3. Modèle sémantique
2.5 L’épithète linguistique s’applique au modèle dans la mesure où il tente de décrire un aspect de l’activité linguistique (ou langagière, comme l’on dit parfois). C’est aussi le cas si l’on considère que la sémantique fait partie des disciplines linguistiques, n’en déplaise à certains linguistes. On ne manquera pas de remarquer les emprunts fréquents à la terminologie linguistique.
2.6 La principale innovation qu’apporte le modèle dans le cadre d’une linguistique quelconque tient au fait que la compréhension d’un énoncé est considérée comme une opération sur le sens de ses constituants et le sens lui-même comme une opération sur des formes linguistiques cooccurrentes.
2.6.1 Il est naturellement difficile d’imaginer une linguistique sans grammaire (sans syntaxe), mais dans l’optique de la réception (c'est-à-dire de la compréhension), il n’est pas possible de postuler une véritable analyse grammaticale, en termes de classes et de fonctions, comme l’ancienne analyse logique ou même l’analyse en arborescence de la grammaire générative.
2.6.2 Il faut faire appel à l’existence de schémas appris (par l’usage ou par méthode), ici appelés modules, nominaux (xNy, xyNz) ou verbaux (xVy), préposition-nels (xÀy, xDEy), verbo-prépositionnels (xV[y]Àz) et conjonctionnels (xMAISy, xQUANDy). Bien entendu, ces catégories sont métalinguistiques et n’apparaissent pas dans le traitement normal, sauf si le sujet-interprète est obligé de passer en mode analytique et «métalinguistique», en raison de la difficulté de lecture ou d’audition. Ce mode serait fonction des connaissances syntaxiques du sujet, comme sa capacité de référencier dépend de son «encyclopédie» et de sa mémoire, sans oublier sa perception, dans une situation réelle.
REM La notion de module (verbal) est empruntée à Pottier (1974). Sa représentation ne semble jamais arrêtée dans mes travaux. Toutefois comme les positions y sont des paradigmes, disons que pour le français, la forme canonique devrait être [s[v]o]. Paradigme ≝ ensemble des termes substituables situés en un même point de la chaîne parlée. (PR).
2.6.3 La forme mémorisée (intériorisée) d’organisation de cette encyclopédie est considérée comme le prédicat, en raison de son ancienneté et de sa généralité, schéma qui associe un sujet ou thème (ce dont on parle) à un attribut (ce qu’on affirme ou nie du sujet/thème). L’organisation des prédicats entre eux dans cette encyclopédie est probablement relationnelle, sur le même principe que les bases de données du même nom. J’y reviendrai plus loin, en examinant les relations sémantiques qui structurent sans doute le lexique individuel.
REM Mounin (1972) affirme «(qu’) en sémantique, on en est encore à chercher s’il est possible de structurer un lexique : comment prouver de façon linguistique objective qu’il y a un rapport sémantique — et lequel ? — entre écornifleur et pique-assiette ?» C’est au moins une question à laquelle répond la sémantique opératoire, même si elle ne se pare pas d’«objectivité linguistique».
3. Un modèle sémantique
3.1 Le cadre théorique le plus apte à accueillir le modèle demeure la sémantique, dans la mesure où celle-ci ne s’enferme pas dans des contraintes qui lui sont étrangères. Je songe ici à une logique notamment formelle qui cherche parfois à remplacer le sens par une symbolique épurée, ou encore à une syntaxe qui voudrait la subordonner à une grammaire (entendre : unités + règles de combinaison).
REM Malgré le refus du formalisme comme voie royale, on s’apercevra que ce texte comporte de nombreux signes empruntés à la logique ou aux mathématiques, mais leur usage est strictement une manière de réduire le flottement et d’économiser.
3.1.0 Comme je l’ai déjà suggéré, la sémantique s'inscrit, avec d'autres disciplines, dans le champ des sciences du langage (linguistique, sémiotique, rhétorique, poétique, etc.), et plus largement encore dans celui des sciences humaines et sociales, au même titre que la sociologie, la psychanalyse, etc. Quoi qu'elle puisse déborder à la fois son objet et son champ, et qu'elle subisse autant d'influences qu'il y a de disciplines concurrentes ou qui l'intersectent, elle revendique néanmois une certaine autonomie, dite « relative », comme d'autres sciences linguistiques, ainsi la phonologie ou la syntaxe vis-à-vis l'une de l'autre.
3.1.1 Les compartimentages classiques à l’intérieur de la linguistique ont fait coexister la lexicologie et la sémantique (après s’être dégagée de l’histoire du mot au profit de l’étymologie), alors qu’elles étaient destinées à se rejoindre dans une sémantique lexicale, qui devenait souvent une lexicologie sémantique. Certains aspects de la lexicologie se sont spécialisés jusqu’à constituer des domaines indépendants.
3.1.2 D’autres tentatives ont franchi la frontière du mot (déjà contestée en raison des mots composés), puis du syntagme (groupe de mots), et enfin de la phrase. Toutefois, si le syntagme peut se réclamer du statut de signe (intégrable à un niveau supérieur), il devient difficile de considérer la phrase comme signe, quoiqu’il puisse régner une certaine combinabilité dans certains textes, à l'égal de la mobilité des mots au sein d’une phrase. Cette difficulté est insurmontable quand il s’agit du texte ou de ses unités, qui ne sont pas combinables entre eux, malgré l’apparition de notion comme intertexte.
REM On notera, d’une part, que la « phrase » est une unité construite du grammairien, ce qui en fait l'énoncé d'un linguiste, à titre métalinguistique ou non (la différence ici tient au fait de référer) et, de l’autre, qu’un ouvrage de deux cents pages comporte environ 60 000 mots ; le signe est alors particulièrement encombrant, malgré la redondance propre au langage, à l’écriture et au sens.
3.1.3 Les contraintes du signe (outre sa désignation) sont claires dans l’héritage de la linguistique structurale : syntagmatique (axe de succession) et paradigmatique (axe de substitution). Les signes se combinent en une chaîne réglée et contrainte par la temporalité ; en tout point de cette chaîne, il est possible de procéder à des subtitutions (commutation). L’axe syntagmatique tolère certaines possibilités de permutation, mais elles sont rarement tolérées au-delà de la phrase ; il suffit de songer à l’inversion parfois réalisable à l’intérieur d’un énoncé phrastique et de tenter de la transposer sur des phrases (non pas en cours de production, mais des phrases données en succession). La substituabilité se heurtera aux mêmes limites. L'application de ces opérations aux «unités» supérieures relève alors plutôt de la métaphore théorique, sauf dans le cas de productions littéraires où sont bousculées les catégories de la perception. La correction d’un texte donne un expérience de première main de ces contraintes, dites « spatialement », verticales et horizontales.
axe syntagmatique → axe horizontal des successions
↕ axe paradigmatique
axe
vertical ↕
des
substitutions
2.6 La principale innovation qu’apporte le modèle dans le cadre d’une linguistique quelconque tient au fait que la compréhension d’un énoncé est considérée comme une opération sur le sens de ses constituants et le sens lui-même comme une opération sur des formes linguistiques cooccurrentes.
2.6.1 Il est naturellement difficile d’imaginer une linguistique sans grammaire (sans syntaxe), mais dans l’optique de la réception (c'est-à-dire de la compréhension), il n’est pas possible de postuler une véritable analyse grammaticale, en termes de classes et de fonctions, comme l’ancienne analyse logique ou même l’analyse en arborescence de la grammaire générative.
2.6.2 Il faut faire appel à l’existence de schémas appris (par l’usage ou par méthode), ici appelés modules, nominaux (xNy, xyNz) ou verbaux (xVy), préposition-nels (xÀy, xDEy), verbo-prépositionnels (xV[y]Àz) et conjonctionnels (xMAISy, xQUANDy). Bien entendu, ces catégories sont métalinguistiques et n’apparaissent pas dans le traitement normal, sauf si le sujet-interprète est obligé de passer en mode analytique et «métalinguistique», en raison de la difficulté de lecture ou d’audition. Ce mode serait fonction des connaissances syntaxiques du sujet, comme sa capacité de référencier dépend de son «encyclopédie» et de sa mémoire, sans oublier sa perception, dans une situation réelle.
REM La notion de module (verbal) est empruntée à Pottier (1974). Sa représentation ne semble jamais arrêtée dans mes travaux. Toutefois comme les positions y sont des paradigmes, disons que pour le français, la forme canonique devrait être [s[v]o]. Paradigme ≝ ensemble des termes substituables situés en un même point de la chaîne parlée. (PR).
2.6.3 La forme mémorisée (intériorisée) d’organisation de cette encyclopédie est considérée comme le prédicat, en raison de son ancienneté et de sa généralité, schéma qui associe un sujet ou thème (ce dont on parle) à un attribut (ce qu’on affirme ou nie du sujet/thème). L’organisation des prédicats entre eux dans cette encyclopédie est probablement relationnelle, sur le même principe que les bases de données du même nom. J’y reviendrai plus loin, en examinant les relations sémantiques qui structurent sans doute le lexique individuel.
REM Mounin (1972) affirme «(qu’) en sémantique, on en est encore à chercher s’il est possible de structurer un lexique : comment prouver de façon linguistique objective qu’il y a un rapport sémantique — et lequel ? — entre écornifleur et pique-assiette ?» C’est au moins une question à laquelle répond la sémantique opératoire, même si elle ne se pare pas d’«objectivité linguistique».
3. Un modèle sémantique
3.1 Le cadre théorique le plus apte à accueillir le modèle demeure la sémantique, dans la mesure où celle-ci ne s’enferme pas dans des contraintes qui lui sont étrangères. Je songe ici à une logique notamment formelle qui cherche parfois à remplacer le sens par une symbolique épurée, ou encore à une syntaxe qui voudrait la subordonner à une grammaire (entendre : unités + règles de combinaison).
REM Malgré le refus du formalisme comme voie royale, on s’apercevra que ce texte comporte de nombreux signes empruntés à la logique ou aux mathématiques, mais leur usage est strictement une manière de réduire le flottement et d’économiser.
3.1.0 Comme je l’ai déjà suggéré, la sémantique s'inscrit, avec d'autres disciplines, dans le champ des sciences du langage (linguistique, sémiotique, rhétorique, poétique, etc.), et plus largement encore dans celui des sciences humaines et sociales, au même titre que la sociologie, la psychanalyse, etc. Quoi qu'elle puisse déborder à la fois son objet et son champ, et qu'elle subisse autant d'influences qu'il y a de disciplines concurrentes ou qui l'intersectent, elle revendique néanmois une certaine autonomie, dite « relative », comme d'autres sciences linguistiques, ainsi la phonologie ou la syntaxe vis-à-vis l'une de l'autre.
3.1.1 Les compartimentages classiques à l’intérieur de la linguistique ont fait coexister la lexicologie et la sémantique (après s’être dégagée de l’histoire du mot au profit de l’étymologie), alors qu’elles étaient destinées à se rejoindre dans une sémantique lexicale, qui devenait souvent une lexicologie sémantique. Certains aspects de la lexicologie se sont spécialisés jusqu’à constituer des domaines indépendants.
3.1.2 D’autres tentatives ont franchi la frontière du mot (déjà contestée en raison des mots composés), puis du syntagme (groupe de mots), et enfin de la phrase. Toutefois, si le syntagme peut se réclamer du statut de signe (intégrable à un niveau supérieur), il devient difficile de considérer la phrase comme signe, quoiqu’il puisse régner une certaine combinabilité dans certains textes, à l'égal de la mobilité des mots au sein d’une phrase. Cette difficulté est insurmontable quand il s’agit du texte ou de ses unités, qui ne sont pas combinables entre eux, malgré l’apparition de notion comme intertexte.
REM On notera, d’une part, que la « phrase » est une unité construite du grammairien, ce qui en fait l'énoncé d'un linguiste, à titre métalinguistique ou non (la différence ici tient au fait de référer) et, de l’autre, qu’un ouvrage de deux cents pages comporte environ 60 000 mots ; le signe est alors particulièrement encombrant, malgré la redondance propre au langage, à l’écriture et au sens.
3.1.3 Les contraintes du signe (outre sa désignation) sont claires dans l’héritage de la linguistique structurale : syntagmatique (axe de succession) et paradigmatique (axe de substitution). Les signes se combinent en une chaîne réglée et contrainte par la temporalité ; en tout point de cette chaîne, il est possible de procéder à des subtitutions (commutation). L’axe syntagmatique tolère certaines possibilités de permutation, mais elles sont rarement tolérées au-delà de la phrase ; il suffit de songer à l’inversion parfois réalisable à l’intérieur d’un énoncé phrastique et de tenter de la transposer sur des phrases (non pas en cours de production, mais des phrases données en succession). La substituabilité se heurtera aux mêmes limites. L'application de ces opérations aux «unités» supérieures relève alors plutôt de la métaphore théorique, sauf dans le cas de productions littéraires où sont bousculées les catégories de la perception. La correction d’un texte donne un expérience de première main de ces contraintes, dites « spatialement », verticales et horizontales.
axe syntagmatique → axe horizontal des successions
↕ axe paradigmatique
axe
vertical ↕
des
substitutions

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