14.1.05

Fadaises et billevesées

Il est sans doute malsain d'avoir des idées fixes, car avec le temps elles ont tendance à prendre toute la place. Un courant d'air ne fait pas de mal de temps en temps (sans nécessairement revenir à la perte d'énergie que représente le refroidissement éolien - métaphoriquement ou autrement). Si l'idée tourne, elle n'est pas absolument fixe, même si elle rappelle la girouette qui complète l'anémomètre. Non, rassurez-vous, je ne passerai pas le reste de mon existence à plancher sur le vent (faire de la planche à vent?) dont même les météorologues médisent.

Pour les balivernes d'aujourd'hui je me tournerai vers l'actualité (ce qui a fait l'actualité), non sans auparavant rappeler ce que les dictionnaires (Larousse 2002, Encyclopédie Universelle Larousse 2002, Petit Robert 2001) en disent: Propos, idées, croyance futiles et creux, souvent sans fondement ou erronés. La billevesée est une « parole vide de sens, idée creuse », tandis que la fadaise combine la platitude, le manque d'intérêt, la fadeur et l'insignifiance. Elle est choyée, car en plus le PR l'illustre illustrement: « Personne n'est exempt de dire des fadaises » (Montaigne). Il doit bien y avoir près de cinquante ans de différence entre les deux personnages qui par leurs paroles ou leurs actes retiennent mon attention ici.

Du prince Harry the Nazi, il n'y a guère plus à dire qu'il n'en a dit lui-même. Montesquieu se demandait comment on peut être persan, eh bien, avec ou sans intention parodique, on peut se demander comment en 2005 on peut être nazi ou plus simplement comment on peut être assez insensible pour ne pas se rendre compte que ces signes sont ceux d'une abomination. Les jeunes Britanniques invitent à la tolérance: Give him a break. Mais il mérite la même compassion qu'il éprouvait en enfilant ce brassard. Pour sa prochaine beuverie, je lui suggère le « pyjama » des hôtes d'Auschwitz, ce qui ferait preuve d'une égale imbécillité dans l'horreur.

De Jean-Marie Le Pen, on devait s'attendre, d'un jour à l'autre, à une autre provocation qui semble n'avoir d'autre objet que de faire parler de lui. Révisionniste et négationniste, il se réclame de la liberté de penser et de la liberté d'opinion. Naturellement, on ne disputera pas monsieur Le Pen sur la nature de ses opinions. Après tout, le racisme peut également se réclamer de cette même liberté, jusqu'à banaliser le mot. Mais en mon for intérieur, je crois que la liberté de pensée ne devrait être accordée qu'à ceux qui ont prouvé qu'ils pouvaient faire usage de la pensée. En attendant, cela ne les empêche pas, comme on voit, de dire âneries, contrevérités et atrocités.