2 Un modèle linguistique?
2.1 Malgré la fécondité du modèle et sa forte imprégnation cognitive, c'est le langage humain (souvent dit [à tort, selon certains] naturel, par opposition à artificiel, celui des ordinateurs, ou symbolique, celui de la logique) qui reste l'élément structurant de l'ensemble, en ce qui concerne le sens.
REM EUL fait de la fonction cognitive le synonyme de fonction référentielle = fonction du langage ayant pour but de communiquer des informations. (Synonyme : fonction cognitive ou dénotative) [EUL], suivant en cela Roman Jakobson (1960).
2.2 Néanmoins, le modèle esquissé ici n'appartient en propre à aucune théorie linguistique existante établie et s'écarte des catégories habituelles d'une linguistique, sociolinguistique ou psycholinguistique. La grammaire ou la syntaxe n'y trouvent pas leur compte, ni la lexicologie, pas plus que la phonologie ou la phonétique.
2.3 Cette absence de correspondance tient à la nature du modèle : il opte pour le seul aspect perceptible et observable du langage, c'est-à-dire sa compréhension (sa reconnaissance ou sa réception). Il existe des modèles de production, mais il leur est pratiquement impossible de décrire des phénomènes confirmables. C'est aux neurosciences qu'il reviendra d'observer la production d'énoncés, mais sans pouvoir en expliquer les processus.
2.3.1 Même une sémantique de la production ne peut postuler qu'une "pensée" qui s'investirait dans le langage, surtout si cette pensée prend l'aspect d'une "forme logique". La syntaxe peut toujours expliquer la combinaison des mots en vertu de règles, d'une structure antérieure (dite "profonde") à celle qui s'observe, mais elle transpose alors une analyse qui est normalement postérieure à la production.
2.3.2 Il ne s'agit pas d'affirmer qu'il n'existe pas de pensée indépendante du langage (mes chiens raisonnent par inférence ; si on n'aime pas les chiens, on peut songer aux rêves), mais qu'elle n'est descriptible pour l'homme qu'au moyen de signes linguistiques.
2.4 Le langage est donc une contrainte du modèle, comme le prédicat est une contrainte du jugement (la référence à la réalité est un jugement synthétique - aussi dit empirique). On ne sera donc pas surpris que la signification d'un énoncé (au sens de jugement porté sur un énoncé) soit un autre énoncé : l'importance de la notion de paraphrase sera souvent signalée. Il ne s'agit pas d'un retour en catimini du schéma stimulus-réponse. Les "équivalences" des trois phases sont des reformulations intérieures. Cette circularité peut être apparemment brisée par l'artifice du métalangage, mais celui-ci, comme tout signe, a besoin d'une élucidation.
REM Métalangage/métalangue = langage spécialisé que l'on utilise pour décrire une langue naturelle. [C'est le cas du discours linguistique utilisé dans la description de la structure et du fonctionnement d'une langue naturelle (ou langue-objet) et qui comporte aussi bien des termes construits à cet effet que des termes empruntés à la langue-objet.] EUL.
2.4.1 Dans le discours d'un sémanticien, il est très difficile d'isoler le véritable métalangage dont l'objet est la description objective de la sémantique naturelle du sujet, qui elle est formée essentiellement de son expérience de la langue. En-core une fois, on ne verra pas dans cette expérience le "fait d'expérience" des fonctionnalistes ; il s'agit de sa compétence. C'est pour cette raison que la majorité des exemples rapportés le sont au sens strict et jusque dans leur interprétation. Le corpus (énoncés attestés) est la seule protection contre le subjectif, non scientifique, et je me suis fait une règle de ne jamais m'appuyer sur mon intuition pour définir ou analyser un terme, sauf s'il intervient dans la théorie sémantique opératoire qui sert de cadre à cet essai. La sémantisation m'est généralement extérieure et je me borne à rapporter les sens déjà recensés, ou à sélectionner dans ce matériau ce qui me semble pertinent, pour minimiser la part de la fantaisie. Je ne peux évidemment pas supprimer toute subjectivité sans disparaître tout à fait : après tout, c'est bien moi qui feuillette le dictionnaire - disons que j'essaie, quand il s'agit d'une interprétation, de me borner au rôle de relais. Les entorses à ce principe seront indiquées clairement. Les exemples non lexicographiques sont signalés comme tels, mais interprétés à partir de dictionnaires, considérés comme interprètes de l'énoncé. Un dictionnaire peut ne pas "comprendre" un autre dictionnaire et peut très bien ne pas réussir à interpréter un exemple, mimant en cela le comportement des humains.
REM Dans le cas de l'individu il est souvent question d'idiolecte. Pendant longtemps les linguistes améri-cains, luttant contre la tentation normative propre à tout individu et con-traire à la démarche scientifique, jugeaient les énoncés inacceptables (agrammaticaux) en disant "qu'ils ne figuraient pas dans leur idiolecte". On remarquera que la généralité (garantie scientifique) y était allègrement sacrifiée, au profit d'une singularité variable à l'extême. Si la science était servie d'une part, de l'autre elle était réduite à l'opinion personnelle. Quant à moi, l'intuition constitue mon dernier recours, et le moins sûr.
2.4.2 L'accord ne semble pas exister sur les conditions de scientificité de la métalangue du lexicographe et éventuellement du sémanticien. Selon Alain Rey (1977), les définitions-paraphrases du discours quotidien ne sont soumises à aucune généralisation permettant d'en extraire une méthode. Josette Rey-Debove, pour sa part, ne semble pas aussi catégorique. Alain Rey ne dit pas s'il fait intervenir les compétences d'un sujet donné : le discours du lexicographe est-il plus scientifique ? Il ne dit pas non plus qu'il est possible de faire des observations générales sur le discours quotidien en tant que tel prenant un autre discours pour objet. Si les produits ne sont pas "généralisables", la fonction, même quotidienne, l'est. Il reste qu'une des fonctions du langage consiste à parler de lui-même : cf. "comme on l'appelle plus volontiers". Soit encore 'opiler' explique 'désopilant', par le biais de "désopiler la rate".
2.4.3 Il reste qu'on remarque que tous les énoncés lexicographiques n'ont pas le même statut scientifique. Mon Dictionnaire complet illustré de Pierre Larousse de 1911 (PL1911) qui utilise "action de" pour "initiation" adopte-t-il un métalangage ou non, surtout s'il définit "initiateur" comme "celui qui initie" et "initié" "qui a été admis ou mis au fait", synthèse de deux acceptions différentes. J'espère pouvoir montrer, au fur et à mesure, que la scientificité d'un métalangage est fonction de contraintes déterminées et que, d'un point de vue sémantique, ce ne sont ni le statut social ni le groupe socioprofessionnel ni les termes employés qui constituent les garants d'un "métalangage".
REM La rigueur du raisonnement n'est pas non plus l'apanage des sciences dures : un physicien "nucléaire" désormais célèbre se sert de la radioactivité naturelle comme argument pour justifier le développement du nucléaire. L'assassin peut aussi expliquer son geste en prétendant qu'il ne fait qu'avancer une échéance naturelle.
REM EUL fait de la fonction cognitive le synonyme de fonction référentielle = fonction du langage ayant pour but de communiquer des informations. (Synonyme : fonction cognitive ou dénotative) [EUL], suivant en cela Roman Jakobson (1960).
2.2 Néanmoins, le modèle esquissé ici n'appartient en propre à aucune théorie linguistique existante établie et s'écarte des catégories habituelles d'une linguistique, sociolinguistique ou psycholinguistique. La grammaire ou la syntaxe n'y trouvent pas leur compte, ni la lexicologie, pas plus que la phonologie ou la phonétique.
2.3 Cette absence de correspondance tient à la nature du modèle : il opte pour le seul aspect perceptible et observable du langage, c'est-à-dire sa compréhension (sa reconnaissance ou sa réception). Il existe des modèles de production, mais il leur est pratiquement impossible de décrire des phénomènes confirmables. C'est aux neurosciences qu'il reviendra d'observer la production d'énoncés, mais sans pouvoir en expliquer les processus.
2.3.1 Même une sémantique de la production ne peut postuler qu'une "pensée" qui s'investirait dans le langage, surtout si cette pensée prend l'aspect d'une "forme logique". La syntaxe peut toujours expliquer la combinaison des mots en vertu de règles, d'une structure antérieure (dite "profonde") à celle qui s'observe, mais elle transpose alors une analyse qui est normalement postérieure à la production.
2.3.2 Il ne s'agit pas d'affirmer qu'il n'existe pas de pensée indépendante du langage (mes chiens raisonnent par inférence ; si on n'aime pas les chiens, on peut songer aux rêves), mais qu'elle n'est descriptible pour l'homme qu'au moyen de signes linguistiques.
2.4 Le langage est donc une contrainte du modèle, comme le prédicat est une contrainte du jugement (la référence à la réalité est un jugement synthétique - aussi dit empirique). On ne sera donc pas surpris que la signification d'un énoncé (au sens de jugement porté sur un énoncé) soit un autre énoncé : l'importance de la notion de paraphrase sera souvent signalée. Il ne s'agit pas d'un retour en catimini du schéma stimulus-réponse. Les "équivalences" des trois phases sont des reformulations intérieures. Cette circularité peut être apparemment brisée par l'artifice du métalangage, mais celui-ci, comme tout signe, a besoin d'une élucidation.
REM Métalangage/métalangue = langage spécialisé que l'on utilise pour décrire une langue naturelle. [C'est le cas du discours linguistique utilisé dans la description de la structure et du fonctionnement d'une langue naturelle (ou langue-objet) et qui comporte aussi bien des termes construits à cet effet que des termes empruntés à la langue-objet.] EUL.
2.4.1 Dans le discours d'un sémanticien, il est très difficile d'isoler le véritable métalangage dont l'objet est la description objective de la sémantique naturelle du sujet, qui elle est formée essentiellement de son expérience de la langue. En-core une fois, on ne verra pas dans cette expérience le "fait d'expérience" des fonctionnalistes ; il s'agit de sa compétence. C'est pour cette raison que la majorité des exemples rapportés le sont au sens strict et jusque dans leur interprétation. Le corpus (énoncés attestés) est la seule protection contre le subjectif, non scientifique, et je me suis fait une règle de ne jamais m'appuyer sur mon intuition pour définir ou analyser un terme, sauf s'il intervient dans la théorie sémantique opératoire qui sert de cadre à cet essai. La sémantisation m'est généralement extérieure et je me borne à rapporter les sens déjà recensés, ou à sélectionner dans ce matériau ce qui me semble pertinent, pour minimiser la part de la fantaisie. Je ne peux évidemment pas supprimer toute subjectivité sans disparaître tout à fait : après tout, c'est bien moi qui feuillette le dictionnaire - disons que j'essaie, quand il s'agit d'une interprétation, de me borner au rôle de relais. Les entorses à ce principe seront indiquées clairement. Les exemples non lexicographiques sont signalés comme tels, mais interprétés à partir de dictionnaires, considérés comme interprètes de l'énoncé. Un dictionnaire peut ne pas "comprendre" un autre dictionnaire et peut très bien ne pas réussir à interpréter un exemple, mimant en cela le comportement des humains.
REM Dans le cas de l'individu il est souvent question d'idiolecte. Pendant longtemps les linguistes améri-cains, luttant contre la tentation normative propre à tout individu et con-traire à la démarche scientifique, jugeaient les énoncés inacceptables (agrammaticaux) en disant "qu'ils ne figuraient pas dans leur idiolecte". On remarquera que la généralité (garantie scientifique) y était allègrement sacrifiée, au profit d'une singularité variable à l'extême. Si la science était servie d'une part, de l'autre elle était réduite à l'opinion personnelle. Quant à moi, l'intuition constitue mon dernier recours, et le moins sûr.
2.4.2 L'accord ne semble pas exister sur les conditions de scientificité de la métalangue du lexicographe et éventuellement du sémanticien. Selon Alain Rey (1977), les définitions-paraphrases du discours quotidien ne sont soumises à aucune généralisation permettant d'en extraire une méthode. Josette Rey-Debove, pour sa part, ne semble pas aussi catégorique. Alain Rey ne dit pas s'il fait intervenir les compétences d'un sujet donné : le discours du lexicographe est-il plus scientifique ? Il ne dit pas non plus qu'il est possible de faire des observations générales sur le discours quotidien en tant que tel prenant un autre discours pour objet. Si les produits ne sont pas "généralisables", la fonction, même quotidienne, l'est. Il reste qu'une des fonctions du langage consiste à parler de lui-même : cf. "comme on l'appelle plus volontiers". Soit encore 'opiler' explique 'désopilant', par le biais de "désopiler la rate".
2.4.3 Il reste qu'on remarque que tous les énoncés lexicographiques n'ont pas le même statut scientifique. Mon Dictionnaire complet illustré de Pierre Larousse de 1911 (PL1911) qui utilise "action de" pour "initiation" adopte-t-il un métalangage ou non, surtout s'il définit "initiateur" comme "celui qui initie" et "initié" "qui a été admis ou mis au fait", synthèse de deux acceptions différentes. J'espère pouvoir montrer, au fur et à mesure, que la scientificité d'un métalangage est fonction de contraintes déterminées et que, d'un point de vue sémantique, ce ne sont ni le statut social ni le groupe socioprofessionnel ni les termes employés qui constituent les garants d'un "métalangage".
REM La rigueur du raisonnement n'est pas non plus l'apanage des sciences dures : un physicien "nucléaire" désormais célèbre se sert de la radioactivité naturelle comme argument pour justifier le développement du nucléaire. L'assassin peut aussi expliquer son geste en prétendant qu'il ne fait qu'avancer une échéance naturelle.

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