17.2.05

Falsification

Comme le montre l'existence de la fiction romanesque et des légendes, le discours se prête à merveille à la falsification, grâce aux mécanismes qui font du posé un existant, dont la référence extérieure découlerait naturellement. Même un animal qui n'a jamais existé peut recevoir des prédicats, dont celui-ci qui ne jette pas le doute sur la véracité de la bête:

la licorne a été l'animal particulièrement apprécié au Moyen Âge

Aristote et Pline l'ont décrite, mais elle n'en existe pas davantage. Mais on ne les accusera pas de falsifier la zoologie, mais d'être crédules ou d'avoir une imagination fertile. Il en va autrement avec des énoncés comme

[le négationniste croit qu'] 1) Auschwitz était un bagne
[le négationniste croit que] 2) les chambres à gaz sont une légende
[le négationniste croit qu'] 3) on n’a gazé que des poux
[le négationniste croit que] 4) l'Holocauste est une religion
[le négationniste croit que] 5) la défaite d'Hitler a été la défaite de l'Europe

Aucune de ces "opinions" ne résiste à la mise en rapport avec les connaissances que l'on possède sur ces questions, en particulier depuis la publication de Des voix sous la cendre, témoignages posthumes de membres des sonderkommandos, en ce qui concerne les chambres à gaz et la Shoah.

Quand à 4) si le posé accepte un certain nombre d'attributs, religion n'en fait pas partie. S'il dénature la mémoire de l'anéantissement, cet énoncé, au moins, ne le nie pas. 5) est une énormité. L'analyse révèlerait que l'amalgame rend synonymes Hitler et Europe, ce qui serait risible si ce n'était pas une bouffonnerie tragique: il a été responsable de sa quasi-destruction.

Il est clair que le négationniste croit que la falsification de l'histoire est la vérité historique, qu'il suffit d'avoir une opinion sur ce qui s'est passé pour qu'elle soit une idée, et pis, une idée vraie, résistant à un examen sérieux et à une vérification scientifique.

[Note: Les sonderkommandos assuraient l'acheminement des corps gazés aux crématoires.]