui l’amène à voir confirmées des thèses qu’il fait linguistiques. La seule véritable est la position de Saussure (1857-1913) que j’infirme plus loin en ce qui touche au sens. Michel Bréal (1832-1915) et Arsène Darmesteter (1846-1888) avaient déjà démontré que le lexique n’est pas un échiquier, c'est-à-dire l’inverse de la position saussurienne.
0.3 La transposition conceptuelle a toujours été une préoccupation importante à mes yeux et j’ai consacré un article à cette migration incontournable, trop souvent métaphorique. Il en va de même pour la propriété intellectuelle. L’absence d’un appareil formel de citations n’entraîne pas de ma part que je fasse fi de mes dettes intellectuelles pour me livrer au pillage. L’économie qui est faite en ce qui touche les sources est une tentative de minimiser les tentations polémiques ou la justification relative à certaines notions dont la pertinence ou la paternité pourrait soulever des questions. Les auteurs mentionnés apparaissent à titre de repères théoriques, généralement distincts de mes propres positions.
REM Avec le temps, les lectures et la maturation naturelle des idées, la notion de redondance, appartenant originalement à la théorie mathématique de la communication, qui semble encore faire entrer certains linguistes en convulsions, et qui a été le fer de lance de ma théorie, a été graduellement remplacée, en nom au moins, par sa description neutre en théorie des ensembles.
Essai de sémantique linguistique opératoire (octobre-décembre 2002, rév. 2005)
0. Avant-Propos
0.1 Cet essai a pour objet de faire le point sur une réflexion de plus de vingt ans sur les phénomènes sémantiques. Si le présent texte, moins ambitieux, reprend certains passages, en les remaniant, de l’ouvrage plus complet intitulé Traité de sémantique, c’est principalement pour y apporter ce que le temps a permis de dégager, au double sens du terme. La bibliographie n’est qu’indicative et se limite aux titres pertinents des auteurs cités ; j’ai essayé de maintenir les références au minimum. Pour assurer une meilleure lecture et pour plus de commodité, l’ouvrage ne comporte pas de notes proprement dites (bas de page, fin de chapitre, fin de texte). L’abréviation REM remplace les notes et introduit, entre deux sections, une explication ou un détail jugé pertinent ou utile, et, parfois, une mise au point plus personnelle sur la perspective adoptée. Même s’ils peuvent être de linguistes ou de philosophes, les exemples signés et datés ne constituent pas des renvois bibliographiques, mais des repères ; ces citations ne sont retenues que comme énoncés.
0.2 Les nombreux emprunts à des domaines distincts et souvent considérés comme indépendants ne sont pourtant ni des métaphores ni des allusions gratuites, quoique naturellement ils n’engagent pas l’intégrité de ces disciplines. Aujourd’hui, avec la cognitique, nous disposons d’un point de rencontre de sciences plus anciennes (la plus jeune étant la sémiotique) où les préoccupations concernant la pensée sont réunies. La lecture de cette étude pourrait donc être facilitée par une connaissance relative de l’un ou l’autre des divers domaines qui se recoupent ici : linguistique, sémiologie, psychologie, philosophie, cybernétique, analyse textuelle, lexicologie, sémantique, programmation logique, mais cette connaissance, même minimale, ne constitue pas une condition préalable.
REM La cognitique est assimilée aux recherches en intelligence artificielle (IA). Sciences cognitives, ensemble des sciences qui portent sur la cognition (psychologie cognitive, linguistique, logique, recherches en intelligence artificielle, etc.) - EUL.
0.2.1 On se méfiera toutefois d’analogies terminologiques. Je songe en particulier à la notion de mémoire, caractérisée diversement par la psychologie. Le sémanticien ne suit pas nécessairement le découpage qu’opèrent cette discipline et ses divisions théoriques. Il y a une mémoire lexicale si les formes sont reconnues comme significatives (aussi dites signifiantes), mais on doit aussi supposer une mémoire sémantique, distincte ou non de la précédente, mais certainement distincte de celle que la psychologie met en place et qui y range en vrac les connaissances du monde alors qu’il s’agit plus justement d’une mémoire encyclopédique qui étend les connaissances linguistiques aux objets du monde et à leurs représentations livresques ou imagées. La mémoire sémantique postulée ici est parallèle à la grammaire intériorisée, que ne semblait pas discerner la psychologie il y a vingt ans. La perception n’est pas exactement du ressort du «modèle de traitement des signes», mais on admet qu’elle se subdivise au moins en perception des formes acoustiques ou graphiques (audition et lecture) et en perception de la situation (visuelle), que le message soit acoustique (auditif) ou écrit (visuel ou télévisuel). Dans ce cas-là, on estime aussi qu’il y a mémoire qu’on dira perceptuelle, que les psychologues semblent appeller « perceptive ». La composante sémantique, outre la reconnaissance significative (comme mot de la langue), comporte une phase de traitement : la sémantisation, qui consiste à associer à la forme le sens qui lui convient dans l’énoncé. Ici, la mémoire intervient comme mémoire du processus (cf. mémoire de travail du psychologue).
REM Dans une situation de langues en contact, le sujet peut assimiler à sa langue une unité de la langue voisine ; Radio-Canada a ainsi fait de
0.2.2 La transdisciplinarité n’est pas sans risque pour l’intégrité d’un domaine de recherche. La consultation d'un ouvrage comme The Oxford Companion to the Mind (R.L. Gregory [1987]) qui inaugure l'article signification ('meaning') par «l'étude scientifique de la signification pose problème», a quelque chose de déroutant pour le linguiste, à tout le moins le sémanticien. Sur les quinze colonnes qui y sont consacrées, seul Saussure fait une brève apparition : le champ semble appartenir tout entier aux philosophes et aux logiciens. La condition modulatoire de l’affirmation ci-dessus est évidemment : «si la science est objective». Il aurait été préférable d'écrire : «Dans les limites conventionnelles de l'objectivité scientifique», car c'est de cela qu'il s'agit, comme l'essentiel de l'article rapporte les opinions des uns et des autres, notamment que le critère du sens est la vérité, ce qui est assez cu-rieux dans un texte où les uns réfutent les autres. Le lecteur perspicace (et surtout persévérant) aura compris que la vérité est portative (en plus d'être commode et élastique), mais surtout que jamais le sens n'y est considéré comme véritable objet d'étude : les tenants du mot se heurtent aux partisans de la phrase qui sont la proie des promoteurs du discours, auxquels s’attaquent les partisans de la référence et de la pragmatique, et le plus curieux c'est que la réalité des uns n'est jamais celle des autres (pas plus que la vérité ni la signification).
REM Faisant fi de l’interdit pesant sur l’introspection, le linguiste Georges Mounin s’est intéressé à ses failles de mémoires pour confirmer certaines «affirmations linguistiques», dont la différence entre signifiant (forme) et signifié (sens) et l’hypothèse saussurienne sur les valeurs des mots, limitées réciproquement, mais il ne réussit qu’à démontrer la délimitation du signifiant (forme) ; il considère également confirmé le caractère opératoire du trait distinctif (différence spécifique d’Aristote). Il ne lui vient pas à l’esprit que c’est peut-être sa formation de linguiste qui l’amène à voir confirmées des thèses qu’il fait linguistiques. La seule véritable est la position de Saussure (1857-1913) que j’infirme plus loin en ce qui touche au sens. Michel Bréal (1832-1915) et Arsène Darmesteter (1846-1888) avaient déjà démontré que le lexique n’est pas un échiquier, c'est-à-dire l’inverse de la position saussurienne.
0.3 La transposition conceptuelle a toujours été une préoccupation importante à mes yeux et j’ai consacré un article à cette migration incontournable, trop souvent métaphorique. Il en va de même pour la propriété intellectuelle. L’absence d’un appareil formel de citations n’entraîne pas de ma part que je fasse fi de mes dettes intellectuelles pour me livrer au pillage. L’économie qui est faite en ce qui touche les sources est une tentative de minimiser les tentations polémiques ou la justification relative à certaines notions dont la pertinence ou la paternité pourrait soulever des questions. Les auteurs mentionnés apparaissent à titre de repères théoriques, généralement distincts de mes propres positions.
REM Avec le temps, les lectures et la maturation naturelle des idées, la notion de redondance, appartenant originalement à la théorie mathématique de la communication, qui semble encore faire entrer certains linguistes en convulsions, et qui a été le fer de lance de ma théorie, a été graduellement remplacée, en nom au moins, par sa description neutre en théorie des ensembles.

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