Vide de sens
Pour le Larousse du XXe siècle (1932-1952), l'antisémitisme est un « mouvement d'opinion qui, dans certains pays, s'est élevé contre les juifs et tend à faire prendre contre eux des mesures d'exception ». Le terme est en réalité vide de sens. Sa désignation est erronée, impropre, comme le remarque Britannica, le qualifiant de misnomer. Je signale ici, en guise de confirmation, la définition de Littré (1872 - sept ans avant que le terme soit forgé par W. Marr) pour Sémite: « Nom de peuples asiatiques ou africains qu'on rattache, d'après la Bible, à Sem, comme à leur auteur. Les Sémites comprennent les peuples qui parlèrent ou qui parlent babylonien, chaldéen, phénicien, hébreu, samaritain, syriaque, arabe et éthiopien. » Britannica 2002, dans cet esprit, relève la double impropriété - les Arabes et les autres Sémites ne sont pas la cible de l'antisémitisme tel qu'entendu par la plupart, et l'emploi du terme pour désigner les préjugés, propos, déclarations ou actes antijuifs qui ont pour auteurs Arabes ou autres Sémites.
Quelqu'impropre qu'il soit, le terme opère sémantiquement le passage de l'opinion à l'acte. C'est d'ailleurs une difficulté cognitive (aporie) qu'implique la liberté d'opinion. Si l'on prend en effet au pied de la lettre la Déclaration des droits de l'Homme (cité par le Robert), l'antisémite a le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions. Ce qui explique, en partie, l'impunité actuelle de Le Pen. En fait, il semble qu'en France il n'existe pas de délit d'opinion. Néanmoins, le terme apparaît parfois lorsque journalistes ou professeurs ne suivent pas l'opinion dominante. On sanctionne alors leur liberté d'expression. Récemment, avec la prestation de certains artistes, on a même interprété la lutte contre l'antisémitisme comme liberticide (Maurice Gendre, legraindesable.com), comme d'autres l'ont assimilée au sionisme (!). Ce qui est liberticide, à mon humble avis, c'est la défense du droit d'injurier, d'inciter au mépris et à la haine, c'est-à-dire leur apologie.
On se souviendra que contrairement à l'idée qui a cours, une opinion n'est ni une notion ni un concept. Ce n'est qu'une croyance, correspondant à un énoncé Q qui peut être préfacé par je crois (que) / pense que / considère que / j'estime que. Généralement, le verbe opérateur (dit d'opinion) est absent. Le Robert tend à gonfler le sens du mot. Une opinion serait: (un) Point de vue, (une) position intellectuelle, (une) idée ou (un) ensemble des idées que l'on a dans un domaine déterminé. Cette définition calque les types d'opinion: philosophique, religieuse, politique. Les synonymes s'étendent, parallèlement, de la conviction au credo, en passant par la croyance, la doctrine, le système, la théorie, la thèse, la foi. On s'attendrait à y voir le dogme.
La présence ou l'usage du terme de théorie dans cette acception peut surprendre un profane frotté de science, mais le Robert (comme EUL) distingue bien « l'ensemble d'idées, de concepts abstraits, plus ou moins organisé (...) » de la « construction intellectuelle méthodique et organisée (...) ». Toutefois, l'emploi de théorie à propos du racisme invite à la confusion, en particulier si racisme devient le genre et antisémitisme l'espèce. Une théorie dans ce sens est soit une religion, soit une philosophie, soit encore une conception politique. Pour moi, toute idée échappant à la vérification ou refusant le statut d'hypothèse, appartient à une idéologie.
Curieusement, d'ailleurs, la croyance (il tient Q pour vrai; je crois aux fantômes est invérifiable) renvoie à l'opinion qui ne semble se distinguer du préjugé que parce qu'elle aurait fait l'objet d'un examen préalable. Mais, parmi nos idées, peut-on distinguer celles qui sont le résultat d'une analyse et non d'un jugement binaire (pour/contre, bon/mauvais, vrai/faux). Pour la pensée, à la prochaine.
Quelqu'impropre qu'il soit, le terme opère sémantiquement le passage de l'opinion à l'acte. C'est d'ailleurs une difficulté cognitive (aporie) qu'implique la liberté d'opinion. Si l'on prend en effet au pied de la lettre la Déclaration des droits de l'Homme (cité par le Robert), l'antisémite a le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions. Ce qui explique, en partie, l'impunité actuelle de Le Pen. En fait, il semble qu'en France il n'existe pas de délit d'opinion. Néanmoins, le terme apparaît parfois lorsque journalistes ou professeurs ne suivent pas l'opinion dominante. On sanctionne alors leur liberté d'expression. Récemment, avec la prestation de certains artistes, on a même interprété la lutte contre l'antisémitisme comme liberticide (Maurice Gendre, legraindesable.com), comme d'autres l'ont assimilée au sionisme (!). Ce qui est liberticide, à mon humble avis, c'est la défense du droit d'injurier, d'inciter au mépris et à la haine, c'est-à-dire leur apologie.
On se souviendra que contrairement à l'idée qui a cours, une opinion n'est ni une notion ni un concept. Ce n'est qu'une croyance, correspondant à un énoncé Q qui peut être préfacé par je crois (que) / pense que / considère que / j'estime que. Généralement, le verbe opérateur (dit d'opinion) est absent. Le Robert tend à gonfler le sens du mot. Une opinion serait: (un) Point de vue, (une) position intellectuelle, (une) idée ou (un) ensemble des idées que l'on a dans un domaine déterminé. Cette définition calque les types d'opinion: philosophique, religieuse, politique. Les synonymes s'étendent, parallèlement, de la conviction au credo, en passant par la croyance, la doctrine, le système, la théorie, la thèse, la foi. On s'attendrait à y voir le dogme.
La présence ou l'usage du terme de théorie dans cette acception peut surprendre un profane frotté de science, mais le Robert (comme EUL) distingue bien « l'ensemble d'idées, de concepts abstraits, plus ou moins organisé (...) » de la « construction intellectuelle méthodique et organisée (...) ». Toutefois, l'emploi de théorie à propos du racisme invite à la confusion, en particulier si racisme devient le genre et antisémitisme l'espèce. Une théorie dans ce sens est soit une religion, soit une philosophie, soit encore une conception politique. Pour moi, toute idée échappant à la vérification ou refusant le statut d'hypothèse, appartient à une idéologie.
Curieusement, d'ailleurs, la croyance (il tient Q pour vrai; je crois aux fantômes est invérifiable) renvoie à l'opinion qui ne semble se distinguer du préjugé que parce qu'elle aurait fait l'objet d'un examen préalable. Mais, parmi nos idées, peut-on distinguer celles qui sont le résultat d'une analyse et non d'un jugement binaire (pour/contre, bon/mauvais, vrai/faux). Pour la pensée, à la prochaine.

<< Home